EDF met 500 emplois d’Areva sur la sellette au tricastin
Par Ana Lutzky - Publié le
L’usine George Besse I d’Areva risque de précipiter sa fermeture et le reclassement de 500 salariés. Pour la période 2010-2012, EDF pourrait préférer se fournir en uranium enrichi auprès de l’usine russe de Seversk, dont les prix sont plus compétitifs.
Areva risque d’avoir un problème social sur les bras au Tricastin : 500 emplois sont dans la balance. A l’origine, une possible rupture de commande d’uranium enrichi de la part d’EDF, son plus gros client. Alors que les centrifugeuses de l’usine dernier cri d’enrichissement George Besse II ont été mises en branle hier par Areva, elles ne tourneront à pleine puissance qu’en 2012. Pour l'instant, le combustible d'EDF est fourni par la filiale d’Areva Eurodif dans son usine George Besse I, vieille de trente ans et à la technologie
Augmenter la proportion d'uranium 235
L'enrichissement d'uranium est une étape essentielle de la fabrication du combustible nucléaire. Il permet de transformer le minerai naturel déjà concentré sous forme de « yellow cake »(constitué à 99% d’U238) en un combustible pouvant être utilisé dans les réacteurs nucléaires : ce procédé fait passer la teneur en isotope U235 de l’uranium 0,7 à 5 %.En attendant 2012 voire 2014 que George Besse II tourne à plein régime, EDF est tenté de se fournir en Russie, où le prix de l’uranium
Chère diffusion gazeuse
Le procédé de diffusion gazeuse d'Eurodif a ses lubies : il ne fonctionne qu'à 130 °C, tandis que GB II se contentera de la température ambiante. Cette exigence fait de lui un procédé très énergivore et donc très coûteux. Défaut qui est à l'origine de son abandon par Areva. Pour séparer l’U238 et son isotope U235, Eurodif transforme le mélange en gaz et le pousse dans une succession de barrières en céramique d'où ne s'échappe que l’U235. Cette opération mobilise tellement d'énergie : (3000 MW à pleine capacité) que trois des quatre réacteurs nucléaires du Tricastin lui sont dédiés !2016 s'annonce pourtant radieux
Cette déconvenue advient alors qu’Areva démarre les tests dans la nouvelle usine qui remplacera Eurodif. Georges Besse II n'utilisera pas le procédé de diffusion gazeuse pour enrichir l'uranium, mais la centrifugation. Celle-ci améliorera considérablement le bilan énergétique de l'énergie nucléaire, puisqu'elle consomme 50 fois moins d'électricité que le procédé actuel. Le groupe nucléaire public a ainsi annoncé hier la mise en rotation de la première cascade de centrifugeuses dans sa nouvelle-née, en présence des équipes de SET (exploitant), de SGN (en charge de la maîtrise d’oeuvre) et d’ETC (fournisseur de centri-fugeuses). Cette mise à rotation a lieu « à vide », c'est-à-dire sans uranium, afin de tester le bon fonctionnement des centrifugeuses. L'usine devrait commencer à produire de l'uranium enrichi en 2010.
Ultracentrifugation
Ce procédé consiste à utiliser des centrifugeuses tournant à très grande vitesse. Les molécules les plus lourdes (238UF6) se retrouvent projetées à la périphérie, alors que les plus légères (235UF6) migrent vers le milieu de la centrifugeuse. Comme pour la diffusion gazeuse, le traitement doit être appliqué de nombreuses fois pour obtenir un enrichissement suffisant. Les centrifugeuses sont donc montées en cascades, le gaz passant de l'une à la suivante en augmentant progressivement sa teneur.Avec ses 3,2 milliards d'euros de budget, l'usine GBII constitue l'un des plus lourds investissements industriels actuellement déployés en France. Elle doit atteindre sa pleine capacité en 2016 avec une production située à près de 7,5 millions d'UTS (unités de travail de séparation). Areva, qui contrôle déjà un quart du marché mondial de l'enrichissement d'uranium en fournissant le combustible d’une centaine de réacteurs, mise sur cet outil d'avant-garde pour conforter sa position d'acteur majeur sur le marché mondial. Un « GB III » est même évoqué à Eagle Rock aux Etats-Unis, maintenant que le leader français a racheté la technologie à son concurrent Urenco. Reste à assurer l'intérim social, dans la Drôme et le Vaucluse.
Anne Lauvergeon entendue à l’Assemblée nationale
Anne Lauvergeon, présidente du directoire d'Areva, a déclaré mercredi devant la commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale que la filière française devait s'organiser au cas par cas pour répondre aux besoins de pays qui font aujourd'hui le choix du nucléaire. « Nous devons, pays par pays, (...) organiser le système français de telle façon qu'on sache clairement, depuis le début, qui va faire quoi », a-t-elle dit, évoquant « une offre à la carte pour les nouveaux pays du nucléaire ». « Nous avons réagi au quart de tour sur Abou Dhabi, a-t-elle ajouté, alors qu’EDF est pressenti pour être le chef de file sur l’appel d’offre émirati concernant deux réacteurs. « La problématique pratique a été d'avoir un groupement d'opérateurs électriciens adéquat. Nous l'avons aujourd'hui et nous sommes dans la compétition », a-t-elle déclaré. Areva estime que 350 GW (gigawatts) de nouvelles capacités nucléaires pourraient être construites d'ici à 2030, dont 20% à 25% dans des pays qui ne disposent pas aujourd'hui de moyens de production dans ce domaine. Dans ce cadre, le groupe vise un tiers des nouvelles unités qui devraient être construites, a rappelé Anne Lauvergeon.
La fiche SET/Société d'Enrichissement du Tricastin à Bollène
avec
TOUT SAVOIR SUR...
Ses investissements, ses actualités, ses dirigeants, sa production...
1 réaction
zelectron | 11/12/2009 - 10H27
EDF continue sur sa lancée malgré le nouveau préposé aux affaires de grenouilles qui veulent se faire plus (aussi?) grosse que le bœuf (vache?)à coup de déclarations, de chantage et autres coups tordus. Rien ne garanti que l'uranium Russe soit parfaitement compatible pour alimenter nos centrales et puis n'y a-t-il pas plus urgent que d'abord et avant tout nettoyer les écuries d'Augias avant de tout vouloir bouffer? et là le champ des économies de gestion est immense.

dans la même rubrique
26/05/2012 La semaine chargée d’Arnaud Montebourg, et le reste de l’actualité industrielle26/05/2012 Areva tourne vers L’Australie
26/05/2012 Le jurassien Tech Power revisite la signalétique












