EDF a-t-il espionné Greenpeace ?
Par Rédaction L'Usine Nouvelle - Publié leLes deux principaux responsables de la sécurité d'EDF sont soupçonnés d'avoir piraté l'ordinateur de l'ancien directeur de Greenpeace France. EDF dit ne pas être au courant.
C'est en enquêtant sur une tout autre affaire - le piratage informatique du laboratoire antidopage de Châtenay-Malabry, en 2006 - que la police a dévoilé le pot aux roses. Les policiers, en remontant le fil de leur enquête, sont en effet arrivés jusque chez Kargus Consultant, un cabinet de conseil en protection de l'information et sécurité industrielle.Un informaticien de la société avoue alors avoir piraté l'ordinateur de Yannick Jadot. Kargus avoue à son tour avoir travaillé pour EDF. Et l'information se répand comme une traînée de poudre. "Si tout cela est prouvé, voilà qui nous ramène aux heures les plus sombres du Rainbow Warrior, affaire qui a rappelons-le causé la mort d'un photographe", réagit une porte-parole de Greenpeace.
Yannick Jadot, aujourd'hui tête de liste «Europe écologie» pour les élections européennes dans l'Ouest, a annoncé un peu plus tôt ce mardi 31 mars qu'une enquête avait été ouverte sur des «pratiques d'espionnage» présumées de ses ordinateurs dans lesquelles EDF «serait clairement impliqué». Il s'est constitué partie civile dans cette affaire.
Prestataire zélé selon EDF. L'électricien dit avoir découvert l'histoire lors d'une perquisition qui s'est produite dans ses locaux. La compagnie d'électricité a même décidé de se porter partie civile, ?pour obtenir réparation de son préjudice en qualité de victime de Kargus?, selon la porte-parole d'EDF : selon l'électricien, son prestataire de services a fait du zèle. Même son de cloche chez Kargus : «Il a été plus loin que ce qui avait été établi. Il est parti dans l'aventure en pensant nous rendre service», aurait déclaré le patron de la société de conseil à Médiapart. L'informaticien, lui, n'est pas de cet avis.
Les numéros un et deux de la sécurité d'EDF, Pascal Durieux et Pierre François, ont été mis en examen pour "complicité d'introduction frauduleuse dans un système de traitement automatisé de données". Trois autres personnes sont également poursuivies : le patron de Kargus et deux employés.
Inquiétudes outre-Manche. Greenpeace France s'est également porté partie civile. "Greenpeace est la première victime", estime Pascal Husting, directeur de l'ONG. L'association, qui souhaite que l'enquête se déroule "sereinement" va avoir accès au dossier très prochainement : "il ne serait pas étonnant de découvrir que tout le système informatique de Greenpeace a été piraté, et que ce que nous découvrons aujourd'hui ne soit que la pointe émergée de l'iceberg", ajoute le directeur. "L'enquête est en cours depuis deux ans, je m'étonne d'être informé par voix de presse", réagit-il. "En Grande-Bretagne, les membres de notre ONG sont plus qu'étonnés dans la mesure où EDF est en train de s'implanter sur le marché britannique." Un article sur l'affaire devrait paraître dans le quotidien britannique The Guardian demain.
Les relations entre l'électricien et l'ONG étaient plus qu'orageuses en 2006 : Yannick Jadot avait publié, avec Sortir du nucléaire, un document classé secret-défense. Le document mettait en évidence la vulnérabilité aux attaques terroristes par détournement d'avion du réacteur nucléaire EPR, en construction à Flamanville, dans la Manche.
A.L.

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