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Éco-conception Emballer, c'est peser

Par Olivier James - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3214

L'éco-conception est devenue une nécessité économique et environnementale pour les industriels de l'emballage. Les initiatives se multiplient pour réduire l'impact des produits et de la production sur l'environnement.

L'annonce n'est pas passée inaperçue. Procter et Gamble a dévoilé, fin septembre, sa stratégie de « croissance responsable ». Une ambitieuse feuille de route pour les dix prochaines années, qui prévoit l'alimentation de toutes ses usines par des énergies renouvelables et l'utilisation de matériaux 100 % renouvelables ou recyclables au détriment des dérivés pétroliers. Ce géant des biens de consommation se serait-il laissé aller à un simple coup marketing, alors que le secteur de l'emballage pâtit d'un déficit d'image ? Peut-être... mais pas seulement. Car cette initiative spectaculaire n'en est pas pour autant isolée. Tous les industriels de l'emballage y vont de leurs initiatives en matière d'éco-conception, afin de réduire l'impact de leurs produits sur l'environnement, qu'il s'agisse de plastique, de papier, de métal ou de verre.

En France, producteurs et utilisateurs sont très impliqués dans ce mouvement. D'abord parce qu'une réglementation de 1998 les oblige à limiter le volume et la masse de leurs emballages. Ensuite, parce que jouer la carte de l'éco-conception leur permet de faire des économies très significatives. Et elles sont bienvenues dans un secteur qui a subi la crise de plein fouet et qui voit les prix des matières premières grimper chaque jour un peu plus.

Pour répondre à ces nouveaux défis, les industriels de la filière ont naturellement commencé par mettre à la diète leurs boîtes et leurs bouteilles.

C'est le cas de celle du champagne qui s'est, par exemple, allégée de 65 grammes en début d'année. Le Comité interprofessionnel des vins de Champagne (CIVC) a adopté un nouveau standard de bouteille pesant 835 grammes. Une perte de poids qui aidera la filière à tenir son engagement : réduire de 25 % son empreinte carbone à l'horizon 2020. Même régime dans les sacs plastiques. « Chaque année, leur poids diminue de 1,6 à 2 % », chiffre Françoise Gerardi, déléguée générale d'Elipso, l'organisme qui regroupe les professionnels de l'emballage plastique. Chez L'Oréal, la bouteille de shampoing Fructis est passée en une quinzaine d'années de 24 à 18,5 grammes. « Et la dernière étape d'allègement de 1,5 gramme va éviter l'émission supplémentaire de 300 tonnes de carbone par an », assure Charles Duclaux, responsable emballages et environnement chez L'Oréal. Même démarche dans la boîte de conserve. En trois ans, son poids a baissé d'environ 15 % chez l'industriel Impress, grâce au design et à la diminution de l'épaisseur des boîtes, passée de 0,25 mm en 1985 à 0,18 mm aujourd'hui.

EFFET DE SEUIL CONTRE EFFET DE SERRE

« Grâce à une meilleure maîtrise du traitement thermique, nos fournisseurs nous livrent des aciers à la fois plus résistants et plus facile à former », précise Philippe Gimenez, directeur de la R et D d'Impress. Dans le carton ondulé, l'allègement est de l'ordre de 20 grammes par mètre carré sur la période 2005-2010. Ces efforts de réduction de poids se heurtent vite, toutefois, à des limites. « Notre brique de lait d'un litre ne peut pas peser moins de 26 grammes, précise Patrick de Noray, directeur environnement chez Tetra Pak. Elle pesait 34 grammes en 1980, mais à 25 grammes, nos clients se sont plaints de déformation du produit. »

C'est cet effet de seuil qui oblige les industriels à trouver d'autres solutions... en substituant aux matériaux classiques des matériaux moins polluants. Tetra Pak mène ainsi des tests pour supprimer dans les deux ans l'aluminium présent dans ses briques alimentaires. La couche protectrice pèse seulement 1,3 gramme dans une brique de lait, mais elle représente 40 % des émissions de CO2. Quel matériau prendra la relève ? Le directeur de l'environnement avoue ne pas le savoir... Cela pourrait être un plastique biosourcé. Le groupe a signé fin 2009 un contrat avec le pétrochimiste brésilien Braskem pour la fourniture de polyéthylène issu de la canne à sucre. En 2011, Tetra Pak compte produire 5 000 tonnes de bouchons avec ce plastique. L'industriel brésilien fournira aussi le fabricant d'emballages ménagers Sphère, qui commercialisera à partir de janvier 2011 des sacs-poubelles en polyéthylène biosourcé.

L'Oréal s'est aussi rapproché de Braskem. « L'acide polylactique (PLA) n'était pas adapté à nos produits en raison de sa forte perméabilité à la vapeur d'eau, de sa faible résistance à la température et de son incompatibilité avec les filières de recyclage actuelles, explique Charles Duclaux. Nous avons testé le polyéthylène biosourcé, mais compte tenu de son prix plus élevé, de 30 à 40 % plus cher que le plastique conventionnel, nous devrons bien cibler les applications. » Le groupe Danone a trouvé une formule intermédiaire avec le lancement en septembre d'une nouvelle bouteille Volvic : elle est constituée d'une partie de polyéthylène biosourcé et de 25 % de plastique recyclé. De quoi réduire, selon le groupe, l'empreinte carbone de 35 %.

FAIBLE TAUX DE RECYCLAGE

L'augmentation continue du taux de matériau recyclé dans les emballages constitue pour les industriels une troisième voie. Car si la plupart d'entre eux utilisent toujours plus de déchets ménagers dans la production d'emballages neufs, ils se heurtent à des taux de recyclage parfois faibles. Celui du plastique s'élève à environ 21 %.

Les industriels sont de plus en plus nombreux à comprendre que l'éco-conception ne se concentre pas seulement sur les produits. « Nous constatons de la part des industriels une propension à s'intéresser aussi aux process et aux logiciels d'analyse complète du cycle de vie », constate Annette Freidinger, consultante pour le salon Emballage 2010. C'est tout un nouveau champ de possibilités qui s'ouvre à eux...

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