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Echec du "super-comité" américain sur les déficits

Publié le

par Richard Cowan et Donna Smith

WASHINGTON (Reuters) - La commission spéciale du Congrès des Etats-Unis, chargée d'examiner les moyens de réduire le déficit fédéral, a comme attendu constaté lundi l'échec de sa mission. En pleine période pré-électorale, démocrates et républicains se sont aussitôt rejeté la responsabilité de l'échec.

"Après des mois de travail acharné et de délibérations intenses, nous sommes arrivés aujourd'hui à la conclusion qu'aucun accord bipartisan ne sera en mesure d'être annoncé avant la date limite du comité", annoncent dans un communiqué commun ses deux co-présidents, Jeb Hensarling, élu républicain à la Chambre des représentants, et Patty Murray, sénatrice démocrate.

Ce "super-comité", formé de six démocrates et six républicains, avait été créé cet été après l'accord sur le relèvement du plafond de la dette américaine. Il était censé identifier d'ici mercredi au moins 1.200 milliards de dollars d'économies sur dix ans.

Dans un discours prononcé dans la soirée, le président démocrate Barack Obama, qui briguera en novembre 2012 un second mandat, a pointé du doigt la responsabilité des républicains, les accusant de s'être obstinément opposés à toute augmentation des impôts des classes favorisées.

"Ils ne dévieront pas de cette position de négociation, et ce refus a été le principal obstacle empêchant le Congrès de parvenir à un accord pour réduire davantage le déficit", a-t-il dit à la Maison blanche.

"Il y a encore bien trop de républicains au Congrès qui refusent d'entendre les voix de la raison et du compromis qui montent hors de Washington", a-t-il ajouté.

Les républicains ont accusé eux le président américain d'avoir manqué d'autorité et reprochent aux démocrates d'avoir rejeté toute refonte des programmes fédéraux d'assurance maladie qui risquent pourtant de plomber les finances publiques du fait du vieillissement de la population.

COUPES AUTOMATIQUES ?

Conformément à l'accord trouvé le 31 juillet sur le relèvement du plafond de la dette, l'échec du "super-comité" devrait entraîner à partir de 2013 le déclenchement d'un mécanisme de réductions de 1.200 milliards de dollars de dépenses.

Ces réductions automatiques doivent frapper à parts égales les programmes civils et militaires. Mais un bras de fer s'esquisse déjà sur ces coupes automatiques.

Les républicains sont vent debout contre la réduction des budgets militaires de 600 milliards de dollars sur dix ans. Et le propre secrétaire à la Défense de l'administration Obama, Leon Panetta, a mis en garde contre leurs "conséquences dévastatrices" sur la défense américaine.

Dans l'immédiat, les agences de notation Standard & Poor's et Moody's ont fait savoir que la note de crédit américaine ne serait pas affectée par l'échec de ces discussions.

Mais avec une dette qui a franchi ce mois-ci la barre des 15.000 milliards de dollars, soit l'équivalent du produit intérieur brut des Etats-Unis, et même si l'échec était largement attendu, ce développement accroît l'incertitude puisqu'aucune initiative d'envergure n'est vraisemblablement à attendre en matière de réduction des déficits avant l'élection présidentielle de 2012.

Fitch, la troisième agence de notation, a souligné qu'elle pourrait revoir ses perspectives sur le maintien de sa note AAA attribuée aux Etats-Unis. Elle rappelle dans un communiqué qu'elle avait prévenu en août qu'"un échec du super comité à parvenir à un accord aurait probablement un résultat négatif sur la notation" de la première puissance économique mondiale.

QUEL EFFET SUR LA CAMPAGNE ELECTORALE ?

L'échec du "super-comité" devrait aussi amplifier la désaffection du Congrès et de la politique telle qu'elle se pratique à Washington aux yeux de l'opinion américaine, passablement irritée par les semaines d'atermoiements de l'été dernier, lorsque les blocages sur le relèvement du plafond de la dette avaient failli déboucher sur une paralysie de l'administration fédérale.

Il aura évidemment des répercussions sur l'élection présidentielle à venir.

"Les campagnes électorales sont affaire de récits", souligne Tad Devine, stratège électoral du Parti démocrate et ancien conseiller du sénateur John Kerry, candidat démocrate battu en 2004 par George W. Bush.

"Et c'est le récit le plus crédible et le plus convaincant qui l'emporte. D'un côté, 'les républicains pratiquent l'obstruction', de l'autre, 'les démocrates veulent augmenter vos impôts et dépenser votre argent': on connaît les messages qui seront martelés", ajoute-t-il.

Mais, paradoxalement peut-être, l'échec du "super-comité" permet aussi aux républicains comme aux démocrates d'entrer en campagne sans devoir se justifier d'éventuelles compromissions sur des principes au coeur de leurs programmes.

Démocrates et républicains siégeant au "super-comité" se sont opposés sur deux questions cruciales: les impôts et les programmes sociaux.

Après avoir cédé sur les coupes budgétaires lors des précédentes batailles livrées au Congrès, les démocrates réclamaient une augmentation significative des impôts, notamment pour les riches.

Les républicains, qui avaient accepté de revenir sur leur refus de principe de toute hausse des impôts, demandaient en revanche une refonte fondamentale des programmes de sécurité sociale, dont Medicare, ouvert aux plus de 65 ans.

avec Jeff Mason et Steve Holland; Catherine Monin et Henri-Pierre André pour le service français

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