L'eau va devenir une ressource de plus en plus disputée. C'est l'une des leçons du Forum mondial de l'eau qui se tient à Marseille. Les industriels devront eux-aussi apprendre à boire un peu moins...
C'est sans doute le prochain grand chantier environnemental des industriels. L’eau, dont le forum mondial se tient à Marseille jusqu’au 17 mars, va devenir un critère de plus en plus important pour juger du caractère durable d'une entreprise, d'une activité ou d’un produit. Au même titre que les gaz à effet de serre dont on mesure les émissions, on devrait demain jauger précisément la « soif » des entreprises. A peine converties au bilan carbone, elles vont donc devoir apprendre à calculer leur empreinte hydrique.
Cette évolution est inéluctable. L'abondance de cette ressource n'est qu'apparente sur note belle planète. Elle a beau être majoritairement bleue, elle porte surtout de l’eau salée… Selon le rapport du WWF, seules 3 % des réserves sont constituées d’eau douce. Si l’on ajoute à cela, une répartition inégale de cette ressource entre les continents (23 pays s’accaparent les 2/3 des réserves mondiales), on comprend mieux pourquoi les industriels vont devoir apprendre à mieux gérer l’or bleu. Même s'ils ne consomment que 10 % de la ressource en France, ils ne pourront plus être des boit-sans-soif. Ils devront justifier chaque litre consommé. Et s'ingénier à changer leur process pour qu'ils deviennent plus sobres.
Et il y a des marges de progrès… si l’on en croit les données de l’observatoire de l’eau de Vendée… Un litre de lait exigerait 5 à 7 litres d’eau pour être produit. Une simple tasse de café consommerait 140 litres d'eau. Un kilo de papier absorberait 300 litres et une voiture 450 000 litres ! Mais la palme reviendrait au secteur énergétique. La fracturation d’un puits de gaz de schiste au Texas, grâce à la technologie dite de fracturation hydraulique, exigerait jusqu’à 50 millions de litres d’eau pour les cas les plus extrêmes !
De telles dépenses en eau ne sont plus tenables. Certains industriels en ont déjà pris conscience comme Coca-Cola qui a un ambitieux programme au niveau mondial pour réduire son empreinte hydrique. Son usine du Castanet, près de Toulouse, est d’ailleurs la plus économe du monde en la matière puisqu’elle n’utilise que 1,27 litre d’eau par litre de soda produit. Nestlé s’en soucie également, notamment au Canada, sous l’impulsion de Peter Brabeck, le président du conseil d'administration du géant suisse de l’agroalimentaire. Son groupe aurait déjà entamé des discussions avec le gouvernement de la province canadienne de l'Alberta pour mettre en place une bourse de l’eau où s’échangeraient des permis de « boire ». Pour l’industriel, créer un marché de l’eau serait une manière de réguler la guerre que se livrent industriels, agriculteurs et groupes pétroliers pour avoir accès à l’eau dans ces régions. En somme, en plus des quotas de CO2, les industriels vont désormais devoir apprendre à vivre avec des quotas de H2O.









