EADS-BAE : une fusion à haut risque pour le concurrent Boeing

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Boeing 747-8i
© Pascal Guittet pour L'USINENOUVELLE

L'association entre l'un des principaux partenaires industriels de Boeing et l'un de ses plus féroces compétiteurs pourrait bouleverser la donne dans le secteur de l'aéronautique et la défense.

Lors d'une remise de prix organisée en avril, Boeing a mis à l'honneur 14 "fournisseurs de l'année", parmi lequel figurait en bonne place BAE Systems, le groupe de défense britannique actuellement en discussions en vue d'une fusion avec EADS, maison mère d'Airbus, concurrent frontal du géant américain dans l'aéronautique civile.

"Nous sommes heureux qu'ils (les 14 fournisseurs) fassent partie de notre équipe", avait dit à l'époque Jim McNerney, PDG de Boeing.

L'association entre l'un des principaux partenaires industriels de Boeing et l'un de ses plus féroces compétiteurs pourrait bouleverser la donne dans le secteur de l'aéronautique et la défense, qui représente des centaines de milliards de dollars par an.

Un groupe issu d'une fusion entre EADS et BAE Systems afficherait plus de 72 milliards d'euros de chiffre d'affaires sur la base des résultats 2011, dépassant ainsi Boeing, tout en affichant une répartition plus équilibrée entre activités civiles et militaires.

Le jour même de l'annonce des discussions en vue d'une fusion, le 12 septembre, Jim McNerney, a dit qu'il ne considérait pas que la nouvelle entité qui naîtrait de la fusion représente une réelle menace, ajoutant que c'était l'illustration de début d'une phase de consolidation mondiale.

Le 19 septembre, le dirigeant des activités défense de Boeing a cependant estimé qu'une fusion entre BAE et EADS soulèverait des questions de sécurité nationale mais aussi industrielles et devrait de ce fait être examinée de près par les régulateurs.

CRAINTES DES PARTENAIRES DE BAE SYSTEMS

Des dirigeants d'entreprises qui travaillent en collaboration avec BAE redoutent de perdre l'accès à des documents du Pentagone jugés sensibles si le département d'Etat de la Défense décidait de ne plus communiquer certaines données au groupe britannique.

Washington pourrait prendre une telle décision en raison de la présence de l'Etat français au capital d'EADS, qui pourrait d'ailleurs également bientôt voir l'Etat allemand prendre une partie de ses actions.

BAE et le Pentagone sont actuellement liés par un accord spécial de sécurité (special security agreement -SSA), qui autorise le groupe britannique à être sous-traitant dans le cadre de contrats classés secret-défense.

Selon la presse britannique, pour ne pas mettre en péril ce SSA, EADS et BAE Systems ont dit au Pentagone qu'ils donneraient naissance à un groupe de défense aux Etats-Unis isolée du reste de leurs activités, avec quasiment uniquement des Américains au conseil d'administration.

"BAE est un acteur important dans la défense aux Etats-Unis (...) Si l'entreprise fait partie d'une entité différente, est-ce que cela la condamne comme fournisseur?", s'interroge un responsable industriel du secteur, redoutant que la chaîne d'approvisionnement du secteur soit perturbée en cas de remise en cause du SSA.

A titre d'exemple, les systèmes électroniques de BAE sont présents dans 6 343 Boeing volant actuellement dans le monde. Le groupe est également l'un des principaux fournisseurs de Lockheed-Martin dans le F-35 Joint Strike Fighter, le futur avion de combat commandé par l'armée de l'air américaine.

(avec Reuters, par Andrea Shalal-Esa et Alwyn Scott, Benoit Van Overstraeten pour le service français)

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