EADS-BAE : pourquoi l'Elysée reste silencieux ?

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Palais de l'Elysée
© D.R. - Présidence de la République

A la différence de la naissance en fanfare d'EADS, annoncée en 2000 comme une réussite industrielle majeure de l'Europe, le projet de fusion entre EADS et BAE Systems n'a suscité pour le moment aucune réaction officielle de François Hollande.

Ayant fait de sa politique industrielle une priorité, le chef de l'Etat est monté en première ligne sur des dossiers comme celui de la restructuration de PSA. Mais il n'a jusqu'ici pas dit un mot, à la surprise générale, sur une transaction à même de bouleverser l'industrie européenne de la défense.

C'est que bien qu'informés il y a plusieurs mois des discussions en cours, le gouvernement français n'a pas eu l'initiative dans ce dossier et a joué un rôle passif, jugent les observateurs.

"Si les Etats ne communiquent pas, c'est parce que c'est le 'deal' de Tom Enders (président exécutif d'EADS) et pas le leur", juge une source proche du dossier.

De plus, le timing de l'annonce n'était pas celui attendu par les autorités françaises, ni d'ailleurs celui prévu par les entreprises elles-mêmes.

Pour Patricia Adam, présidente socialiste de la commission de la Défense à l'Assemblée nationale, l'annonce de l'étude de la fusion entre EADS et BAE a été précipitée avant qu'un accord définitif n'ait pu être trouvé.

"L'annonce ne s'est pas faite, si j'ai bien compris, à l'initiative de ces deux grandes entreprises européennes, visiblement, il y a eu une fuite", a-t-elle déclaré à Reuters.

Cette parlementaire souligne que l'Etat doit encore s'assurer de nombreuses garanties.

"Pour la Commission de la défense, ce qu'il est important de vérifier, c'est que les intérêts de l'Etat actionnaire soient respectés, mais aussi l'Etat-client", a-t-elle dit.

PAS DE CHÈQUE EN BLANC

Pour les connaisseurs du dossier, la France peut se poser des questions légitimes, d'abord d'un point de vue financier, vu le plongeon en Bourse de l'action EADS, mais aussi d'un point de vue stratégique.

"Ce n'est pas évident du point de vue patrimonial, et aussi du point de vue de ce que l'on fait avec (les groupes français de défense) Thales, Safran et Dassault", dit l'un d'eux.

De source proche du dossier, on estime aussi que l'opération ne fait pas l'unanimité au sein du gouvernement français.

On ajoute que celui-ci n'a pas mis son veto mais qu'il entend obtenir des garanties et ne signera pas de chèque en blanc.

Parmi les couleuvres à avaler, une source proche de l'opération note que la transaction entraînerait l'éviction des Etats français et allemand de la gouvernance du nouveau groupe.

Le projet actuellement en discussion prévoit l'émission d'actions spéciales au bénéfice des gouvernements français, allemand et britannique, mais celles-ci ne donneraient pas d'autre droit aux Etats que la capacité de bloquer une OPA hostile sur le nouveau groupe, ajoute-t-on de même source.

L'EUROPE POLITIQUE EN PANNE

Le futur groupe aurait "une gouvernance complètement normale", souligne-t-on, et aucun Etat n'aurait de siège au conseil d'administration, une condition difficile à accepter pour la France.

Pour d'autres observateurs, l'originalité de cette transaction réside dans le fait que c'est bien le secteur privé qui prend l'initiative d'une grande réalisation européenne.

"Ce qu'il y a d'intéressant dans ce dossier, c'est que l'initiative vienne du privé", juge un spécialiste des opérations de fusions-acquisitions.

Patricia Adam, proche du ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, relève d'ailleurs qu'"une fusion EADS-BAE n'est pas forcément une mauvaise chose compte tenu du fait que les Américains ont diminué leur budget de défense, qu'ils vont donc être encore plus offensifs en matière d'exportations et que ça va être très dur en matière de compétition pour nos industries européennes".

Une autre personne qui travaille sur le dossier fait valoir que cette transaction illustre l'apathie des dirigeants politiques par rapport au volontarisme des patrons d'entreprise.

"On parle toujours de l'Europe en crise. Mais là, c'est bien l'exemple que l'Europe bouge du côté des industriels. Si l'Europe est en panne c'est du côté des politiques."

Avec Reuters, par Julien Ponthus et Emmanuel Jarry

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