imprimer

Du Sud au Sud

Par Rédaction L'Usine Nouvelle - Publié le
Pierre-Olivier Rouaud
© © S.Fayet

Derrière le rapprochement du baobab avec le banian se cache une forêt : l'interconnexion à l'échelle planétaire des économies émergentes, Chine, Inde et Brésil en tête.

A Pékin, la semaine dernière, la «j ournée de l'Afrique » a été fêtée en grande pompe. Relayée avec emphase par les médias officiels, elle préfigure le « forum des investissements Chine-Afrique » d'octobre. Avec une trentaine de chefs d'Etat ou de gouvernement, ce sommet sera le plus important du genre. Une démonstration de force pour le président Hu Jintao. Et un pas de plus vers la « Chinafrique ». Pour les ex-puissances coloniales, ce concept est vécu comme une désagréable remise en question de leur statut privilégié enmatière de participation aux investissements, d'orientation des échanges (y compris d'armes), de captation des matières premières ou de zones d'influences. Tout cela est vrai. Mais la Chinafrique cache une dimension bien plus large souvent négligée à Paris, à Londres ou même à Washington. Ce phénomène, c'est le développement planétaire d'une logique économique Sud-Sud.

C'est ce qu'illustre avec éclat le « mégadeal » annoncé le 25 mai : la fusion du groupe de télécoms sud-africain MTN et de l'indien Bharti Airtel. Valeur : 23 milliards de dollars ! Plusieurs fois repoussée, cette opération conduirait à créer un géant de 200 millions d'abonnés et de 20 milliards de dollars de chiffre d'affaires, le troisième opérateur télécoms au monde, après ChinaMobile et Vodafone. Derrière le rapprochement du baobab avec le banian se cache une forêt. Les exemples de courants d'affaires entre économies émergentes sont en effet innombrables. La moitié des exportations chinoises se fait ainsi vers des pays émergents. Au Vietnam, l'essentiel des investissements étrangers est réalisé par des entreprises du Sud. La Malaisie y est un des principaux acteurs avec, par exemple, un projet sidérurgique de 9 milliards de dollars mené par le groupe Lion. En Afrique du Sud, c'est Tata qui détient des intérêts dans les télécoms (Neotel) ou l'acier (ZN). Au Mozambique, la Chine va financer la construction du barrage de Mpanda Nkuwa. Dans ce même pays, le brésilien Vale vient de débuter un projet charbonnier de 1,3 milliard de dollars. D'ailleurs, comme la Chine, le président Lula a fait de cette connexion économique Sud-Sud un axe clé de sa politique étrangère. Il a même créé pour cela, en 2003, le G3 réunissant l'Inde, le Brésil et l'Afrique du Sud, auxquels se joindra peut-être un jour la Chine. En attendant, le géant de l'Asie vient de promettre au Brésil de financer 10milliards de dollars d'investissements pétroliers chez Petrobras.

Dans le fond, tout cela n'est que la mise en application de vieilles idées. En avril 1955, à Bandung (Indonésie), 29 pays africains et asiatiques « non alignés » prenaient date pour marquer la fin de l'ère coloniale et créer de nouvelles connexions économiques. C'est l'époque où Tata vendait ses bus rustiques par dizaines de milliers en Afrique. Ces beaux projets se fracassèrent sur l'hyperpolarisation entre Est et Ouest, puis sur les chocs pétroliers et la crise de la dette. Avant d'être relancés par une politique de blocs régionaux (Asean, Mercosur...), puis surtout par la période de croissance achevée avec la crise financière.
Et maintenant ? En 2008, dans le monde, les investissements directs étrangers ont reculé de 14,5%, à 1660milliards de dollars, selon la Cnuced. Cette année, le choc sera encore plus violent. Les échanges Sud-Sud ne dérogeront pas à la règle. L'affaire Bharti-MTNmontre toutefois une chose: même dans cette période troublée, pour l'Occident, c'en est bien fini de l'unique credo de l'homme blanc dans la conduite des affaires du monde. Economiques, s'entend.

Pierre-Olivier Rouaud

Partagez l’info :

Partager cet article avec mon réseau profesionnel sur Viadeo linkedin Partager cet article sur Wikio envoyer à un ami

Effectuer une autre recherche

Rechercher
À la une
Arnaud Montebourg

La semaine chargée d’Arnaud Montebourg, et le reste de l’actualité industrielle

On le savait déjà. Ministre est un métier à plein temps. Arnaud...

Arnaud Montebourg chez Fralib

Fralib : "Unilever reprend les négociations"

Le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, annonce la tenue prochaine d’une table ronde...

Facebook - Réseaux sociaux

"La mésaventure de Facebook en bourse est une mauvaise nouvelle pour les introductions"

Les déboires de Facebook n’auront pas que des conséquences sur les...

Alpone A-110-50

Renault fait revivre l'Alpine

Le constructeur au Losange a présenté sur le circuit de Monaco vendredi 25 mai le concept Alpine A-110-50, son...


© L'Usine Nouvelle    - Publicité- Conditions générales d'utilisation - RSS - Pour nous contacter