Dreux se bat pour relancer son économie
Par De notre correspondantJean-Christophe Savattier - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3098En difficulté depuis plusieurs années, le bassin drouais est de nouveau meurtri par des restructurations industrielles de grande ampleur. Collectivités locales et pouvoirs publics tentent de réagir en misant notamment sur les éco-industries.
Touché par plusieurs fermetures d'usines dans l'électronique et l'automobile, telle celle du constructeur de tubes cathodiques de téléviseurs LG.Philips Displays (540 emplois supprimés) en février 2006, le bassin d'emploi drouais semblait remonter la pente ces derniers mois. Las ! Deux très mauvaises annonces sont venues compromettre les efforts engagés dans le cadre d'un premier contrat de site, doté d'une enveloppe de 44 millions d'euros.
La première salve est partie de Philips EGP, une autre usine « historique » du groupe, spécialisée dans les téléviseurs LCD (600 000 pièces fabriquées en 2008, contre 760 000 prévues). Début avril, la direction a annoncé la suppression de 279 postes. « A ce jour, le site compte 542 salariés inscrits. Mais en réalité, il y a seulement 491 salariés postés, compte tenu des dispenses d'activité liées au précédent plan social de 2003 », nous indique un responsable syndical CGT.
Philips avait déjà engagé un train de suppression de 385 postes suite au transfert de la fabrication des téléviseurs à tube cathodique vers ses usines d'Europe centrale. Sans annoncer - pour l'instant - la fermeture de l'usine, la direction met en avant la forte pression sur les prix et les volumes pour justifier ces nouvelles coupes sombres. Pour autant, selon les représentants du personnel, les intentions réelles du groupe à moyen terme sont de concentrer la charge sur l'usine de Bruges et ses sites d'Europe centrale, notamment l'usine hongroise de Székesfehérvár.
La seconde secousse a frappé la filière automobile. Rachetée il y a six mois par le holding industriel britannique Klarius, la société Rosi (environ 320 salariés), spécialisée dans les pots d'échappement et catalyseurs destinés au marché de la seconde monte, a déposé son bilan auprès du tribunal de commerce de Nanterre. Rosi avait enregistré ces derniers mois une détérioration de l'activité qui s'est ajouté à une exploitation structurellement déficitaire depuis plusieurs années. Dans un premier temps, la direction envisagerait la suppression d'une soixantaine d'emplois.
Face à la débâcle, les collectivités ne désarment pas. A la communauté d'agglomération du Drouais (CadD), Bruno Tachon, le directeur général des services, confirme plusieurs pistes à exploiter « sans relâche ». La première consiste à poursuivre la politique de réaménagement - engagée en mars 2006 - de la friche de 15 hectares léguée par LG.Philips Displays et d'intensifier la prospection d'entreprises. « La CadD, qui assure la maîtrise d'oeuvre de cette action, recrute une chargée de mission ad hoc. Le budget affecté s'élèvera à 300 000 euros sur trois ans », explique Axelle Champagne, la directrice du développement économique à la CadD.
Explorer le recyclage des déchets électroniques
D'ores et déjà, 12 000 mètres carrés de locaux (sur 80 000) sont en passe d'être réhabilités. Une douzaine de TPE sont installées sur le site, représentant environ 25 emplois. « C'est évidemment insuffisant. Mais nous avons bon espoir de pouvoir annoncer prochainement la création de 200 emplois d'ici dix-huit mois à deux ans », assure Bruno Tachon, notamment dans le domaine des services aux entreprises (avec un premier projet de 130 emplois) et de l'artisanat d'art (environ 50 emplois prévus).
La seconde piste consiste à financer le développement de filières industrielles prometteuses. Deux voies sont ainsi explorées, celle de la pile à combustible et celle du recyclage des déchets d'équipements électriques et électroniques (D3E), notamment des écrans LCD et des téléphones portables. « Le secteur du recyclage et de la valorisation des déchets représente un enjeu important. Il va permettre de proposer des postes à des salariés à faible qualification », indique Gérard Hamel, le député-maire de Dreux, qui tient également à ne pas baisser la garde quant au soutien, à travers l'association Polepharma, à l'industrie pharmaceutique locale. Florissant, ce secteur compte localement quelques leaders comme Ipsen, Sophartex, Norgine Pharma, Leo Pharma et Famar.
Premiers emplois dans la pile à combustible
Dans le domaine de la pile à combustible, des premiers succès ont été enregistrés : la société XbyBus a installé un atelier industriel d'une dizaine de personnes spécialisé dans les équipements permettant de créer des atmosphères « ultravides ». Le projet d'implantation d'une usine Matra Harris Semi-conducteurs (groupe XbyBus) vouée à la fabrication des coeurs de pile (200 emplois prévus à terme) est plus que jamais d'actualité, selon Bruno Tachon. Le volet recyclage est pour sa part moins avancé, mais la CadD et ses partenaires vont prochainement répondre à des appels à projets lancés par la plate-forme de recyclage Eco-systèmes et par l'Ademe. La collectivité envisage de lancer dans cette perspective la construction d'un « pôle blanc » sur la friche LG.Philips Displays qui comprendrait 2 500 mètres carrés de salles blanches.
Toutes ces tâches vont être engagées avec les moyens propres de la CadD, qui seront abondés par de nouveaux concours de l'Etat, de la Région et des fonds européens (Feder), dans le cadre d'une phase II du contrat de site (lire l'interview p.36). Pour sa part, la revitalisation de la friche LG.Philips Displays, financée par la CadD, le Feder et la Région, représente une enveloppe spécifique comprise entre 18 et 30 millions d'euros. .

dans la même rubrique
26/05/2012 La semaine chargée d’Arnaud Montebourg, et le reste de l’actualité industrielle26/05/2012 Areva tourne vers L’Australie
26/05/2012 Le jurassien Tech Power revisite la signalétique












