Dompter le développement durable
Par CAMILLE CHANDÈS - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3233
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Vous faisiez du développement durable sans le savoir ? La norme Iso 26 000 arrive à point nommé pour vous aider à cadrer vos initiatives et à travailler vos points faibles.
Vous connaissiez les normes Iso 14 001, 9001, 22 000... Voici désormais l'Iso 26 000, petite dernière des normes relatives aux systèmes de management. Publiée en novembre 2010, cette norme internationale défriche le vaste terrain de la responsabilité sociétale des entreprises (RSE). Elle couvre sept thèmes : gouvernance, droits de l'homme, relations et conditions de travail, environnement, bonnes pratiques des affaires, questions relatives aux consommateurs et engagement sociétal. Mais ce n'est pas une norme comme les autres : elle n'est pas destinée à faire l'objet d'une certification. L'Iso 26 000 se revendique plutôt comme un guide méthodologique ayant pour but d'aider les entreprises (mais aussi les collectivités, les organismes publics...) à y voir plus clair dans le magma qu'est la RSE. Ses concepteurs espèrent les aider à intégrer les principes du développement durable dans leurs organisations en leur donnant des lignes de conduite. Petit guide pour mener à bien son implantation.
1. ÉVALUER SA MATURITÉ
Si les trois lettres RSE vous évoquent plus la Régie du syndicat d'électricité que la responsabilité sociétale, passez votre chemin. La norme Iso 26 000 n'est pas pour vous. Pour en tirer des bienfaits, il faut avoir un minimum de bases. « Il faut déjà avoir une appréhension forte des questions de développement durable au sein de l'entreprise. L'Iso 26 000 est une démarche lourde », prévient Vincent Gruau, le PDG du spécialiste de l'équipement des espaces de bureaux Magencia, l'une des rares entreprises à avoir déjà été évaluée. En effet, les audits à réaliser imposent de contrôler des données, pas toujours disponibles, comme les actions de prévention de la pollution, la lutte contre la corruption en passant par les pratiques loyales de commercialisation ou la création d'emplois. En clair : les grands débutants peuvent attendre. La norme demande d'afficher une certaine maturité.
2. S'ENTOURER D'EXPERTS
La norme Iso 26 000 est un pavé de plus de 900 pages passant en revue plus de 1 000 axes d'analyse... Ce qui peut susciter un certain découragement. L'Afnor et des cabinets spécialisés comme Bureau Veritas offrent leurs services pour décrypter cette norme indigeste. « Nous proposons aux entreprises de les aider à se situer sur les différents axes de la norme », explique Étienne Casal, le directeur de Bureau Veritas Certification France. Ceci a bien sûr un coût. L'opérateur de maintenance aéronautique Air France Industries a ainsi été évalué par Bureau Veritas certification France en novembre 2010. Pendant plusieurs semaines, des auditeurs du cabinet ont collecté les données et conduit des entretiens avec les dirigeants, les salariés mais aussi - et sous couvert d'anonymat - avec les différentes parties prenantes de l'entreprise (actionnaires, fournisseurs, clients, collectivités territoriales, organisations professionnelles, ONG...).
3. SE LAISSER SURPRENDRE
Une fois l'examen terminé, c'est l'heure du diagnostic. Il peut se révéler surprenant. Magencia, évaluée par l'Afnor en novembre 2010, en a fait l'expérience. « Cela a remis les pendules à l'heure de manière objective. Il subsiste des domaines dans lesquels nous pensions être au point. Depuis, l'évaluation nous a montré le contraire. À l'inverse, nous nous sommes révélés meilleurs que nous le pensions dans d'autres secteurs », poursuit le dirigeant. Pour Magencia, le point faible résidait dans le développement environnemental des territoires sur lesquels la PME est implantée (Aisne, Oise et Deux-Sèvres). « C'était un axe que nous n'avions pas du tout identifié. Nous allons désormais essayer de travailler avec les autres entreprises locales sur des thèmes environnementaux, comme la biodiversité ».
Même type de constat chez Air France Industries. « L'évaluation nous a révélé la nécessité de travailler sur le dialogue avec nos différentes parties prenantes. Il ressort qu'elles veulent en savoir plus sur notre stratégie », constate Pierre Girault, le directeur qualité sécurité environnement et développement durable de l'entreprise.
4. VALORISER SES RÉSULTATS
L'Iso 26 000 peut aussi se révéler un puissant outil de communication. Faire connaître les résultats de votre évaluation est un moyen efficace d'impliquer les collaborateurs sur des thèmes valorisants. « Les salariés sont souvent le premier moteur pour déclencher des actions responsables dans l'entreprise », avance Vincent Gruau de Magencia. Ensuite, mettre en avant ses actions RSE est bon pour le business.
« Nous sommes le premier opérateur de maintenance aéronautique à adopter cette norme. C'est un bon moyen de se valoriser », confirme Pierre Girault d'Air France Industries. « Le fait d'avoir une importante maturité dans l'Iso 26 000 nous apporte une crédibilité et une différenciation très forte. Grâce à cette évaluation nous sommes même plus avancés dans la démarche que ne le sont nos donneurs d'ordres », sourit Vincent Gruau. Attention tout de même à l'effet boomerang. « La norme peut enrichir la communication, mais il faut que l'entreprise entreprenne de réelles actions », avance Didier Gauthier, le président de la commission de normalisation Iso 26 000. À défaut, cela s'appelle du greenwashing. Et ça se voit...
Jacques Perotto, associé d'Alerion, spécialiste en droit sociial
La note d'un expert à télécharger ISO 26 000 Mode d'emploi La responsabilité sociétale des entreprises (RSE) - Les abonnés peuvent télécharger gratuitement, ce document sur notre site usinenouvelle.com/ressources











