DGSE: quand les espions cherchent des ingénieurs

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DGSE antennes
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Jusqu’en 2014, la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) va recruter entre 100 et 150 ingénieurs par an. Les services secrets français renforcent leurs capacités techniques, et cherchent donc à attirer de nouvelles candidatures.

Quel métier ?

"Il faut le reconnaître, on intercepte." Celui qui s’exprime aussi directement, c’est Thomas, un jeune ingénieur qui travaille précisément sur l’interception des télécommunications. Récolter des renseignements par des moyens technologiques, c’est la principale mission de la direction technique (DT) de la DGSE. 2000 personnes travaillent pour la DT, sur les 4500 de la maison. Un autre de ses collègues, Olivier, a des occupations plus… romanesques. Il conçoit des systèmes télécoms miniaturisés et sécurisés, pour équiper les agents sur le terrain. Le Q de James Bond, c’est lui.

Ces deux jeunes ingénieurs (trois ans et un an d’expérience) ne regrettent pas d’avoir tourné le dos au secteur privé. Dans leurs laboratoires, ils disposent d’un matériel de pointe, de moyens impressionnants. Olivier parle de "conditions idéales", mais également d’un état d’esprit qui permet de les utiliser au mieux : "Ici, on se donne les moyens de faire ce qu’on veut." Une culture du résultat confirmée par Thomas : "Tant que les résultats suivent, on ne regarde pas trop la méthode".

La plupart des membres de la direction technique effectuent les mêmes tâches que dans le privé. On pourrait presque croire qu'ils travaillent pour une société comme une autre, mais les enjeux restent fondamentalement différents. La pression est importante, venant de la hiérarchie mais surtout de la nature des missions. Les contraintes de confidentialité sont extrêmes: un agent ne parle pas de ses activités, ni à ses proches ni à sa famille. Au public, il ne donne que son prénom. Il ne consulte pas ses mails personnels au bureau: pour des raisons de sécurité, son réseau est fermé.

Thomas et Olivier se sont habitués à ces contraintes. Selon eux, il existe deux catégories d’ingénieurs à la DGSE: les techniciens purs, et ceux qui s’intéressent au monde du renseignement. Ils se placent clairement dans la deuxième catégorie. "On est régulièrement au contact des analystes, c’est très intéressant et gratifiant". Olivier lâche le mot "ego", "c’est valorisant de travailler pour la nation." Les deux apprécient de voir le résultat de leurs travaux rapidement, de suivre les projets. Certains épisodes particulièrement tendus leur ont fait prendre conscience de leur importance : "Des pirates somaliens ont pris des otages, il faut savoir où ils sont et ce qu’ils se disent…" La nature gratifiante de son emploi, Olivier la résume en une phrase : "C’est rare de pouvoir sauver des vies quand on est ingénieur".




Comment ?

Le processus de recrutement est assez long : cinq mois en moyenne entre la candidature et l’arrivée du nouvel agent. Après une série d’entretiens (futurs supérieurs hiérarchiques, DRH…), le postulant est soumis à une enquête de sécurité. Un officier de sécurité cherche à connaître les faiblesses du candidat, à détecter ce qui pourrait poser problème ultérieurement. Relations, amis, familles sont étudiés, pour évaluer les possibilités que le futur agent soit recruté par des services étrangers. Il reste encore au postulant à passer des tests psychotechniques, et au service à justifier son embauche auprès d’un contrôleur budgétaire. Deux à trois mois de délai sont nécessaires avant l’accord final, avant que le futur agent ne puisse démissionner de son ancien emploi.

Les ingénieurs sont généralement recrutés en CDD, pour des durées allant de un à trois ans. Ces contrats sont renouvelables une fois, après six ans se pose la question d’un éventuel CDI. Il est également possible d’intégrer la DGSE en tant que fonctionnaire, via un concours de catégorie A. Les conditions salariales sont avantageuses pour les jeunes (2650 euros nets par mois pour Thomas, 2600 pour Olivier par exemple), mais sont beaucoup moins alléchantes pour les profils expérimentés. "La difficulté, c’est de trouver de bons profils entre six et dix ans d’expérience" explique Patrice, le chef du service recrutement de la DGSE.

Le type de personnalité recherchée est assez clair : la DGSE cherche avant tout des caractères stables, équilibré. Et qui soient près à s’adapter à la culture de la maison. "Si vous étouffez dans un milieu secret, vous n’êtes pas fait pour la DGSE" prévient Patrice. Il affirme que le patriotisme n’entre pas en ligne de compte dans le recrutement, mais que la nature des missions ne convient pas à tous. "Certains candidats réalisent que la finalité ne leur convient pas. C’est assez rare."

Dans la DT, l'ambiance sociale semble être au beau fixe. Pour Patrice, "l’indicateur social, c’est le turnover. Dans la direction technique, il n’y en a pas." Cette situation va jusqu'à poser problème : "si on ne veut pas que l’organisation se sclérose, nous allons devoir organiser ce turnover." Des conditions avantageuses (23 jours de RTT), viennent compenser l'interdiction de se syndiquer ou de faire grève.

Quel besoin ?

Le Directeur Technique, Bernard Barbier, voit son service s’agrandir. Une nécessité pour suivre l’évolution des communications. Ceux qui cherchent à obtenir des renseignements sur internet font face à un problème: "absorber cette quantité d’information". Bernard Barbier rappelle un élément essentiel, de son point de vue : "Internet n’a pas été conçu pour être sécurisé". Les possibilités techniques sont établies : "La technologie nous permet de trouver une aiguille dans un champs de foin", mais les moyens mis en œuvre sont insuffisants.

La France a pris du retard dans ce domaine. "Dans le renseignement technique, il existe une première division des pays occidentaux, dont les Etats-Unis sont le chef de file. Ces pays ont investi suffisamment pour obtenir des renseignements utiles par ces méthodes. Notre objectif : entrer en première division."  Pour y parvenir, le Directeur Technique compte sur la structure même de la DGSE: une agence intégrée, plus petite et donc plus réactive que ses homologues américaines. Outre le renseignement, les nouvelles recrues vont venir renforcer les moyens défensifs et offensifs de la DGSE.

Aujourd'hui, la défense des intérêts de la nation n'est plus le principal argument pour attirer les candidats vers les services secrets. Bernard Barbier présente les choses différement: "c'est un bon début de carrière". Les vocations ne suffisent plus à assurer les besoins.

Si travailler dans le secret ne vous dérange pas, que vous adhérez aux actions et à la culture de la DGSE, les services secrets seront peut-être intéressés par votre CV. Vous trouverez au bas de cette page, une adresse (postale) où vous pourrez envoyer votre candidature. 

Rémy Maucourt

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