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Deutsche Bahn et SNCF abolissent les frontières

Par Catherine Mairet - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 2951

En signant une convention sur l'interopérabilité de leurs matériels, les deux entreprises renforcent leur coopération technique.

Des trains directs et sans arrêt entre la France et l'Allemagne, c'est l'engagement pris par la SNCF et la Deutsche Bahn. « Les industriels veulent des trains "sans couture", nous prouvons que nous pouvons leur en fournir », explique Louis Gallois, président de l'entreprise française. Les deux opérateurs ferroviaires ont signé, le 9 février, une convention cadre sur l'interopérabilité de leurs matériels et de leurs processus de production.

Après la gare frontière de Forbach-Saarbrücken par laquelle transite chaque jour une soixantaine de trains directs reliant Woippy (Metz) à Mannheim depuis septembre 2002, les trois autres points frontières seront franchis sans interruption dans le trafic fret. D'ici à 2006, une centaine de trains devrait circuler quotidiennement entre les deux pays, gagnant près de deux heures sur leur temps de parcours. A l'image de la liaison Woippy-Mannheim (215 km) qui s'effectue en quatre heures, contre six auparavant.

Chacun se réserve le droit à la concurrence commerciale

Pour atteindre l'objectif de 100 % de trains interopérables, les deux compagnies ferroviaires ont investi dans des locomotives multicourants (une vingtaine de modè- les Bombardier côté allemand et 29 Alstom pour la France). Et la formation des conducteurs (différences de signalisation, procédures administratives...) est opérationnelle des deux côtés de la frontière. « Il ne nous reste plus qu'à obtenir le certificat de sécurité pour faire circuler nos nouvelles locomotives en Allemagne », lance le président de la SNCF en précisant que la demande est en cours depuis près de 36 mois... Alors que les engins allemands circulent déjà en France depuis plus de deux ans !

Au-delà de ces dissensions, en partageant leur outil de production, les deux partenaires veulent surtout rester compétitifs face aux transporteurs routiers. Réalisant 6 % des trafics transfrontaliers, ils espèrent augmenter les tonnages transitant par le fer de l'ordre de 30 % dans les deux à trois ans. « Notre coopération ne vise pas à entraver la concurrence au sein du mode ferroviaire mais à fournir un meilleur service à nos clients », précise Hartmut Mehdorn, président du directoire de la Deutsche Bahn, soucieux de ne pas attirer l'attention de Bruxelles. D'ailleurs, pour l'instant, chaque compagnie conserve la maîtrise de sa relation avec ses clients. Et lorsque l'on observe l'agressivité de la politique tarifaire de la Deutsche Bahn sur ses trafics intérieurs, on entrevoit déjà les limites du partenariat... « Si nous sommes chatouillés, nous irons chatouiller », prévient Louis Gallois. A ce petit jeu, les industriels pourraient bien être les grands gagnants en bénéficiant, enfin, d'une réelle compétition entre les opérateurs.

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