Destination BRIC pour le secteur automobile
Par Morgane Remy - Publié le
Renault, la tête d'affiche
Renault tente un retour en grâce. Sans être la repentance d’un Tannhaüser, il s’agit plutôt d’un balayage devant sa porte. Dès vendredi 21 octobre, un nouvel acte commence avec l'annonce de la réorganisation de son service de sécurité. Deux nouveaux managers arrivent dans le groupe. Eric Le Grand dirige à présent le service, avec le titre de directeur de la prévention et de la protection. Et Jean-Marc Berlioz devient inspecteur général.
Nouvelle ère et nouvel air, définitivement germanique. Renault se moque – gentiment – de la pub « Deutsche Qualität » d’Opel dans un clip de parodie. Malgré ce pastiche, Renault parie tout de même sur le savoir-faire allemand. Pour développer la voiture qui succédera à Laguna et à la Vel Satis, Renault-Nissan s’est tourné vers son partenaire allemand Daimler (Mercedes) pour combler son manque sur ce segment de marché. La plate-forme de fabrication pour fabriquer le futur haut de gamme sera "commune entre les trois: Renault-Nissan et Daimler", a déclaré jeudi 20 Carlos Ghosn, le PDG de Renault-Nissan.
Haut de gamme d’un côté, se racheter une conduite de l’autre… En tout cas sur les marchés, la vraie fausse affaire d’espionnage semble loin. C’est sur une croissance de 2 à 8% de ventes sur laquelle table le nouveau second du groupe Carlos Tavares. Le directeur général délégué du constructeur automobile annonce des ventes records, dans une interview publiée samedi par Automotive News Europe.
"A moins qu'il y ait une apocalypse économique et que l'on assiste à une crise de style Lehman, une énorme surprise, je peux vous dire que 2012 sera une nouvelle année record pour l'industrie automobile quoi que l'Europe fasse", annonce Carlos Goshn, à la tête de Renault et Nissan. Ce qui ne l'empêche pas de s'inquièter un peu de l'année à venir lourde "d'incertitudes".
Malgré ces annonces encourageantes concernant les ventes, il semble qu’on pratique déjà le chômage partiel chez Renault. Le constructeur a annoncé lundi qu'il l’utilisera pour faire face à un ralentissement de la demande dans l’usine de Douai (Nord). La plateforme où sont produits les monospace Scenic, sera fermée du 26 octobre au 1er novembre inclus. D'autres sites (Flins, Sandouville et Novo Mesto en Slovénie) feront le pont du 29 octobre au 1er novembre.
Jusqu’ici tout va bien
Il s’est vendu en septembre 6,56 millions de véhicules dans le monde soit 5,1% de plus que l’année précédente. L'Association des constructeurs automobiles européens (ACEA) a annoncé, mardi 18 octobre, que les immatriculations de voitures neuves ont progressé de 0,7% en septembre sur un an en Europe.
Ce bon résultat est principalement dû au marché allemand. C'est le seul pays de taille importante qui enregistre une hausse (+8,1%). Le Royaume-Uni (-0,8%), l'Espagne (-1,3%), la France (-1,4%) et l'Italie (-5,7%) ont vu leurs ventes diminuer sur cette période. Autre nuance en filigrane, la disparition programmée d’un géant européen de l’automobile.
Saab semble de plus en plus glisser vers la faillite. Guy Lofalk, responsable de la restructuration du constructeur, a déclaré vendredi 21 qu'il ne croyait plus que Saab soit capable de l’éviter. "Il est de mon devoir en tant qu'admistrateur de demander l'arrêt de la réorganisation", écrit-il au tribunal de Vännesborg (ouest de la Suède). Et lundi 24 octobre, on apprend que le distributeur automobile Pang Da et le constructeur Zhejiang Youngman Lotus Automobile qui devraient renflouer le constructeur suédois pour 245 millions d'euros se sont défilés.
Destination Bric
Les constructeurs tournés vers l’Europe ne sont pas ceux qui affichent la meilleure forme. Fiat notamement inquiète les investisseurs. Le constructeur est quasiment absent de la Russie et d’Asie.
Alors sans les Bric (Brésil-Russie-Inde-Chine), point de salut ? Chez Fiat, il s’agit clairement de ça : l'agence de notation Fitch rappelle que le constructeur italien est en fort repli en Europe, et peu présent dans les pays émergents. Seul le Brésil constitue un foyer de croissance intéressant, avec 25% de parts de marché détenus par le constructeur italien.
"Dans la hiérarchie des 10 premiers marchés, notons que la France se situe depuis plusieurs mois en 9e position dépassée par le Brésil, la Russie et l’Inde", rapelle Autoactu. Les constructeurs ont – majoritairement – perçu cette tendance lourde. Plastic-omnium créé une co-entreprise en Russie, selon un accord signé mardi 18 octobre. Inergy Automotive Systems, filiale de Plastic Omnium, a signé un accord avec la société russe Detalstroykonstruktsiya en vue de la création d'une société commune. Elle fabriquera des réservoirs automobiles en plastique à destination du marché local.
Renault-Nissan vont déployer dans ses nouvelles installations dans la ville russe de Togliatti (Volga), pour être au plus près du marché. Quant au japonnais Toyota, il a annoncé samedi 29 octobre qu'il prévoit de produire des véhicules hybrides en Chine en 2015, pour les commercialiser directement sur le territoire.
Un choix qui se comprend au vu des chiffres : en 2009, la Chine a dépassé les Etats-Unis pour devenir le premier marché automobile mondial. Plus de 14 milliards de dollars (environ 10 milliards d'euros) d'investissements sont prévus d'ici 2020. Investir, offrir une offre bien ciselée et être proche de son marché. Voilà la stratégie pour laquelle opte les constructeurs.
1 réaction
jdfcar | 25/10/2011 - 22H29
Un sous-traitant industriel chinois qui voit ses commandes en Europe fondre, déclarait dans un documentaire sur Arte, qu’il faudrait se tourner vers le marché intérieur, mais les chinois des classes moyennes et riches préfèrent acheter étranger et pas les produits chinois.
Toyota en créant une usine en Chine pour fabriquer pour les chinois une hybride comme la Prius et sa fiabilité déjà légendaire, va mettre la barre très haute coté qualité. Il ne restera pas beaucoup de place pour les autres marques même étrangères et celles-ci vont perdre de l’argent, beaucoup d’argent, pression des marques nationales chinoises aidant !
Concernant la convoitise que les BRIC suscite, il est hallucinant d’entendre de la part de M. Carlos G. qu’il considère qu’il va casser la baraque dans les ventes mondiales, comme qu’il serait tout seul dans le monde et qu’il aurait la gamme la plus diversifié et innovante!
L’alliance de Renault avec Mercedes est un leurre. Jamais Renault ne fera de l’ombre à Mercedes dans le haut de gamme. A terme Renault ne sera qu’un sous-traitant de Mercedes sans vendre pas plus de Renault pour autant en Allemagne et ailleurs.
Les BRIC à l’importation et production interne de véhicules auront un large choix et conjoncture économique difficile aidant la concurrence mondiale sera terriblement exacerbée !
Il n’y aura pas de place pour des petits joueurs.

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