Des transports performants, un enjeu vital pour la région-capitale
Par Rédaction L'Usine Nouvelle - Publié le
Le plan de développement stratégique de la région parisienne, que présenté mercredi par le président de la République, prévoit un métro automatique reliant les aéroports et les grands pôles économiques.
« Cinq nouvelles lignes de tramway seront mises en service d'ici à quatre ans », proclame la dernière campagne de communication du Syndicat des transports d'Ile-de-France (Stif). Trois visuels alternent sur les affiches placardées dans les stations du métro parisien. « Réseau tramway, c'est toujours mieux d'avoir le choix », explique sur chacune d'elles l'autorité organisatrice des transports. Et pour que tous les usagers, même les plus sceptiques, en soient persuadés, les deux commanditaires de la campagne, le Stif et la région Ile-de-France, expliquent : « On accélère le changement. » Aux commandes du Stif depuis trois ans, après que l'Etat a tardé à lâcher les commandes, la Région veut convaincre de sa bonne volonté...Remédier aux difficultés quotidiennes
Seulement voilà, les incidents, les pannes et les retards se multiplient, transformant chaque jour un peu plus le transport des Franciliens en parcours du combattant. Absence de liaisons de banlieue à banlieue, manque de régularité et de ponctualité des trains, obsolescence du matériel roulant... Les difficultés quotidiennes des voyageurs sont telles qu'Hubert du Mesnil, le président de Réseau ferré de France (RFF), le propriétaire et gestionnaire des voies ferrées, vient de demander de ne plus augmenter le nombre de trains tant que le réseau francilien « n'est pas remis à niveau ». Aiguillages antédiluviens, caténaires en capilotade, sous-stations électriques à bout de souffle, etc. Les incidents dus à l'infrastructure sont de plus en plus pénalisants.
Depuis plus de trente ans, l'Etat a privilégié le développement du réseau TGV. La SNCF ne disposait pas des ressources pour conforter son premier marché, celui d'Ile-de-France. La RATP n'est guère mieux lotie. Si on laisse de côté les quatre lignes de tramway réalisées dans la première couronne et en bordure de Paris, la ligne 14 du métro et la ligne E du RER ont été les deux dernières infrastructures mises en service. Leur réalisation avait été décidée sous le gouvernement de Michel Rocard, à la fin des années 1980. Ni l'une ni l'autre n'ont été achevées ! Entre 1999 et 2007, le trafic du Transilien a augmenté de 23,3%, mais les investissements de la SNCF n'ont pas suivi, tant au niveau de l'infrastructure que du matériel roulant.
L'urgence de la rénovation du réseau
Depuis ses propos fracassants rapportés dans « Les Echos », Hubert du Mesnil se tait. Le président de la SNCF, Guillaume Pépy, reconnaît, lui, que « l'urgence est à la rénovation du réseau. Il faut des progrès visibles dans les deux ou trois prochaines années », assure-t-il. Le président de la RATP, Pierre Mongin, continue de défendre le projet de métro circulaire baptisé Métrophérique, repris par la région Ile-de-France et le Stif sous le nom d'Arc Express. La Région, première contributrice du budget du Stif, loin devant Paris et les sept départements franciliens, a décidé de lancer, le 30mars, un Plan de mobilisation pour les transports en Ile-de-France, de 18 milliards d'euros, sans l'Etat (voir la carte).
« C'est un enjeu vital pour la qualité de vie des Franciliens, pour les entreprises et pour la compétitivité de la région-capitale. Les usagers sont à bout de nerf », plaide le président (PS) du conseil régional Jean-Paul Huchon. Mise à l'étude d'Arc Express; prolongement de la ligne 14 du métro jusqu'à Saint-Ouen, en vue de soulager le trafic de la ligne 13 saturée ; prolongement de la ligne E du RER de la gare Saint-Lazare jusqu'à la Défense... Ce plan de mobilisation ne trompe personne : Jean-Paul Huchon a voulu prendre date. Le chef de l'Etat, Nicolas Sarkozy, doit dévoiler, le 29 avril prochain, son plan stratégique pour l'Ile-de-France, préparé depuis un an par le secrétaire d'Etat au Développement de la région-capitale, Christian Blanc.
Nicolas Sarkozy, qui a promis, le 24 mars à Saint-Quentin (Aisne), une décision « radicale », interviendra à la Cité de l'architecture et du patrimoineàParis. Il y inaugurera l'exposition consacrée aux propositions élaborées par dix équipes pluridisciplinaires dans le cadre de la consultation sur « le grand pari de l'agglomération parisienne ». Un examen qu'il avait annoncé le 17 septembre 2007, lors de l'inauguration de cette même cité. D'après les rares indiscrétions de Christian Blanc et de son entourage, le plan de l'Etat comprendra deux grands volets, l'un consacré aux transports et l'autre aux principaux pôles de développement économique de la région.
Côté transports, le projet élaboré par Christian Blanc est celui d'un « grand huit », un métro automatique à grande capacité, qui relierait, sur 130 kilomètres, les aéroports et les principaux pôles de développement, Roissy, Marne-la-Vallée et le centre de Paris d'un côté, Orly, le plateau de Saclay, laDéfense et Roissy de l'autre. Ce métro, essentiellement en souterrain, pourrait transporter 40000 personnes en heures de pointe. Réalisable en douze à vingt ans, il coûterait de 12 à 20 milliards d'euros, avec un financement mixte public-privé. Il ne serait pas complètement incompatible avec les projets de la Région. Son tracé reprend, en partie, celui d'Arc Express, au sud-est et au nord-ouest de Paris, ainsi que la ligne 14, y compris son prolongement.
Des mesures pour 12 millions de Français
A côté de ce projet structurant, qui signerait l'arrêt de mort de CDG Express, le projet de liaison rapide entre la gare de l'Est et l'aéroport de Roissy, le chef de l'Etat devrait annoncer un autre projet comportant des mesures d'urgence « à la hauteur du défi que représente l'amélioration de la vie quotidienne de 12 millions de Français », comme il l'a dit à Saint-Quentin. Nicolas Sarkozy annoncera-t-il la création d'un établissement public chargé de réaliser le métro automatique à grande capacité? A moins d'un an du scrutin régional, la ministre de l'Enseignement supérieur, Valérie Pécresse, assure que le projet développé par le chef de l'Etat « sera un booster pour la campagne des régionales ».
Au sujet des pôles de développement de la région francilienne, Christian Blanc veut en conforter au moins sept: le Plateau de Saclay, Orly-Rungis, Roissy-Villepinte, la Défense-Nanterre-Rueil , Plaine commune, Champs-sur-Marne et Evry. Disposant de capacités foncières, ces territoires sont susceptibles d'accueillir des entreprises, des laboratoires de recherches et des plates-formes technologiques, afin de conforter leur dimension mondiale.
Là encore, le chef de l'Etat pourrait annoncer la création d'outils spécifiques -des agences d'urbanisme et des établissements publics d'aménagement- dans le cadre d'opérations d'intérêt national. Ce qui ne manquerait pas de rogner encore un peu plus les prérogatives de la Région...
Le pôle scientifique, économique et technologique du Plateau de Saclay, qui fait déjà l'objet d'une opération d'intérêt national, devrait ainsi être doté d'un établissement public d'aménagement (EPA), comme c'est déjà le cas à la Défense, mais aussi à Roissy-Plaine de France.
Voir la carte des projets de transports en commun en Ile-de-France
Pascal Gateaud, avec Olivier Cognasse
"Les acteurs économiques sont inaudibles"
3 questions à Christian Lefèvre, professeur à l'Université Paris 8, chercheur au Latts (Laboratoire techniques, territoires et sociétés), unitémixte de recherche du CNRSLe système de gouvernance de l'Ile-de-France est, selon vous, bloqué. Que peut faire l'Etat pour le relancer ?
L'Etat reste le seul acteur qui peut réunir tous les acteurs franciliens : les collectivités locales, mais aussi les entreprises. L'Etat peut avoir un rôle d'animateur et de fédérateur pour que les projets avancent. Il peut et doit énoncer ses priorités, mais aussi faire pression sur les protagonistes avec les ressources dont il dispose.
Le Schéma de développement de la région Ile-de-France (Sdrif), adopté par le conseil régional, aurait pu remplir ce rôle...
L'élaboration du Sdrif a révélé une profonde incompréhension entre les décideurs politiques et les responsables économiques. Le Medef, les grandes entreprises, l'association Paris Ile-de-France capitale économique et les chambres de commerce et d'industrie estiment que le Sdrif ne pend pas assez en compte la globalisation. Qu'il ne défend pas la compétitivité de la région capitale. Mais les acteurs économiques sont inaudibles, car trop fragmentés...
Quels sont les scénarios pour que la situation se débloque ?
J'en vois trois. Le premier, c'est celui d'une sortie par le bas. Certains territoires considèrent qu'ils ont les ressources nécessaires pour faire cavaliers seuls. Le deuxième concerne le futur syndicat mixte Paris Métropole en cours de constitution. On peut craindre qu'il ne devienne l'otage de conflits entre ses membres. Enfin, troisième scénario : l'Etat annonce une méthode, en prenant une initiative forte. Le plus probable, hélas, c'est que les choses continuent comme avant...











