DES SATELLITES À LA CHAÎNE POUR OHB
Par PAR HASSAN MEDDAH - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3259Grâce à son pari industriel, son habileté stratégique et sa compétitivité sur les coûts, la PME OHB a remporté le marché du GPS européen, Galileo.
C'est un site industriel tout ce qu'il y a de plus banal. Installé à quelques mètres de la route menant au centre-ville de Brême, il est totalement ouvert, sans barrière, ni poste de sécurité. Le badaud ne se doute pas un seul instant que, derrière ces murs, l'entreprise OHB est en passe de lancer la production des 14 premiers satellites du projet de GPS européen. Seul indice de l'activité du site : un conteneur blanc, sur lequel on peut voir le drapeau de la Communauté européenne et lire, écrit en toutes lettres, le nom de code du projet, Galileo. La boîte de métal abrite les premiers panneaux des futurs satellites qui offriront des services de radionavigation en Europe dès 2014. « Nous avons opté pour des conteneurs banalisés que nous avons modifiés avec un système d'absorption des chocs, explique Kristian Pauly, le directeur industriel délégué. Ils coûtent deux fois moins chers que les conteneurs spéciaux et remplissent la même fonction. »
La PME familiale a compris depuis longtemps qu'avec un peu d'astuce, on pouvait générer des économies significatives... même dans le secteur spatial, où tout a tendance à coûter cher. Témoignant d'un mélange d'opportunisme et de rigueur toute allemande, OHB bouscule les coutumes de cette industrie. Son nom est apparu sur la scène européenne en janvier 2010. Elle vient alors de décrocher le contrat de la constellation Galileo. Il n'y avait pas photo. « Notre proposition était meilleure sur les plans technique et financier », lance Marco Fuchs, le patron d'OHB. Et comment ! La PME a assuré pouvoir réaliser la prestation pour 566 millions d'euros, soit 100 millions d'euros de moins que le grand favori, Astrium (EADS), leader du secteur spatial en Europe.
Pour réussir à livrer ces satellites « low-cost », OHB a innové sur le plan industriel. Les 14 satellites vont ainsi être produits comme des voitures : à la chaîne ! L'assemblage se fera au fur et à mesure de leur progression sur une ligne de fabrication. Une quasi « moving line », comme on en trouve chez Boeing ou chez Volkswagen. « Chaque satellite passera par 11 îlots d'assemblage différents. En cas de difficulté, un exemplaire pourra être mis sur le côté pour ne pas bloquer le reste de la chaîne », précise Kristian Pauly.
Une recette très efficace
Autre point fort d'OHB : la réactivité. À Brême, le bâtiment de la direction et le bureau de Marco Fuchs sont voisins des halls d'assemblage des satellites. « Sa porte est ouverte à tous les ingénieurs. De son côté, il peut aller très vite à la rencontre de chaque technicien », explique Alain Bories, l'ex-directeur Espace de Thales, devenu directeur du développement et de la stratégie de la société. Les décisions sont prises très rapidement, comme il a pu le constater lors de son recrutement en 2006... Trois jours après son unique entretien avec le fils et le père Fuchs, - dans le groupe, les décisions se prennent en famille - , il recevait par courrier ses nouvelles cartes de visites.
La recette semble efficace, à en juger par le carnet de commandes, qui s'élève à 2 milliards d'euros. Outre Galileo, OHB a remporté d'autres contrats prestigieux : celui des satellites de météorologie de troisième génération en 2010 (en partenariat avec Thales Alenia Space), le contrat SAR-Lupe de cinq satellites d'observation militaire auprès de l'armée allemande... D'où une croissance digne des start-up de l'internet. La société vise un chiffre d'affaires de 600 millions d'euros cette année, soit presque quatre fois plus qu'en 2006 ! Sur la période 2006-2011, son effectif (actuellement de 2 200 personnes) a plus que doublé. Seule ombre au tableau, sa politique de bas coût, qui a grevé sa rentabilité, avec un résultat net chutant à moins de 10 millions d'euros en 2010, contre 14,8 millions l'année précédente.
OHB sait dailleurs qu'il ne pourra gagner toutes les batailles face aux mastodontes Thales Alenia Space et Astrium. Aussi se concentre-t-il sur le marché des satellites institutionnels, laissant le champ libre à ses concurrents sur les satellites commerciaux hors Europe. Candidate au rachat de la société britannique SSTL (Surrey Satellite Technology Limited), la PME a ainsi dû s'incliner quand les prix se sont envolés, Astrium remportant la mise pour trois fois le prix du marché. C'est pourquoi OHB réplique par une politique d'acquisition très ciblée, comme celle de la division spatiale du fabricant suédois Space Corporation, en mai dernier. Sa grille est simple : toute acquisition doit être ESA-compatible. Comprendre qu'elle appartienne à l'un des pays qui participe au financement de l'agence spatiale européenne, seule garantie pour l'acquéreur de bénéficier des retombées industrielles liées au principe du retour géographique. Chez OHB, chaque sou dépensé doit rapporter. Une leçon que commence à méditer tout le reste de l'industrie.
Chiffre d'affaires 2010 425 millions (+ 48 %) Carnet de commandes 1,2 milliard d'euros (+ 39 %) Résultat net 9,6 millions d'euros (- 35 %) Effectif 2 200 personnes
À Brême, au siège de la société, elle reste très présente. À 73 ans, Christa Fuchs, la présidente du conseil de surveillance et mère du président du directoire actuel Marco Fuchs, veille au grain. Rien de plus normal : c'est elle qui a fondé le groupe, dont elle demeure l'actionnaire principale avec le reste de la famille à hauteur de 70 %. En 1982, après que ses enfants ont terminé leurs études supérieures, Christa, alors mère au foyer, décide de retourner à la vie professionnelle et rachète un petit atelier de réparation de bateaux. En 1985, le père, le docteur Manfred Fuchs, brillant ingénieur spatial, rejoint son épouse à la tête de la société pour réorienter l'entreprise dans le secteur spatial. En 2001, le fils Marco, aujourd'hui âgé de 49 ans, prend les rênes du groupe où sa soeur siège au conseil de surveillance de l'une des filiales

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