Des relations toujours tendues entre l'industrie pharmaceutique et l'Etat
Par Gaëlle Fleitour - Publié le
Gestion de l'affaire Mediator, projet de loi sur la sécurité sanitaire, déficit de la Sécurité Sociale : les divergences entre l'industrie pharmaceutique et l'Etat se cristallisent.
C'est une véritable passe d'armes qui s'est tenue ce mercredi 21 septembre 2011, entre les représentants de l'industrie pharmaceutique et de l'Etat, au congrès annuel organisé à Dreux par Polepharma, le cluster français de la production pharmaceutique. L'objectif était de dresser un premier bilan des Etats Généraux de l'industrie et du Conseil Stratégique des Industries de Santé (CSIS), qui avait réuni en 2009 sous la présidence de Nicolas Sarkozy plusieurs ministres et toutes les industries de la santé.
Deux ans après, le bilan est amer côté industrie. Avec, d'emblée, la dénonciation par Christian Lajoux, le président du Syndicat des entreprises du Médicament (Leem), de "la propension de notre pays à gâcher les atouts qu'il a". Un syndicat inquiet des projets à l'étude, comme les nouvelles taxes sur l'industrie proposées dans le cadre de la réforme du système de sécurité sanitaire, ou de nouvelles baisses de prix. "On va taper sur notre industrie à hauteur de 620 à 650 millions d'euros, en nous demandant des baisses de prix telles qu'on en a jamais connues, et qui n'ont pas du tout été abordées dans un cadre conventionnel !"
Un constat partagé par Christian Béchon, pourtant PDG du LFB, un laboratoire détenu par des capitaux publics, mais également secrétaire du G5, le groupement des cinq principaux laboratoires français. "Nous venons de signer un contrat avec le gouvernement brésilien qui va investir 500 millions d'euros pour garantir son indépendance sanitaire, alors que chez nous on veut faire 620 millions d'euros d'économies !" Un désengagement dont on mesure aujourd'hui les conséquences, selon lui. "La France est passé du stade de 1er à 3e producteur de médicaments en Europe, derrière l'Allemagne et la Suisse !"
Une double crise : conjoncturelle et structurelle
Mais pour Thierry Tuot, co-secrétaire du CSIS, l'industrie a aussi sa part de responsabilité. "Nous traversons une double crise : conjoncturelle, avec l'affaire du Mediator, et structurelle et récurrente, avec la crise financière et les besoins de la Sécurité Sociale. Il reste possible de continuer à mener des actions communes avec les industries de santé. Mais nous sommes dans un pays où les gens consomment le plus de médicaments et détestent l'industrie pharmaceutique. Ce paradoxe a été révélé par le Mediator, et montre la totale méconnaissance de l'industrie" chez la population, mais aussi chez "ceux qui nous gouvernent", de gauche comme de droite".
Résultat, "il y a une pédagogie qui reste à faire, dont vous ne pouvez pas faire l'économie, conseille Thierry Tuot aux laboratoires. Comment la profession traitera la prochaine crise sanitaire ? Lorsqu'un avion tombe, un constructeur aéronautique ne dira jamais : ce n'est pas grave, ce n'est pas notre marque, on s'en fout". Pour Christian Lajoux, cette problématique sera désormais réglée grâce au Codeme, un organisme que vient de créer le Leem pour encourager les bonnes pratiques et sanctionner les mauvaises.
Quant aux promesses faites par le CSIS, elles n'ont pas toutes été respectées selon lui. Incitation à la production de génériques en France, ouverture du fonds d'investissement dans les biotechnologies Innobio, soutien des partenariats de recherche, maintien du crédit Impôt recherche... le CSIS a pourtant avancé selon son co-secrétaire. Qui annonce aux industriels de la pharmacie un nouveau rendez-vous pour "la seconde quinzaine de janvier 2012", avec des enjeux clés comme l'innovation et la fiscalité.
Par Gaëlle Fleitour, à Dreux

dans la même rubrique
26/05/2012 Areva tourne vers L’Australie26/05/2012 Le jurassien Tech Power revisite la signalétique
26/05/2012 Un label décolletage












