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DES MILLIARDS DE WATTS SOUS LES MERS

Par PAR THIERRY LUCAS - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3259

  L'exploitation de ce potentiel énergétique change d'échelle avec l'arrivée de prototypes quasi industriels capables de récolter les énergies des courants et des vagues.

Pas de trêve estivale pour les énergies de la mer. Bien au contraire. Les trois derniers mois ont été particulièrement chargés. Pour preuve, une série de grosses machines ont déjà été mises à l'eau. Des prototypes de deuxième génération, qui ont vocation à extraire du milieu marin une énergie encore inexploitée, puisant sa source dans les courants ou les vagues. Renouvelables, propres, inépuisables, invisibles... les qualificatifs pleuvent sur les énergies marines. Les chiffres aussi. On estime que les hydroliennes, utilisant les courants marins, produiraient des centaines de térawattheures par an, si tous les sites potentiels dans le monde en étaient équipés. Selon l'entreprise britannique à but non lucratif Carbon Trust, qui soutient le développement d'une économie décarbonée, les énergies marines pourraient représenter une puissance installée de 240 GW à l'horizon 2050. Cette perspective recouvre toutes les formes d'énergie issues de la mer : l'énergie des courants, des vagues, des marées (qui repose sur le différentiel de niveau de l'eau) et l'énergie thermique (qui extrait de la chaleur en jouant sur la différence de température entre la surface et les eaux profondes). S'y ajoute l'énergie osmotique, qui crée un flux entre un compartiment d'eau de mer et un compartiment d'eau douce séparés par une membrane.

Globalement, les chiffres sont très encourageants. Mais les technologies s'efforçant de récolter l'énergie des mers n'en sont pas toutes au même même point. L'énergie osmotique, par exemple, reste balbutiante. En 2009, le norvégien Statkraft a inauguré la première unité pilote de production. Or des difficultés (efficacité du procédé, qualité des membranes...) subsistent. Dans l'énergie thermique des mers (ETM), plusieurs unités pilotes de 10 MW sont en préparation. Le marché concerne un nombre limité d'acteurs : le français DCNS, présent à La Réunion, en Martinique, à Tahiti, et l'américain Lockheed Martin qui veut démarrer une expérimentation à Hawaï. Si tout se passe bien, ces unités seront complétées par de véritables usines de production d'ETM de 50 et 100 MW, installées offshore près de côtes bénéficiant à la fois d'eau chaude (en surface) et d'eau froide (à 1 000 mètres de fond). À l'opposé, la technologie marémotrice a déjà une longue histoire derrière elle : l'usine de la Rance (France) a démarré en 1966. Quelques sites ont suivi, mais ce n'est qu'en août 2011 que son record de puissance (240 MW) a été dépassé par l'usine coréenne de Sihwa Lake (254 MW). Toutefois, l'énergie marémotrice a ses limites : elle nécessite la construction d'une retenue d'eau, pose des problèmes environnementaux et les sites où la développer sont limités.

De nombreux projets en cours

Deux domaines - l'énergie des courants et l'énergie des vagues - voient, en revanche, apparaître quantité de projets et de développements technologiques quasi quotidiennement, comme en témoigne le site www.mer-veille.com. De nombreux concepts sont testés à petite échelle, notamment dans l'énergie des vagues ; seule une minorité arrivera à maturité. Mais les prototypes récemment mis à l'eau se rapprochent de machines de production industrielle d'électricité. Restent aux essais à prouver la fiabilité et la durabilité de ces systèmes. Et surtout leur capacité à réduire peu à peu le coût du kilowattheure de l'électricité qu'ils produiront.

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