Des climatisations dangereuses dans les nouvelles voitures ?
Par Pauline Ducamp - Publié le
La député européenne Michèle Rivasi dénonce l'utilisation du fluide frigorigène 1234yf dans les climatisations automobiles. Motif : il entraînerait un risque mortel en cas d'incendie.
Le fluide frigorigène 1234yf revient sur le devant de la scène en ce début d'année mais sous le chapitre sécurité. La député européenne EELV Michèle Rivasi, porte-parole de campagne d'Eva Joly, a décidé d'alerter aujourd'hui, lors d'une conférence de presse, les députés européens sur ce gaz fluoré utilisé dans les climatisations automobiles.
Différents experts et ONGs le jugent dangereux, notamment en cas d'accident et d'incendie. Or, dans le cadre de la lutte pour réduire les gaz à effet de serre, ce fluide a été approuvé par l'organisme certificateur SAE International et équipera progressivement les climatisations des nouveaux modèles, avant d'être généralisé à tous les nouveaux véhicules en 2017.
Pour appuyer sa démonstration, Michèle Rivasi a invité deux experts allemands, les Pr. Andreas Kornath et Alex Lechleuthner. Selon les travaux du Pr. Andreas Kornath, Directeur du Département Chimie de l'Université Ludwig-Maximilians de Munich, le 1234yf s'enflamme à faible température (405°C), dégageant du fluorure d'hydrogène.
Au contact de l'eau, le fluorure d'hydrogène dégage de l'acide fluorhydrique. Cet acide est mortel à très faible dose mais indétectable lorsqu'il entre en contact avec la peau : la douleur ne survient qu'après plusieurs heures.
En cas d'accident de la route, et surtout de chocs frontal, le produit serait dangereux pour les occupants, mais aussi pour les secours. Le Pr. Alex Lechleuthner, directeur de l'organisation allemande de protection des pompiers, a notamment dénoncé dans AutoBild en septembre dernier la dangerosité de ce produit.
Le journal a également réalisé ses propres tests, en vidéo, arrivant à des conclusions similaires : le 1234yf est très dangereux. Selon des données publiées par Greenpeace en 2009, le constructeur Fiat a calculé que chaque kilo de 1234yf qui brûle dégagerait 702 grammes d'acide fluorhydrique, soit une dose plus que mortelle.
Lutte d'experts
La polémique autour du 1234yf n'est pas nouvelle. Lors de sa présentation il y a plus de trois ans, la question de sa dangerosité avait été soulevée. L'Agence Fédérale allemande de l'Environnement (UBA) avait déjà alerté en 2010 sur les risques, l'Organisation des constructeurs automobiles allemands (VDA) avait opté un temps en 2008 pour un produit concurrent, le R-744, composé essentiellement de dioxyde de carbone.
Plusieurs constructeurs automobiles ont mené des tests pour mesurer la dangerosité du 1234yf : leurs conclusions se sont montrés positives. S'il est légèrement inflammable et si la présence d'acide fluorhydrique est avérée, le 1234yf peut être intégré sans danger dans un véhicule.
"Je comprends qu'on se pose ces questions, mais elles se sont déjà posées, des études ont été faites par les constructeurs et les conclusions ont montré que le 1234yf était sans risque. On joue ici sur la polémique et la peur", explique Christophe Maldémé, responsable de la branche gaz à faible potentiel d'effets de serre chez Arkema. Le chimiste travaille actuellement sur le 1234yf.
Défini comme un standard industriel dans l'automobile, le 1234yf présente des bénéfices côté environnement : son indice GWP (Global Warming Potential) n'est que de 4 contre 1 300 pour le R-134a, utilisé jusqu'alors. L'autre avantage du HFO-1234yf est technique : il peut se substituer au R-134a dans les climatisations de voitures déjà en circulation avec quelque modification seulement du système de climatisation. Il a également été certifié non-toxique par l'organisme ASHRAE.
La mise sur le marché du 1234yf est le fruit d'un long processus de lutte contre les gaz à effet de serre. La réglementation des gaz fluorés a évolué depuis les années 80, avec le Protocole de Montréal, substituant aux fluides CFC-HCFC de nouveaux gaz fluorés de type HFC-PFC (comme le R-134a).
En 2006, une directive européenne, découlant du Protocole de Kyoto, interdit les gaz fluorés dont le GWP dépasse les 150. Le 1234yf et d'autres solutions au CO2 sont alors développés, pour remplacer des fluides comme le R-134a.

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