Des champignons dans les batteries
Par Rédaction L'Usine Nouvelle - Publié le
Une substance trouvée dans les champignons pourrait un jour remplacer les métaux précieux et polluants dans les piles à combustible. C'est ce qu'a découvert un chimiste à l'université d'Oxford, raconte le quotidien britannique The Guardian.
Il pousse sur la pourriture du bois et répond au doux nom de Trametes Versicolor. Ses enzymes laccases pourraient valoir de l'or. Sauf que justement, ce champignon présente le grand avantage de ne pas coûter cher. Dans la pile à combustible, les réactions entre oxydant (oxygène) et réducteur (hydrogène) sont utilisées pour produire de l'électricité sans émissions de CO2. Or ces enzymes pourraient y être utilisées comme catalyseur, moins cher et plus efficace que les métaux nobles jusqu'à présent utilisés comme le platine. Les enzymes laccases sont en effet présentes en abondance sur terre, et offrent la même performance catalytique que le platine pour accélérer la réaction chimique entre l'anode et la cathode de la pile.Le premier objectif de Chistopher Blanford, le chimiste d'Oxford qui travaille sur l'esthétique champignon, est de mettre au point une batterie qui produise 400 milliampères pendant environ 2 500 heures. Suffisamment pour alimenter un lecteur de musique portable. La prochaine étape serait de construire une batterie de téléphone portable, réalisée à l'aide de champignons génétiquement modifiés. Le chercheur pense qu'à terme, une seule recharge d'une pile à combustible à enzymes pourrait durer aussi longtemps que 20 recharges de batterie actuelle.
La découverte pourrait intéresser de près les constructeurs automobiles, qui cherchent à trouver des substituts au coûteux platine dans leurs piles à combustible. C'est par exemple le cas du japonais Daihatsu, qui avec sa pile a hydrazine peut remplacer le platine par du cobalt et du nickel, l'hydrazine générant un milieu beaucoup moins acide que l'hydrogène. Si l'enzyme du champignon s'avère autrement plus inoffensif pour l'environnement que la très toxique hydrazine, le risque d'une culture massive de champignons OGM doit être prise en compte, met toutefois en garde Greenpeace.
En suspens. De nombreux obstacles doivent encore être franchis, comme notamment trouver le meilleur matériau pour fixer les enzymes sur une électrode : à ce titre, le carbone, bon marché et abondant, peut faire office de support. Autre question qui travaille les chercheurs en ce moment : la taille des enzymes. Si seulement de plus petites molécules pouvaient réaliser la même chose ! Assurément, ce serait la solution pour stocker mille fois plus d'enzymes sur une même surface. Et pour songer un jour à en faire rouler nos voitures.
Il s'agit pour l'instant de prémices, on ne doit pas s'attendre à voir cette technologie prometteuse commercialisée avant 2020. La recherche semble en tout cas stratégique : depuis qu'il a dévoilé ses trouvailles au Guardian, Christopher Blanford ne souhaite plus répondre aux questions des journalistes sur le potentiel du précieux champignon.
Ana Lutzky
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Mushroom enzyme could strip pollutants from fuel cells

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