Derrière la fête des Lumières, une filière
Par PAR NOTRE CORRESPONDANT VINCENT CHARBONNIER - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3264
ENQUêTE Depuis jeudi 8 décembre, et jusqu'au dimanche 11, Lyon se pare le soir de toutes les couleurs. Chaque année, début décembre, la ville s'illumine et devient la vitrine d'un savoir-faire régional. Le cluster Lumière disposera bientôt d'une plate-forme d'innovations et de services en éclairage (Pise).
Des dizaines de créatures, d'installations et d'objets sculptés par la lumière sur les places et monuments, les berges du Rhône et de la Saône, dans les cours et jardins. Du 8 au 11 décembre, trois millions de badauds sont attendus pour déambuler, à la nuit tombée, dans les rues de Lyon.
Commémorée depuis 1852, la Fête des lumières est devenue le showroom à ciel ouvert des technologies d'éclairage. Une vitrine incomparable pour un savoir-faire régional. "Rhône-Alpes concentre 80 % de la recherche publique nationale en matière d'éclairage", souligne Patrick Clert-Girard, le délégué général du cluster Lumière.
Outre ce potentiel de recherche, il regroupe des entreprises prometteuses. Né en 2008, à l'initiative de la chambre de commerce et d'industrie de Lyon, de l'École nationale des travaux publics, de l'État et d'entreprises comme Philips qui possède une importante unité de sa division éclairage à Miribel (Ain), le cluster a été labellisé grappe d'entreprises par le gouvernement. Il réunit environ 120 fabricants, laboratoires, concepteurs, installateurs et distributeurs, dont plus de la moitié est située en Rhône-Alpes. Les deux tiers des entreprises adhérentes emploient moins de 50 salariés
La révolution des LED
La filière de l'éclairage en Rhône-Alpes regroupe plus de 300 entreprises qui emploient environ 10 000 salariés. La Fête des lumières aide nombre d'entre elles à exporter. D'origine religieuse, ce rendez-vous annuel a pris un coup de jeune en 1989, quand la municipalité a décidé de valoriser sa politique de mise en lumière de l'espace urbain.
Depuis 2008, plus de 30 oeuvres ont connu au moins une seconde vie dans d'autres festivals à Singapour, Jérusalem, Dubaï, Tokyo... La ville a aussi exporté son expertise dans la mise en lumière de bâtiments à Saint-Pétersbourg, Hanoï et La Havane.
Ce volontarisme va bien au-delà de la qualité artistique d'installations plus ou moins éphémères. Le plan lumière de la ville de Lyon cible la sobriété énergétique, autrement dit : la réduction des nuisances lumineuses. La consommation d'éclairage a ainsi été réduite de plus de 10 % depuis 2005, malgré la création de 24 000 points lumineux. Son objectif est de retrouver l'an prochain un niveau de consommation équivalent à celui de 1989 en utilisant de nouvelles sources, des LED (diodes électroluminescentes), comme pour le réaménagement récent de la place Bellecour.
L'éclairage devrait constituer dans cinq ans 50 % du marché des LED de forte puissance, selon une étude du cabinet Yole Développement. Les applications se multiplient pour ce type d'équipement dans l'éclairage urbain, de bureaux et de magasins, de routes et d'aéroports. Dès 1988, Sesaly a été précurseur dans leur intégration dans les transports urbains et les véhicules industriels. En 2009, l'entreprise de Saint-Priest, qui réalise un chiffre d'affaires de 17,3 millions d'euros et emploie 55 salariés, a intégralement éclairé par des LED le nouveau train régional d'Île-de-France, le Francilien. L'an dernier, elle a récidivé avec des bus Daimler et Irisbus.
L'appétit de grands groupes
Spécialisée dans les dalles lumineuses, les lampadaires et les spots encastrés à base de LED, Switch Made a décroché un contrat pour l'équipement des Apple store en Europe, au Mexique et à Hong Kong. L'éclairage général, du logo et de panneaux graphiques des nouveaux magasins à la pomme devrait permettre à la PME lyonnaise de doubler son chiffre d'affaires dès 2012.
"Face aux nouveaux appétits de groupes comme Toshiba, Samsung et LG, nous nous positionnons en challenger", observe Pierre Margairaz, qui a vendu en début d'année sa société Déclic, leader français des luminaires décoratifs, pour concentrer ses moyens sur Switch Made. L'entreprise réalise déjà plus de la moitié de ses 21 millions d'euros de chiffre d'affaires à l'international.
Une autre sociéyé rhônalpine, Diffuselec, mise depuis cinq ans sur les systèmes hybrides d'éclairage à LED. La signature d'un important contrat avec les Émirats arabes unis portant sur la fourniture d'un million de têtes d'éclairages implantées en bordure de rues et d'autoroutes va booster son chiffre d'affaires qui devrait croître de 35 % dès 2012 à 100 millions d'euros.
Le groupe d'Ambérieux d'Azergues (Rhône) a aussi été retenu par McDonald's France pour rénover 500 de ses magasins et les doter d'équipements d'éclairages autonomes reliés à de mini-éoliennes et à de petits capteurs solaires. Diffuselec construit une nouvelle usine, à Chaneins (Ain), qui emploiera une quarantaine de personnes et abritera un centre de formation aux métiers des énergies renouvelables.
L'entreprise dirigée par Serge Miltcheff travaille avec l'antenne grenobloise du Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB). Elle a investi 1,8 million d'euros dans la création d'un centre de recherche sur les équipements à LED. Diffuselec n'est pas la seule à bénéficier de la proximité de laboratoires de recherche et de centres techniques comme le CSTB, le CEA Leti ou le pôle optique Rhône-Alpes à Saint-Étienne (Loire).
Pour pousser cet avantage, le cluster Lumière a piloté le projet de plate-forme d'innovation au service de l'éclairage (Pise). Lancée début décembre, cette société au capital de 700 000 euros est portée par 25 PME (lire ci-dessus). Elle disposera d'équipements de pointe, d'outils de simulation numérique pour effectuer des mesures et des essais nécessaires au développement et à la qualification de nouveaux produits, en partenariat avec les labos publics. Axée sur les sources de lumière, les luminaires et les systèmes d'éclairage, Pise devrait permettre aux entreprises françaises de se différencier face à celles qui utilisent ou importent des produits de piètre qualité.
Ce projet s'inscrit plus globalement dans celui de la future Cité de la lumière, un centre d'innovation scientifique et technique collaboratif, qui regroupera sur un site à Lyon des bureaux d'études et des laboratoires, des plates-formes de démonstration et d'expérimentation susceptibles de capter dans son faisceau de nouvelles entreprises.
Jean-Claude GAS président de SGAME, à Chaponost (23 salariés).
"SGAME est sous-traitante de niveau 2 de cartes électroniques. 55 % de nos produits sont à base de led. Nous concevons par exemple des cartes pour des lampadaires, pour des rampes de balisage ou pour l'éclairage de tramway en partenariat avec Sesaly. Membre du cluster Lumière, j'ai souhaité devenir actionnaire de la société qui gérera la plate-forme Pise. Nous sommes intéressés par ses moyens de mesure mutualisés et le travail collaboratif qu'elle va susciter. Ce sera un appui technologique supplémentaire pour notre entreprise dont le chiffre d'affaires a progressé de 20 % en 2011 à 3,25 millions d'euros."

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