Dérive britannique

Par  - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3291

Trois choses au moins relient la Grèce et le Royaume-Uni : la frise du Parthénon détenue par le British Museum et que réclame en vain Athènes, les riches armateurs installés à Londres et cette crise de l'euro à laquelle les élections grecques ont apporté un répit. En la matière, le gouvernement de David Cameron se trouve dans une situation étrange ou insupportable, c'est selon : il subit rudement les effets de cette crise, mais est aux abonnés absents quant aux solutions, sans pour autant être avare en conseils. Sans cesse, le Premier ministre exhorte ses partenaires, Angela Merkel incluse, à stabiliser la zone euro, y compris par les fameux eurobonds. Car il y a urgence : pour George Osborne, le chancelier de l'Échiquier, la crise « tue » la reprise de son pays. Outre-Manche, la croissance patine toujours (0,8% cette année), avec des indicateurs de déficit cramoisis (6,5% du PIB en 2012 et 2013). Les réformes néo-thatchériennes lancées en mai 2010 tardent à porter leurs fruits. Aussi, la semaine dernière, George Osborne a-t-il promis d'injecter, avec la Banque d'Angleterre, 170 milliards d'euros dans le système financier. Il a également jugé qu'une sortie de la Grèce était peut-être une solution pour l'euro. Encore un bon conseil ! Mais pas question de mettre le doigt dans l'engrenage en aidant, par exemple, les banques espagnoles, car chaque penny soutenant, même indirectement, la zone euro (via le FMI) ulcère les députés conservateurs. David Cameron a accentué cette dérive par son refus de signer le traité fiscal, le 9 décembre. Depuis, il regarde avancer cahin-caha la machine bringuebalante de la gouvernance européenne, les plans de sauvetage et ce projet honni de taxe sur les transactions financières. Ou, plus grave, l'idée d'une union bancaire menaçant la City par la création d'une supervision commune à la zone euro. Peu à peu s'impose une réalité détestable pour Londres, celle de voir ce bloc de 17 pays, majoritaire au Conseil européen, imposer son agenda, comme lors du sommet du 28 juin. Un bloc divisé mais où l'idée que l'issue passe par plus d'intégration fait son chemin. Le Royaume-Uni, eurosceptique comme jamais, est contre, mais ne veut pas perdre le marché unique ! Le concept en vogue à Londres est donc celui d'un repli sur l'espace économique, suivant le modèle norvégien. Aux législatives de 2015, les conservateurs promettront peut-être un référendum sur ce point. Dans cette crise sans fin, nul ne sait si Athènes gardera sa place en Europe. Celle de Londres est aussi, hélas, en question.

Dans la crise de l'euro, Londres reste aux abonnés absents, sans se priver de donner des conseils.

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