Démons italiens
Par PIERRE-OLIVIER ROUAUD - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3250
Objectif de l'Italie : zéro déficit public en 2013 et maîtriser la dette, l'une des plus élevées du monde à 1 900 milliards d'euros, soit 120 % du PIB.
C'était le 3 août. Au coeur du vieux Rome écrasé par le soleil, seuls quelques touristes curieux remarquaient le ballet des députés sortant au compte-gouttes du Palazzo Montecitorio (l'Assemblée nationale), pressés d'éconduire les questions des journalistes et partir en vacances. Silvio Berlusconi venait d'y prononcer un discours sur la « solidité » de l'économie italienne et de proposer « un pacte de croissance ». Un discours enflammé tombé à plat. Trois jours plus tard, la dégradation de la notation des États-Unis déclenchait la tempête sur les marchés et par ricochet avivait les craintes sur les économies les plus fragiles de la zone euro, Italie en tête. Le Cavaliere était nu. Pressé d'agir par la BCE, mais aussi par Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, il devait se résoudre quelques jours plus tard à annoncer en urgence un plan de rigueur adopté depuis par les députés. Les sénateurs le discutent en ce moment. Contesté par le patronat et les syndicats (qui se sont fendus d'une déclaration commune), ce plan sévère se chiffre à 45 milliards d'euros sur deux ans. Il s'ajoute à des mesures annoncées en juillet. Objectif : atteindre zéro déficit public en 2013 (3,8 % cette année) et maîtriser la dette, l'une des plus élevées du monde à 1 900 milliards d'euros, soit 120 % du PIB.
Le volet le plus visible de cette rigueur transalpine est une « taxe de solidarité » débutant à 5 % sur les revenus à partir de 90 000 euros. Pressé par les marchés, Silvio Berlusconi, l'ex-chouchou des petits patrons, a juré avoir le coeur qui saigne de renier son serment de « ne pas prendre dans la poche des Italiens ». En ce sens, cette hausse des impôts est un virage, comme si l'on touchait aux limites du berlusconisme. Trop tard ? Voilà quelques mois, « The Economist » dépeignait le président du Conseil comme « l'homme qui a planté un pays entier », non pour ses frasques mais pour son talent à repousser les réformes. Accentuant ainsi le mal italien, celui avant tout d'une croissance introuvable. En moyenne, depuis une décennie l'économie n'a progressé que de 0,2 % par an. Le PIB par tête a reculé. Les causes de cette langueur sont presque toutes structurelles. Après la folle croissance de l'après-guerre, ciment du compromis social, l'économie s'est mal ajustée à la mondialisation. Il y a tout à trac la dérive de la compétitivité, le mille-feuille administratif, les professions protégées, l'éducation négligée... En dix ans, l'Italie a reculé dans presque tous les comparatifs internationaux. La vigueur entrepreneuriale du Nord ne suffit plus à tirer le pays entier. Au-delà de la rigueur, l'Italie doit affronter ses démons. Elle n'est pas la seule.

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