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Démantèlement des centrales nucléaires : rallonge de 5 ans pour EDF

Par Ana Lutzky - Publié le

© diapo chooz

Afin de faire passer la pilule de la réforme du marché de l’électricité auprès d’EDF, le gouvernement accorde à l'électricien cinq ans de plus pour mettre de côté l'argent nécessaire au démantèlement des centrales nucléaires.

Selon Les Echos, la dernière version du projet de loi Nome comporte deux points très positifs pour EDF. Outre le prix confortable de 40 euros le MWh (minimum) auquel il cédera son courant aux fournisseurs alternatifs, EDF devrait disposer de cinq ans de plus pour financer le démantèlement de ses centrales nucléaires.

Selon la loi Birraux de 2006,  l'entreprise a jusqu'en juin 2011 pour réunir les fonds nécessaires aux futurs démantèlements. Elle doit se constituer un portefeuille d'actifs dédiés, dont la vente progressive doit permettre de payer la déconstruction des 58 réacteurs à eau pressurisée actuellement en service en France, le stockage définitif des déchets radioactifs à vie longue (6,3 milliards d’euros en valeur actualisée), et la gestion du combustible usé (8,7 milliards d’euros en valeur actualisée).

Sommes sanctuarisées. A fin de 2009, ce portefeuille composé d'actions et d'obligations valait 11,4 milliards d'euros (Voir les comptes consolidés au 31 décembre 2009 p.82, puis 92 et 93). A comparer à un coût total de démantèlement évalué en 2008 à 17 milliards d'euros. L’électricien a donc un an pour trouver 5,5 milliards d’euros. Le gouvernement a accepté de repousser l'échéance au mois de juin 2016. « Ces sommes sont isolées de la gestion des autres actifs financiers de l’entreprise. Gérées dans une optique de long terme, elles font l’objet de placements diversifiés », indique EDF.

Le temps ne presse pas : si EDF a fait le choix en 2001 de déconstruire intégralement ses 9 réacteurs arrêtés (Brennilis, Bugey 1, Chinon A1, A2 et A3, Chooz A, Creys-Malville et Saint-Laurent A1 et A2), les 58 réacteurs en activité ne devraient pas être démantelés avant vingt-cinq ans. "La première échéance notable n’arrive qu’en 2021 pour se poursuivre jusqu’en 2117 pour le parc actuel en exploitation", indique EDF.

Brennilis en sursis

En Bretagne, les environnementalistes donnent du fil à retordre à EDF. Arrêtée en 1985, la centrale nucléaire à eau lourde de Brennilis, dans le Finistère, a commencé à être démantelée en 1997. Mais la déconstruction a été stoppée en 2007 à la suite d'un recours des environnementalistes. En juillet 2008, EDF a déposé une nouvelle demande de décret autorisant le démantèlement complet de l’installation, qui a donné lieu à une enquête publique.

Verdict : la commission chargée d'étudier la nouvelle enquête publique vient d'émettre à l'unanimité un avis défavorable au projet présenté par EDF. Au cœur de l’affaire, l’opposition entre la stratégie de démantèlement immédiat d’EDF, et la stratégie d’attente préférée par les écologistes. Selon les commissaires enquêteurs, les documents soumis par EDF « ne démontrent pas l'urgence et l'intérêt du démantèlement immédiat ». EDF préfère ne pas attendre, afin de ne pas perdre la mémoire industrielle détenue par les ingénieurs qui ont construit la centrale, et pour ne pas détériorer les bâtiments.

« Démanteler revient à déplacer la radioactivité sans la réduire », rétorque la commission. Les solutions de stockage pour les déchets radioactifs à vie longue ne sont pas encore trouvées. Quant au centre d'entreposage temporaire prévu à Bugey, il n'est pas encore autorisé et ne sera pas opérationnel avant 2014. Guy Gaillon, premier adjoint de la commune de Loqueffret, sur laquelle se trouve une partie du site, estime que l'entreposage des déchets pose un réel problème. Olivier Jégo, de « Sortir du nucléaire », rappelle, lui, la position de la Commissariat à l'énergie atomique (CEA) « préconisant un démantèlement dans 50 ans, en raison du taux de radiation encore trop important au coeur du réacteur ».

Dans l'immédiat, c'est au gouvernement de trancher. L'avis de la commission n'étant que consultatif, il peut signer malgré tout le décret autorisant la déconstruction.


Lire aussi:

Chooz A : coulisses d’une centrale en démantèlement

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