Déficit commercial français : les produits français pas assez innovants
Le 07 février 2008 par Rédaction L'Usine Nouvelle
Rendu public ce matin, le déficit commercial dépasse les 39 Mrds d'euros pour l'année 2008. Marion Cochard, économiste à l'OFCE, l'Observatoire français des conjonctures économiques, nous livre son analyse sur ce qui entrave les entreprises françaises à l
Ce « triste record » de 39, 171 milliards d'euros de déficit commercial français pour 2008 vous surprend-il ?Marion Cochard : Non, il se situe dans la prolongation de 2002. Aux mêmes causes les mêmes effets : la hausse du prix du pétrole est responsable de 50% du creusement du sol commercial depuis 2002, c'est vraiment là une grosse part du déficit français. Mais ce n'est pas le plus inquiétant car c'est un événement conjoncturel dont la tendance peut s'inverser. Le vrai problème, ce sont les 50% restants qui proviennent de la dégradation des performances françaises. Depuis cinq ans, elles ont perdu 20% de parts de marché, ce qui est énorme. Mais mis à part l'Allemagne qui fait figure d'exception dans la zone euro, c'est le cas de beaucoup de pays européens : l'Italie a perdu 30%, l'Espagne et le Royaume-Uni 15 %.
Comment expliquer la faible compétitivité des entreprises françaises ? Notamment par rapport à l'Allemagne, qui avec le même euro fort, affiche un excédent commercial de presque 200 milliards d'euros.
D'abord, le niveau de l'euro qui s'est apprécié de 50% par rapport au dollar depuis le début des années 2000, et de 10% à 15% en taux de change effectif nominal, contribue beaucoup à la perte de compétitivité. Tant qu'il n'y aura pas une vraie politique de taux de change au sein de la zone euro, comme dans les grands pays du monde tels que les Etats-Unis ou la Chine, les entreprises seront tributaires des effets de l'euro. Aujourd'hui la zone euro est une sorte de voiture balai derrière les autres pays du monde : chaque pays travaille à déterminer le niveau de change qui lui convient, et l'euro se retrouve à servir de variable d'ajustement.
On peut toutefois noter que les prix des produits français relatifs à l'exportation n'ont connu qu'une faible dégradation par rapport à nos concurrents au regard de l'ampleur des variations de change. Contrairement à l'Italie par exemple où les prix ont décollé suite à l'appréciation de l'euro, ce n'est pas via les prix à l'exportation que la compétitivité française s'est dégradée mais via le décrochage des marges à l'export : pour rester présentes à l'étranger les entreprises françaises n'ont eu d'autre choix que de baisser leurs marges, ce qui traduit leur faible pouvoir de marché, ou de se retirer du marché à l'exportation, ce qui expliquerait la baisse du nombre d'entreprises françaises depuis 2003.
Automobile et biens intermédiaires tirent le déficit 2007
Sur l'ensemble de l'année, les exportations ressortent en hausse de 3,1 %, à 400 milliards d'euros, mais les importations progressent plus vite, à 5,4 %.
Principale cause de l'aggravation du déficit : la dégradation des échanges dans l'industrie manufacturière, essentiellement dans l'automobile et les biens intermédiaires. L'excédent commercial automobile a fondu en un an de 5,6 milliards à 500 millions d'euros en 2007 tandis que les ventes d'Airbus ont légèrement reculé de 15,2 à 14,5 milliards d'euros. Malgré la flambée des cours du pétrole, la facture énergétique baisse par contre par rapport à 2006, à 45,2 milliards d'euros.
Mais ces éléments ne permettent pas de comprendre les divergences entre la France et l'Allemagne, qui subit les mêmes effets négatifs dus à l'euro fort et à la hausse du pétrole. Car ces effets sont largement compensés par d'autres avantages compétitifs. L'Allemagne récolte notamment les fruits d'un politique menée dans les années 2000 pour restaurer la compétitivité perdue suite à la réunification. Elle a mené une politique très dure de baisse des coûts salariaux, avec des accords de branche, la TVA sociale... Du coup, elle a gagné en compétitivité et en parts de marchés, notamment au détriment de la France. Mais là encore, il faut relativiser les bénéfices de cette politique allemande, certes efficace sur le court-terme : la demande intérieure outre-Rhin est atone alors que la nôtre est encore dynamique et les performances macro-économiques allemandes ne sont pas meilleures, loin s'en faut, des nôtres...
Hervé Novelli a présenté ce matin une série de mesures pour stimuler l'exportation. Il souhaite notamment augmenter les incitations à l'innovation et améliorer la visibilité des produits français. Qu'en pensez-vous ?
Je le rejoins totalement sur le terrain de l'innovation. Il y a un vrai déficit de recherche en France qu'il soit public ou privé. Comparées à l'Allemagne toujours, les dépenses françaises en recherche et développement sont faibles : selon l'OCDE, les dépenses intérieures en R&D représentaient en 2004 2,16% du PIB pour la France, contre 2.49 % pour l'Allemagne, 2.68 % pour les Etats-Unis, et 3.13 % pour le Japon. Et celles financées par le privé, c'est-à-dire par les entreprises, étaient en 2003 de 1,11 % du PIB pour la France, contre 1.67 pour l'Allemagne, 1,71 pour les Etats-Unis, et 2,35 pour le Japon. Les produits allemands bénéficient ainsi d'une excellente image en matière d'innovation, loin devant les produits français. Une politique d'innovation ambitieuse, permettant notamment d'atteindre les objectifs fixés par la stratégie de Lisbonne, permettrait de combler ce déficit. Et les déclarations d'Hervé Novelli, de même que la mise en place récente des Pôles de compétitivité, semblent aller dans le bon sens. Même s'il est encore trop tôt pour les évaluer.
Ce handicap en innovation, déjà existant, a été amplifié par l'arrivée des pays émergents comme la Chine. Aujourd'hui plus que jamais, les pays développés ont besoin de se démarquer des autres. »
Propos recueillis par Carmela Riposa
Le plan Novelli : « 10 mesures » pour booster l'exportation
Aux grand maux, les grands remèdes. Juste après l'annonce officielle du désormais « triste record » des 39,171 milliards d'euros de déficit commercial français, Hervé Novelli, le secrétaire d'Etat chargé des entreprises et du commerce extérieur annonçait des mesures destinées à restaurer la compétitivité des entreprises françaises. Parmi elles figurent une simplification des procédures de la Coface (Compagnie français pour le commerce extérieur) et une amélioration de l'assurance crédit. L'accompagnement des entreprises françaises à l'export sera également renforcé grâce à une réforme du dispositif public de soutien aux entreprises. Celle-ci prévoit une montée en puissance d'Ubifrance, qui sera jugée sur les résultats obtenus, notamment sur le chiffre d'affaires export de ses clients. Autres mesures remarquées : le système du portage des PME par les grands groupes ou encore un élargissement des zones cibles aux pays émergents, comme les marchés asiatiques, au Proche-Orient et vers les pays d'Amérique. Cette politique structurelle « devrait permettre de contenir et de faire diminuer le déficit dans les deux à trois ans à venir », a souligné, ce matin, Hervé Novelli. C. R.Liens utiles :

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