"De toute façon, elles sont quasiment mortes, les 35 heures"
Par Ana Lutzky - Publié le
Alors que le débat sur la fin des 35 heures fait rage, le dirigeant d’une PME dans la métallurgie s’exprime. Comment se détermine le temps de travail dans l’usine ? Est-il favorable à la fin des 35 heures ? Christophe Desmarez, patron de Mécanorex, répond à l’Usine Nouvelle. Son entreprise emploie 150 salariés, dont 100 ouvriers sur place sur les machines, et 20 en déplacement sur chantier.
Etes-vous aujourd’hui aux 35 heures dans votre usine ?
Dans les faits, on n’est pas aux 35 heures. J’avais lancé le processus pour passer aux 35 heures mais mes délégués du personnel ont fait planter la procédure pour vice de forme. On a dû tout annuler.
Vous y êtes assujettis, pourtant ?
Oui, bien sûr. Nous effectuons 38 heures et demie par semaine, soit trois heures et demie supplémentaires hebdomadaires. Le taux horaire de ces heures supplémentaires est majoré à 25% car notre effectif est supérieur à 20 salariés. Avec un effectif moindre, la majoration n’aurait été que de 10%, mais ce n’est pas notre cas.
Pourquoi avez-vous souhaité repasser aux 35 heures effectives ?
C’est tout simple : nous n’avons pas beaucoup de charge de travail. Jusqu’en 2008, le carnet de commandes était très fourni et nous tournions même à plus de 38 heures et demie par semaine. En 2010, cela n’était plus nécessaire et j’ai souhaité instaurer à nouveau un temps de travail hebdomadaire de 35 heures pour éviter d’avoir à payer des heures supplémentaires. Revenir aux 35 heures effectives aurait occasionné pour les salariés une perte moyenne de salaire de 10% sur le mois.
La fin des 35 heures : êtes-vous pour ou contre ?
L'année 2011 s'annonce faste pour Mécanorex. En février, l'entreprise débutera un gros chantier pour Vallourec, spécialiste des tubes pétroliers sans soudure, en Arabie Saoudite. En effet, le groupe français y implante une usine pour filetage sur puits de pétrole : les tubes continuent d’être envoyés depuis l’Europe, mais le filetage en bout de tube se fait sur place, car moins coûteux. Mécanorex lui fournira tous les systèmes de convoyage de tubes, pour passer les canalisations de machine en machine. Une commande de près de 5 millions d’euros. « Ca nous a sauvé notre semestre », indique Christophe Desmarez, heureux. Ses précédentes commandes n’avaient jamais dépassé le million.
Les 35 heures ont-elles créé plus d’embauches chez vous ?
Lorsque mes équipes sont sur les machines dans l’usine, je peux planifier leur travail. Dans ce cas, la baisse de la base horaire de travail à 35 heures a pu occasionner plus d’embauches, une équipe prenant le relai d’une autre.
Dans la maintenance, ce n’est pas possible. Mes techniciens interviennent chez un client, on ne sait pas sur quoi il va tomber, ni combien de temps va durer la réparation. Une machine en panne peut parfois nécessiter plus de 12 heures d’intervention. Impossible d’embaucher sur des missions aussi ponctuelles. Dans ce cas, j’ai plutôt recours aux heures supplémentaires avec lesquelles je dois jongler à longueur d’année : la loi TEPA permet ici aux techniciens d’avoir plus d’argent.
Les heures supplémentaires vous coûtent-elles trop cher ?
Cela fait partie de nos coûts de fonctionnement. C’est un élément de motivation pour les salariés. Ils font tout de même des efforts, ce sont des heures en plus. Il y a des tas d’autres postes que l’on pourrait réduire pour encourager ces heures supplémentaires. La loi TEPA a défiscalisé ces heures, mais a alourdi d’autres charges pour les chefs d’entreprises !
Qu’a changé pour vous le déplafonnement des heures supplémentaires, en 2007 ?
Dans la métallurgie, nous avons un quota annuel de 220 heures supplémentaires. Avant, il était très compliqué voir impossible de le dépasser, il fallait passer par une procédure lourde d’autorisation de l’inspection du travail. Désormais, ce n’est plus le cas, dans la limite du respect d’autres critères légaux tels 48 heures par semaine maximum, 42 heures sur trois semaines consécutives…
Lorsque l’on dépasse ces 220h, il y a deux possibilités. Soit cela est imposé aux salariés, et dans ce cas ces derniers ont droit à un repose compensateur, en d’autres termes des journées de récup’. Soit le salarié le choisit, et signe un avenant annuel dans lequel il indique qu’il est prêt à faire 300 ou 400 heures supplémentaires de travail.
Quelle est la politique dans votre usine ?
Mes salariés ont le choix. La plupart choisit de faire des heures supplémentaires au-delà du quota de 220 heures annuelles, pour arrondir ses fins de mois. De toute façon, si je devais leur imposer, cela me coûterait trop cher, je ne pourrais pas accepter les chantiers de maintenance.
"Le temps de travail va être de nouveau d'actualité mais pour une raison qui n'a pas encore été abordée puisqu'il se trouve que le comité européen des droits sociaux vient de déclarer la loi française sur le temps de travail de Xavier Bertrand non conforme à la charte européenne des droits sociaux", notamment sur le forfait jour et les astreintes, a déclaré le secrétaire général de la CGT Bernard Thibault sur RTL."Nous allons nous faire fort de faire renégocier ces accords pour être conformes, a-t-il poursuivi.
Evoquant l'actuel débat sur les 35 heures au sein de la droite, le leader de la CGT a estimé que la majorité voulait "abandonner toute durée légale nationale du temps de travail pour s'en référer uniquement au cadre européen qui prévoit des durées maximum de 48 heures par semaine et de laisser chaque entreprise libre de négocier elles-mêmes la durée du temps de travail".
"Il y a manifestement une offensive pour faire baisser le coût du travail", a-t-il dit, redoutant que les salariés "aient encore une fois à y perdre". La loi Bertrand d'août 2008 a maintenu une durée légale de 35 heures mais elle a aussi, sous réserve d'un accord avec les syndicats ou représentants du personnel, donné quasiment toute latitude aux entreprises pour augmenter et organiser le temps de travail.

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