De quel côté basculera cette rentrée ?
Par THIBAUT DE JAEGHER - Publié le
Réduire les déficits est évidemment devenu un objectif crucial et prioritaire mais il ne doit pas se faire au détriment de la croissance. On ne doit pas oublier que le remède, trop fortement dosé, peut être pire que le mal.
Ça y est. Nous y sommes. La France -pas seulement ses bambins mais aussi ses entreprises- fait sa vraie rentrée. Les dernières universités de l'été se sont terminées ce week-end pour l'UMP ou en fin de semaine dernière pour le Medef. Et leurs participants, teints hâlés, en bras de chemise, ont tenu à afficher un optimisme à toute épreuve face aux événements boursiers de l'été. Mais, avec la fin des vacances, nous saurons si la sérénité affichée par nos dirigeants et nos grands patrons est solide. Si elle est nourrie par une authentique confiance en l'avenir ou si elle ne relève que de la méthode Coué...
Ce que l'on craint tous sans trop se l'avouer, c'est de revivre 2008. L'automne et l'hiver ne furent alors qu'une longue descente aux enfers pour les industriels du monde entier. Il y a trois ans, tous les indicateurs avaient viré au rouge en quelques jours, malgré un excellent début d’année. Cette rentrée 2011 nous offre un double visage. Les vertigineuses dettes des Etats et les prévisions de croissance revues à la baisse nourrissent une inquiétude qui apparaît de plus en plus légitime. Mais, dans le même temps, le vent (une brise ?) de la reprise continue de souffler. Les prévisions de croissance de certains marchés, comme celui de l’aéronautique, sont excellentes. Faut-il le rappeler 2011 sera sans doute une année historique en termes de vente pour Airbus ! Certains industriels affichent même des carnets de commande capables de leur assurer 18 mois d'activité.
2011 ne ressemble donc pas tout à fait à 2008… Surtout, on peut encore éviter de rentrer dans un cercle vicieux qui briserait briser l'élan de la reprise que chacun d'entre nous a bel et bien ressenti avant la trêve estivale. Réduire les déficits est évidemment devenu un objectif crucial et prioritaire mais il ne doit pas se faire au détriment de la croissance. On ne doit pas oublier que le remède, trop fortement dosé, peut être pire que le mal. Ce qui se produit en Grèce est à ce titre édifiant. Obnubilés par l'objectif de réduction du déficit, les trois bailleurs de fonds (commission européenne, fonds monétaire international et banque centrale européenne) pourraient bien réussir à augmenter la dette grecque... proportionnellement à la richesse créée ! Les mesures imposées au pays sont tellement douloureuses qu'elles assomment son économie. Le PIB en 2011 devrait être une nouvelle fois en recul de 5%, tout comme en 2010 (-4,5%). Et le déficit devrait stagner autour des 9% du PIB... C’est une évidence de le dire mais rembourser des emprunts lorsque l’on ne gagne plus d’argent est tout simplement impossible.
En cette rentrée, nos dirigeants, politiques et économiques, doivent méditer le cas grec. Leurs craintes, leurs angoisses face aux dettes des Etats, pourraient les inciter à prendre eux-aussi des mesures d'économie. Elles nous plongeraient alors dans un marasme économique qui n'a pour l'instant pas encore pris corps dans la vie quotidienne des entreprises. A eux de voir, de quel côté, ils veulent faire basculer cette rentrée...

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