Pas besoin de lire le rapport Gallois pour savoir que la compétitivité est un savant mélange d'innovation, d'incitation fiscale et de coût du travail. Il suffit de se plonger dans l'histoire de France. Le 21 novembre 1806, Napoléon Bonaparte, à qui la défaite de Trafalgar un an plus tôt reste un peu en travers de la gorge, décrète le Blocus continental, interdisant aux Anglais les accès aux ports du continent. Le commerce est stoppé avec les Antilles et de nombreux produits viennent à manquer, comme le sucre de canne, désormais hors de prix. Napoléon encourage les chercheurs français à trouver un substitut. En 1812, l'industriel Benjamin Delessert présente à l'empereur des pains de sucre à base de betterave.
Enthousiaste, Napoléon décore le jeune entrepreneur de la Légion d'honneur, délivre 500 licences de fabrication et ordonne la plantation de plusieurs milliers d'hectares en France. Encouragée par un régime fiscal très avantageux, la betterave devient hyper-compétitive et les usines fleurissent. Las ! La chute de l'Empire en 1814 libère à nouveau le commerce maritime et on assiste à un afflux de sucre stocké pendant plusieurs années chez les planteurs antillais. Les prix chutent et l'essor de la betterave est brisé net. Les sucreries du continent ferment les unes après les autres. Avatar d'assez courte durée, puisque l'abolition de l'esclavage, en 1848, entraîne une forte hausse des coûts de production aux Antilles, puisqu'il faut désormais payer les ouvriers qui traitent la canne. Et voilà la betterave redevenue compétitive !









