De l’affaire Servier à l’alliance UTC-Goodrich, une semaine d’industrie
Par Barbara Leblanc - Publié le
Dure semaine sur le front de l’économie, tant en France qu’à l’étranger. Dure semaine aussi pour l’énergie, avec le retrait de Siemens et les discussions des grands dirigeants sur l’après Fukushima. Dure semaine enfin pour le groupe Servier, face à la mise en examen de plusieurs responsables. Retour sur une semaine d’industrie.
Fil rouge : une conjoncture mise a mal
Au regard de la dernière version de notre indicateur CAC de l’Industrie, examinant les performances des entreprises, l’industrie allait bien au premier semestre 2011. Les groupes industriels français ont vu notamment vu leur chiffre d’affaires progresser de 5,03% par rapport aux six premiers mois de l’année 2010. Le tout avec des bénéfices en hausse de 2,16%.
Mais l’été est passé par là avec la crise financière et les crises de la dette aux Etats-Unis et en Europe. Alors que vont devenir les résultats de nos industriels ? D’autant qu’en Europe la conjoncture économique a pris un nouveau tournant cette semaine.
Après la Grèce et le Portugal essentiellement, c’est au tour de l’Italie d’être au plus mal. L’agence de notation Standard & Poor’s dégrade la notation du pays, passant de A+ à A. Deux jours après, c’est celle de cinq banques italiennes qui a été revue à la baisse par l’agence. En cause ? Les faibles perspectives de croissance, qui devraient compliquer la réduction du déficit et de la dette, et la fragilité de la majorité gouvernementale.
Cette situation n’est que l’aboutissement d’une crise plus profonde, en latence depuis deux ans, selon un responsable de la chambre de commerce et d’industrie française en Italie. Avec pour les industriels français présents sur place, un fort retrait des investissements et la recherche de solutions de survie.
Et toutes les grandes institutions économiques dans le monde révisent leurs prévisions de croissance à la baisse. Après l’OCDE la semaine dernière, le Fonds monétaire international (FMI) prévoit mardi 20 septembre des jours noirs. La croissance devrait donc être faible jusqu’à la fin de l’année 2011 dans tous les pays occidentaux. Pour les Etats-Unis par exemple, le FMI ne table plus que sur le chiffre de 1,5% pour 2011 contre 2,5%. Quant à l’Europe, adieu les 2% de croissance. Il ne faudra plus compter que sur 1,6% dans la zone euro et 1,7% en France.
Derrière la conjoncture, c’est aussi l’industrie qui commence à être impactée. Selon l’indice PMI de l’institut Markit, l’activité économique en France a stagné en septembre. Avec 50,7 points, l’indice composite atteint son plus bas depuis 27 mois et s’approche dangereusement de la barre fatidique des 50 points, en-dessous de laquelle l’activité se contracte. Pire, pour la seule industrie manufacturière, l’indice descend ainsi à 47,3 points, là encore un plus bas depuis plus de deux ans.
Au sein de la zone euro, la France fait même figure de mauvais élève dans le domaine des commandes industrielles. Avec un recul de 11,2%, l’Hexagone enregistre un nouveau mois de repli en juillet, bien supérieur à l’effondrement moyen de la zone euro estimé à -2,1%.
Autant de mauvaises nouvelles qui ruine le moral de nos industriels. Selon les données de l’Insee publiées le 23 septembre 2011, l’indicateur du climat des affaires dans l’industrie est tombé de 105 points en juillet à 99 en août. Autant de mauvaises nouvelles qui ont aussi conduit le gouvernement à revoir ses prévisions de croissance pour 2013 et jusqu’en 2015.
Lundi 19 septembre
Siemens fait ses adieux au nucléaire. C’est une information qui va bouleverser l’industrie du nucléaire. Le géant allemand Siemens a décidé d’arrêter ses activités dans le secteur pour se concentrer davantage sur les énergies renouvelables. Un changement de stratégie décidé après la catastrophe de Fukushima et suite à la décision de l’Allemagne de mettre fin à l’atome dans le pays.
Selon nos experts, cette décision serait quasiment sans conséquence pour le groupe, qui n’a jamais rencontré un véritable succès dans le domaine du nucléaire. Notamment après son divorce avec Areva en 2005. La seule conséquence concrète sera donc la fin de l’accord avec Rosatom. Cette annonce intervient au moment où se déroule à Vienne la 55ème conférence de l’agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).
L’énergie reste au cœur de cette première journée de la semaine. Le ministre de l’Industrie, Eric Besson, tente de rassurer sur l’avenir de l’EPR d’Areva en Inde. Le pays attend la certification post-Fukushima pour prendre sa décision sur les deux à six réacteurs qu’Areva doit construire.
Mardi 20 septembre
Comme prédit par les syndicats la semaine dernière, le laboratoire américain Pfizer annonce la suppression de 225 emplois en France. Un plan social qui touche tous les départements du groupe et que la direction justifie par de profondes mutations dans l’industrie pharmaceutique mondiale. Si profondes que le laboratoire sabre ses effectifs en France et le même jour annonce un investissement de 145 millions d’euros en Irlande.
L’ambiance n’est pas non plus très bonne pour le groupe de spiritueux français Belvédère. Après plusieurs années de rebondissements, l’entreprise est désormais en redressement judiciaire. La direction justifie cette nouvelle étape par la guerre économique que mène son concurrent OakTree Capital, un hedge fund américain.
Mercredi 21 septembre
Jacques Servier, le président fondateur du groupe Servier, est mis en examen dans le cadre de l’affaire du Mediator. Mais il n’est pas le seul à être concerné, puisque cinq entreprises du groupe se trouvent aussi accusés de tromperie sur la qualité substantielle avec mise en danger de l’homme et escroquerie. La décision des juges d’instruction est accompagnée de placements sous contrôle judiciaire avec paiement de caution parmi les plus élevées de toute l’histoire judiciaire française. Le fondateur doit par exemple payer une caution de quatre millions d’euros et fournir des garanties à hauteur de six millions d’euros avant décembre. Pour les cinq personnes morales, la facture atteint plus de 65 millions d’euros.
La sécurité économique est l’une des priorités du gouvernement. C’est ce que réaffirme le ministre de l’Industrie, Eric Besson, lors des matinées de l’intelligence économique. L’occasion pour lui aussi d’annoncer la création d’un nouveau label Intelligence économique pour les pôles de compétitivité. Son objectif sera de limiter les risques de dissémination de leurs informations. Mais le ministre estime aussi qu’il faut un texte sur la protection du secret des affaires, instituant un confidentiel entreprise.
Jeudi 22 septembre
Coup de mou pour le Rafale de Dassault. A l’issue d’une rencontre avec la présidente du Brésil, Dilma Rousseff, le chef de l’Etat Nicolas Sarkozy a fait savoir que le Brésil ne devrait pas acheter d’avion de chasse pour l’instant. En cause ? Des difficultés économiques. Seul signe positif : la présidente assure que lorsque commande il y aura, l’avion de Dassault restera le grand favori. Si commande il y a…Il faudra attendre 2012 pour en savoir plus.
Un nouveau géant devrait bientôt voir le jour dans le domaine aéronautique. Le groupe américain United Technologie (UTC) a décidé de lancer une OPA amicale sur l'équipementier aéronautique Goodrich. Le nouvel ensemble représenterait alors 35 milliards de dollars de chiffre d’affaires dans le domaine des équipements aéronautiques donc. Et surtout un nouveau concurrent pour les groupes français Safran et Thales.
Vendredi 23 septembre
Mauvaise nouvelle pour les entreprises à compter du 1er octobre. Le prix du gaz va encore augmenter de 4,9%. Une progression qui intervient trois mois après la hausse du 1er juillet. Mais le groupe GDF Suez a déjà fait savoir qu’il allait saisir les autorités compétentes car il avait réclamé une augmentation plus importante. Et surtout, il était contre la politique de gel à l’encontre des particuliers.
Jacques Servier n’est "absolument pas dans le déni". C’est en substance ce qui ressort de l’audience du 21 septembre du patron du laboratoire ayant commercialisé le Mediator. D’après Le Parisien, qui révèle l’information, il assure n’avoir rien dissimulé aux autorités sanitaires et affirme avec vigueur qu’il n’y a pas eu de tromperie. C’est à l’issue de cette audience que le patron du groupe a été mis en examen.

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