Arnaud Montebourg a-t-il le don d'ubiquité ? Cette semaine encore, on a retrouvé le ministre sur tous les fronts : le dossier Doux, le volailler placé en redressement judiciaire ; la nomination de missi dominici de son ministère du Redressement productif dans toutes les régions ; le lancement de la banque publique d'investissement. Une semaine industrielle dense !
Le fait marquant
Le 1er juin, le groupe volailler français Doux était placé en redressement judiciaire pour six mois. Une situation qui affecte directement 3 600 salariés et 800 fournisseurs, avec le risque bien présent d’une restructuration sociale dans les différents sites bretons du groupe. En cause, la gestion hasardeuse du PDG Charles Doux, qui a financé le développement de son entreprise principalement par emprunts plutôt que par des apports en fonds propres. "J’ai tout fait pour éviter le dépôt de bilan", assure Charles Doux le 6 juin dans une interview à Ouest-France.
Alors que, selon les syndicats, des premiers licenciements sont envisagés au siège administratif du volailler, jeudi 7 juin, c’est le ministre du Redressement productif lui-même qui incrimine le patron de Doux dans un entretien exclusif à L’Usine Nouvelle : "Charles Doux a refusé de faire la moindre concession sur son sort personnel, qu’il a privilégié par rapport au projet de restructuration de Bercy. La banque Barclays acceptait - en contrepartie d’une certaine mise sur la touche de M. Doux - de remettre du cash, de faire fonctionner l’entreprise et de séparer l’activité avec d’un côté un plan de cession sur le frais et de l’autre une continuation sur l’activité d’exportation. Le tout avec des mesures qui protégeaient l'emploi et la chaîne de production des éleveurs. Il y avait donc un accord possible", a assuré Arnaud Montebourg.
En attendant la décision du tribunal de commerce et une possible procédure de judiciaire de l’Etat et des éleveurs contre Doux, la concurrence se met en ordre de marche dans le secteur. Dans un communiqué publié le 8 juin, le groupe Duc prend position et annonce la mise en place éventuelle de synergies dans la filière avicole pour continuer de défendre l'activité au niveau national.
Lundi 4 juin
Coup de semonce dans le milieu industriel alsacien avec la décision de Lohr Industrie, fabricant de systèmes de transport, de se placer en cessation de paiement. Unique offre de reprise connue à ce jour, en passe de se réaliser en fin de semaine : celle d’Alstom et du Fonds stratégique d’investissement (FCI), qui reprendraient la filiale de Lohr, Translohr (200 salariés), dédiée aux tramways sur pneus.
Quand certains constructeurs automobiles sont en difficulté, Volkswagen, lui, se développe à l’international. Le constructeur automobile annonce la création d’une direction spécifique en Chine, ainsi qu’une autre pour le pôle poids lourds. Une manière d’aller vers son objectif : devenir numéro un mondial d’ici 2018 grâce au mastodonte asiatique, "la plus importante source de débouchés au monde" dans l'automobile selon le groupe allemand.
Mardi 5 juin
Renault annonce le lancement de voitures "mild hybrid", l’hybride pour les petites et moyennes gammes. Les véhicules qui seront équipés de cette technologie bénéficieront d’une petite batterie, d’un alterno-démarreur et d’un petit moteur électrique. Pas encore de précisions toutefois sur les sites du constructeur français qui produiront ces véhicules prévus pour 2017.
En amont de l’assemblée générale du groupe France Telecom, les syndicats exigent une baisse du dividende pour 2011, de 1,40 à 1 euro. Une demande largement critiquée par le PDG Stéphane Richard "au vu des résultats de l’entreprise et des engagements tenus". Une très large majorité d’actionnaires du groupe finit par voter le soir même la stabilité du dividende pour 2011.
Mardi soir, dans l’antre de l’école Arts&Métiers ParisTech, la conférence organisée par l’Institut européen de stratégies créatives et d’innovation dessine les contours de l’"usine du futur". Dans une interview vidéo accordée à L’Usine Nouvelle, le vice-président de Delmia (Dassault Systèmes) Romain Lavault livre une vision intéressante de l’avenir industriel et de l’usine de demain, plus interactive, propre, pointue et multifonctionnelle.
Mercredi 6 juin
Le ministère du Redressement productif n’en finit plus de faire parler de lui. Arnaud Montebourg annonce la nomination prochaine de vingt-deux commissaires dédiés au redressement productif dans les régions françaises. Une personnalité ou un fonctionnaire, qui devraient a priori bien connaître le terrain, et qui seront les yeux et les oreilles du ministère dans les préfectures et les territoires.
Louis Gallois, ex-patron d’EADS, est nommé commissaire général à l'investissement. Il sera chargé de s’occuper du grand emprunt. Une enveloppe de 35 milliards d’euros destinés à de nouveaux projets d’envergure nationale, dont le numérique et le développement durable sont les prochains chantiers.
Jeudi 7 juin
Après s’être impliqué dans le dossier Doux, Arnaud Montebourg, le ministre du Redressement productif, revient en exclusivité dans L’Usine Nouvelle sur le lancement de la banque publique d'investissement (BPI). Un organisme qui marque le retour à des circuits courts de financement et devrait changer la vie quotidienne des entreprises, notamment les plus petites. "Le système bancaire actuel est défaillant et [le gouvernement doit] prendre des mesures de protection de l’économie (…) Nous voulons drainer l’épargne des territoires et rassembler toutes ces forces pour les mettre à la disposition des entreprises qui n’arrivent pas à se développer ni à croître à cause du système bancaire", décrit-il.
A l’occasion de la journée mondiale anti-contrefaçon, l’Union des fabricants pour la protection internationale de la propriété intellectuelle (Unifab) tire la sonnette d’alarme. Zoom sur les médicaments : "L’arrivée des produits contrefaits sur le marché se fait par deux canaux principaux, Internet et l’insertion dans la chaîne de distribution", explique à L’Usine Nouvelle Marc Mossé, le secrétaire général de l’Unifab. "Il y a un lien probable entre les organisations criminelles qui ont déjà l’habitude de faire du trafic de drogues et ces nouveaux réseaux qui s’occupent des faux médicaments. Les sanctions pénales ne sont pas exceptionnelles et le trafic est très lucratif", poursuit le Dr Caroline Atlani, directrice de la coordination anti-contrefaçon de Sanofi.
Vendredi 8 juin
Suite à la révélation de l’existence de fissures microscopiques dans le béton des murs de soutènement d’Iter, le projet de recherche sur la fusion nucléaire actuellement en cours de construction au centre d'études de Cadarache (Bouches-du-Rhône), L’Usine Nouvelle interroge Joëlle Elbez-Uzan, chef du bureau de sûreté nucléaire d’Iter Organization. Des fissures "mineures", "intrinsèques" au matériau et qui n’impactent pas la durabilité de l’ouvrage ni la sûreté de l’installation selon Iter Organisation. Un discours qui se veut rassurant, mais toujours sujet à caution pour un sujet aussi polémique que la sûreté nucléaire.









