Dassault Aviation embarqué dans le tourbillon de la crise
Par Redaction L'Usine Nouvelle - Publié le
Face à l'accumulation des annulations, le constructeur du Falcon gèle les embauches et mise sur les ventes du Rafale à l'export.
Si l'intensité des turbulences qui secouent Dassault Aviation n'est pas encore très visible dans son bilan 2008, tel ne sera pas le cas pour 2009, et surtout dans les années à suivre. L'an passé, l'avionneur français a enregistré un chiffre d'affaires de 3,75 milliards d'euros, en recul de 8,2 % (largement provoqué par l'effet de changes défavorable). 62 % des ventes ont été réalisées dans l'aviation d'affaires, 31 % dans la défense en France et 7 % dans la défense à l'export (pièces détachées et support). 66 % du chiffre d'affaires provient des exportations.Le bénéfice net s'affiche à 373 millions d'euros, en repli de 2,4 %. Le résultat opérationnel atteint 434 millions, soit une marge de 11,6 %. Les prises de commandes s'élèvent à 5,82 milliards d'euros (contre 6,26 milliards en 2007), à 79 % grâce au Falcon (vendu à 115 exemplaires nets), 17 % pour l'armée française et 4 % dans la défense à l'export. 81 % de ces nouvelles commandes sont d'origine étrangère.
L'année 2009 s'annonce plus chaotique. En premier lieu, sur le marché civil. Dès le quatrième trimestre 2008, le constructeur a subi une annulation de plus que ses commandes. Et son patron, Charles Edelstenne, serait « fou de joie » si, à la fin de l'exercice en cours, le niveau des résiliations n'était pas supérieur à celui des ventes. Autant dire qu'il est plutôt pessimiste et s'attend à « pire que ça. Nous n'avons aucune visibilité en matière de commandes » a-t-il reconnu. Depuis le début de la crise, une quarantaine de commandes de Falcon ont été annulées.
Gel des embauches et impérieuse nécessité d'exporter le Rafale
Du coup, Dassault Aviation coupe son dividende en deux (à 5,8 euros par action), gèle ses embauches et réduit à la portion congrue ses effectifs externes. Ainsi, des emplois seront supprimés, car non remplacés : plusieurs dizaines en France (sur un total de 1 200 salariés concernés par la fabrication du Falcon) et à Little Rock, en Arkansas. En janvier, les cadences de production ont été réduites à 8 par mois. Après réexamen de la situation, la direction pourrait décider un nouveau ralentissement. Pas encore de plan social, mais l'hypothèse n'est pas totalement écartée.
Si pour 2009, Charles Edelstenne anticipe la livraison de 90 Falcon (contre 72 en 2008 et 70 en 2007), dont une bonne partie est déjà fabriquée, et un chiffre d'affaires stable, 2010 devrait être bien plus morose. D'où, la nécessité accrue de vendre (pour la première fois) le Rafale à l'étranger. Les Emirats Arabes Unis (où la motorisation fait débat) et la Suisse sont les premiers sur les rangs. Concernant la Lybie, le P-DG de Dassault a déclaré qu'il « ne se passait rien ». Alors 2009, enfin l'année du Rafale ?
Matthieu Maury
A lire aussi :
Les industriels de l'armement entre espoirs et réalités financières, 23/02/2009
Dassault Aviation freine les cadences du Falcon sans licencier, 21/01/2009
Dassault Aviation non contraint à une OPA sur Thales, 28/11/2008

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