Dans les Landes, la maison sort du bois

Par  - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3290

  Pour contrer la concurrence des essences du nord de l'Europe et des pays de l'Est, les industriels partent à la conquête de nouveaux débouchés, dans l'habitat et la décoration notamment.

Deux tempêtes en dix ans! La dernière, Klaus, en 2009, a ravagé 200 000 hectares, soit un quart de la forêt des Landes, le plus grand massif forestier français. Le volume de bois sur pied a été divisé par deux. Les industriels craignent alors, aujourd'hui, de manquer de matière première. D'autant que la valorisation du bois comme source d'énergie se développe et limite un peu plus la ressource disponible pour la construction. Dans un contexte aussi incertain, comment relever la tête ? « En se positionnant sur de nouveaux marchés à valeur ajoutée. On est envahi par les bois des pays de l'Est et du nord de l'Europe, qui trustent le marché de la construction. Il faut rattraper le retard et imposer notre essence locale, le pin maritime », répond Jean-François Labrousse, qui représente la troisième génération à la tête de la scierie familiale éponyme. Celle-ci, implantée à Préchac (Gironde), a une production annuelle de 15 000 m3, emploie 20 salariés et son chiffre d'affaires s'élève à 2,7 millions d'euros.

Coût énergétique

Jean-François Labrousse est également le président de la coopérative Ulis, un regroupement de neuf scieries capable de proposer aux constructeurs d'habitats en bois 150 000 m3 de pins maritimes transformés par an. Ce n'est pas tout. Avec la scierie landaise Lesbats, il étudie la création d'une unité qui produira 6 000 m3 par an, dans des longueurs de 6 à 13 mètres, en utilisant la technologie de l'aboutage du bois vert (assemblage de morceaux par collage bout à bout). Budget estimé : 7 millions d'euros. En attendant, Lesbats (95 salariés, 20 millions d'euros de chiffre d'affaires, 100 000 m3 sciés) poursuit ses investissements. En février, 10 millions d'euros ont été injectés dans une ligne de sciage, sur le site de Saint-Perdon (Landes). « Cet équipement est adapté aux bois pour la construction. Il va permettre de diviser par deux le coût énergétique, martèle Paul Lesbats. Nous devons être en recherche de productivité pour nous insérer dans un marché européen très concurrentiel. »

« Il faut mettre de la valeur ajoutée sur nos produits en proposant des bois séchés, rabotés, traités. Le matériau bois est promis à un bel avenir. On doit se préparer pour répondre à la demande », renchérit Claude de Sigoyer, le directeur général de la scierie Neurrisse à Castets (Landes), qui produit 20 000 m3 par an. Neurrisse (35 salariés, 5 millions d'euros de chiffre d'affaires) s'est doté de nouveaux séchoirs, d'un système de triage et d'empilage du bois sec, d'une unité de rabotage et d'une activité de traitement à coeur par autoclave du bois. Non loin, à Arue, la scierie Labadie (40 salariés, 4,3 millions d'euros de chiffre d'affaires, 15 000 m3 de bois sciés par an) croit, elle aussi, au développement du bois pour la construction. Elle a investi 1 million d'euros dans une ligne d'aboutage qui sortira 5 000 m3 de bois allant jusqu'à 13 mètres de longueur par an.

Autre usage du pin maritime en devenir : la décoration. « C'est l'une des portes de sortie face à un marché du lambris en perte de vitesse. Il y a dix ans, on comptait une vingtaine de fabricants de parquets lambris dans la région. Aujourd'hui, nous ne sommes plus que six », observe Éric Plantier, à la tête de FP Bois à Mimizan (Landes). Son entreprise (26 millions d'euros de chiffre d'affaires, 210 salariés) produit annuellement 2,5 millions de m² de parquets, lames de terrasses et bardages. Elle mise désormais sur la décoration. Fin 2011, FP Bois a consacré 5 millions d'euros pour une nouvelle scierie pouvant sortir des bois larges et dans une chaîne de finition (vernis et huile). Pour être plus productif, Éric Plantier envisage plusieurs pistes : se doter d'une machine de classement automatique des bois en fonction de leur largeur et de leur épaisseur (un investissement de 6 millions d'euros). Autre voie : la valorisation des déchets, en transformant 20 000 tonnes de bois vendues en pellets, ces billes qui servent à alimenter des chaudières industrielles (un investissement de 2,5 millions d'euros).

La chimie verte, un marché prometteur

Autre débouché prometteur pour la forêt aquitaine, la chimie verte. Dans la commune landaise du Sen, Biolandes, leader mondial dans les matières premières pour parfums, a mis au point un procédé de distillation en continu permettant l'extraction des arômes des cimes de pin pour en faire des huiles essentielles (10 tonnes par an). Il produit également des extraits d'écorce de pin (5 à 10 tonnes par an) destinés aux cosmétiques et compléments alimentaires. Biolandes (300 salariés en France, autant à l'étranger, 120 millions d'euros de chiffre d'affaires) est le chef de file du projet BioExtra, labélisé par le pôle de compétitivité Xylofutur, situé à Gradignan (Gironde). Objectif ? Extraire des molécules des sous-produits tels que les écorces et les souches. Tembec (290 salariés, 140 millions d'euros de chiffre d'affaires) symbolise le développement de cette chimie du pin. En dix ans, l'usine de Tartas (Landes) a opéré une mutation profonde. Au prix de 100 millions d'euros d'investissement et de R et D, elle est passée de la pâte fluff à des pâtes de spécialités. « Du métier de papetier, on est allé vers le métier de chimiste », résume François Guiraud, le directeur des ressources forestières. L'usine produit 150 000 tonnes de cellulose de spécialités (éthers, celluloses microcristallines, nitrocellulose et acétates) par an. Et ce n'est qu'un début. Le centre de R et D de Tembec planche sur les sucres, terpènes, tallol et autres molécules. Pour en faire, à terme, des produits commerciaux.

34 000

Le nombre de salariés de la filière bois en Aquitaine, dont le chiffre d'affaires annuel est de 2,5 milliards d'euros.

« Nous devons investir pour replanter »

LAURENT DENORMANDIE, président de la Fédération nationale du bois

La ressource est disponible, mais la filière du bois peine à se développer. Quelles en sont les raisons ?

Depuis trois décennies, nous sommes confrontés à une baisse de la demande de lambris en pin maritime et des meubles en bois massif. Et maintenant, la production de parquet est concurrencée par des produits chinois.

Quelles peuvent être les pistes d'avenir ?

Nous devons réinvestir en forêts pour replanter. On plante 23 millions de plans par an, contre 110 millions il y a dix ans. Il faut aussi développer la deuxième transformation. Le bois a le vent en poupe. En résineux, ce qui a été perdu peut être remplacé par de nouveaux débouchés dans la construction et la décoration. Le pin maritime, qui était exclu de la construction, est aujourd'hui bien placé pour attaquer ces nouveaux produits. En feuillus, on peut proposer des produits de bardage et de terrasse, dotés de traitements mécaniques de conservation, pour remplacer des essences d'importation.

Quel engagement attendez-vous de l'État ?

Il y a une fenêtre de tir sur les crédits carbone européens. À partir de 2013, la France va les récupérer. Nous revendiquons une partie de ces crédits qui pourraient nous être alloués pendant plusieurs années.

 

Imprimer
Afficher tous les magazines par année

La fiche FP BOIS à MIMIZAN avec Industrie Explorer

lieu

TOUT SAVOIR SUR...
Ses investissements, ses actualités, ses dirigeants, sa production...

Voir la fiche

La fiche TEMBEC TARTAS à TARTAS avec Industrie Explorer

lieu

TOUT SAVOIR SUR...
Ses investissements, ses actualités, ses dirigeants, sa production...

Voir la fiche

La fiche LESBATS SCIERIES D'AQUITAINE à LEON avec Industrie Explorer

lieu

TOUT SAVOIR SUR...
Ses investissements, ses actualités, ses dirigeants, sa production...

Voir la fiche

Partagez l’info :

Partager cet article avec mon réseau profesionnel sur Viadeo linkedin envoyer à un ami

Effectuer une autre recherche

Rechercher

Identifiez-vous