Dans les coulisses de Bureau Veritas
Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3054Contrôle - Le numéro 2 mondial de l'inspection et de la certification veut profiter de la consolidation du marché. Pour lui en donner les moyens, Wendel Investissement, son actionnaire, prépare son introduction en Bourse. par arnaud Dumas
A 180 ans, Bureau Veritas se prépare à sortir de l'ombre. Son actionnaire, Wendel Investissement, a annoncé fin mars réfléchir à son introduction en Bourse. Sitôt après des rumeurs de reprise par le suisse SGS, le numéro 1 mondial (lire encadré ci-dessous), certains ont vu dans cette déclaration un appel du pied. « Il pourrait s'agir d'un moyen de relancer les négociations », s'interroge un analyste d'UBS Securities. Ce que dément Jean-Bernard Lafonta. Le président du directoire de Wendel Investissement affirme vouloir conserver le contrôle de son fleuron. Tout comme il l'a fait pour Legrand, dont il a mis 20 % du capital sur le marché il y a tout juste un an.
Pour Bureau Veritas, il ne s'agit encore que d'un projet, Wendel devant confirmer sa décision d'ici à l'été. « Tous les éléments sont en place pour une introduction, estime toutefois un analyste financier. Le profil de l'entreprise est très attractif. » Sa croissance soutenue - entre 12 et 15 % par an ces dernières années - et son positionnement sur un marché porteur devraient plaire aux investisseurs.
Le spécialiste français de l'inspection et de la certification a su profiter de la multiplication des normes et du besoin croissant de sécurisation des activités. En toute discrétion, il s'est constitué en une dizaine d'années un réseau d'experts dans 140 pays pour se hisser au rang de numéro 2 mondial.
un rythme effréné d'Acquisitions
Sa palette s'est élargie : de la classification des navires - son métier d'origine - au contrôle de la conformité des installations aux normes nationales et internationales, en passant par la certification QHSE (qualité, hygiène-santé, sécurité, environnement). Bureau Veritas inspecte les installations pétrolières off-shore de Total, teste les jouets importés de Chine par l'américain Toys'R'Us et réalise les audits réguliers pour les référentiels Iso. Avec des contrats qui varient de 500 euros à 30 millions d'euros pour des missions s'étalant de un à deux jours à plusieurs mois chez les clients.
Résultat : la PME aux 373 millions d'euros de chiffre d'affaires et aux 6 000 employés de 1995 s'est muée en multinationale. Elle affiche, pour 2006, un chiffre d'affaires de 1,8 milliard d'euros et une marge opérationnelle de 14,5 %. Et devrait dépasser les 2 milliards d'euros de chiffre d'affaires cette année. Les effectifs ont crû dans les mêmes proportions, à plus de 26 000 employés dans le monde. « Nous vendons le temps et le savoir de nos experts », justifie Franck Piedelièvre, un HEC de 52 ans, arrivé comme vice-président en 1996 et président du directoire depuis 1999. Mais recruter n'est pas facile. « Il y a une pénurie d'ingénieurs dans le monde, poursuit-il. Le fait de ne pas embaucher autant que nous le voudrions limite notre croissance. » La notoriété amenée par une introduction en Bourse permettrait d'être plus attractif vis-à-vis des jeunes diplômés.
En attendant, Bureau Veritas achète les compétences de ses concurrents. A un rythme effréné. Rien qu'en 2005, une quinzaine d'acquisitions pour près de 200 millions d'euros. Même rythme en 2006 avec 13 entreprises tombées dans son escarcelle. Et le cap devrait être maintenu en 2007. Une course à la taille indispensable pour suivre l'évolution du marché. « Les grands comptes mondiaux veulent un interlocuteur ayant une présence globale, explique-t-il. C'est un phénomène récent issu de la mondialisation. Nous avons enregistré ces dernières années une croissance des contrats à plusieurs millions d'euros. »
De la Chine a l'australie
La construction d'un réseau mondial, implanté au plus près des industriels, est cruciale pour remporter ces gros marchés. « Bureau Veritas s'est attaqué à de petites cibles, faciles à intégrer, peu chères, et qui apportent à chaque fois une brique de plus à son édifice », explique un analyste. L'année dernière, il a acheté l'australien Kilpatrick and Associates, une société de 35 salariés au chiffre d'affaires de 4,9 millions d'euros, pour développer son activité de contrôle hygiène, santé et environnement sur ce continent. Juste avant, il avait mis la main sur le taïwanais Advanced Data Technology, spécialisé dans le test et la certification d'appareils électriques et électroniques, afin de renforcer sa présence en Chine.
Si le réservoir de PME est encore vaste, Bureau Veritas ne néglige pas pour autant les gros poissons. Mais en a-t-il les moyens ? L'achat manqué de l'allemand Germanischer Lloyd en décembre dernier semble prouver le contraire. Un investisseur allemand le lui a soufflé à la dernière minute avec une offre plus élevée - celle de Bureau Veritas était estimée à 500 millions d'euros. La société (plus de 320 millions d'euros de chiffre d'affaires) lui aurait permis de renforcer son activité de classification des navires, en devenant numéro 1 mondial de ce secteur.
Pour Franck Piedelièvre, ce n'est que partie remise : « Nous voulons acquérir une taille critique dans tous nos métiers », martèle-t-il. L'argent frais récupéré à la Bourse pourrait lui donner les moyens de ses ambitions. .

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