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Danone : combien de CO2 ?

Par PATRICK DÉNIEL - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3269
 La chaîne des produits laitiers, ainsi que chaque division de Danone, possède un directeur environnement. Son rôle : faire appliquer la baisse des émissions carbone.
La chaîne des produits laitiers, ainsi que chaque division de Danone, possède un directeur environnement. Son rôle : faire appliquer la baisse des émissions carbone.
© D.R. ; HERVÉ BOUTET

Le groupe agroalimentaire déploie un outil développé avec l'éditeur SAP afin d'affinerle calcul de son impact carbone.

Mettre le carbone au centre de l'entreprise : telle est l'ambition de Danone, qui a toujours l'art de traduire en slogans chocs ses orientations stratégiques. En 2008, le groupe de Franck Riboud s'était fixé l'objectif de réduire de 30 % ses émissions carbone sur la période 2008-2012. « Nous avons déjà atteint 22 %, notamment grâce à des gains de productivité », confirme aujourd'hui Myriam Cohen-Welgryn, la directrice générale Nature. Le groupe a mis en place un outil qui devrait lui permettre d'aller encore plus loin.

1. RESPONSABILISER À TOUS LES NIVEAUX

Pour parvenir à son but, Danone a modifié son organisation. Le groupe s'est doté d'une direction générale Nature - sa directrice reporte directement au comité exécutif - et d'une direction finance Nature. Chaque division (produits laitiers, eaux, nutrition infantile, nutrition médicale) possède un directeur environnement. Le respect des objectifs environnementaux est pris en compte dans la rémunération des 1 400 managers afin d'enclencher un cercle vertueux. Le carbone fait aussi partie des indicateurs de performance et pèse dans les décisions stratégiques (investissements, innovation...). Ainsi, 110 « carbon masters » ont été nommés dans les principales filiales. Responsables de la réalisation du plan de baisse des émissions, ils ont assuré l'installation du nouvel outil informatique et sont chargés d'étendre son application dans les fonctions opérationnelles. « Au fur et à mesure, de plus en plus de gens vont s'approprier l'outil. Nous voulons rendre le carbone disponible à chaque employé, affirme Myriam Cohen-Welgryn. Chacun doit pouvoir comprendre l'empreinte de son périmètre pour ensuite agir. » L'idée-maîtresse, c'est la décentralisation : « Apprendre à gérer un budget carbone quand les émissions ne sont pas encore monétisées nous donne un avantage compétitif », martèle la directrice Nature de Danone.

2. VERDIR SON ERP

Jusqu'ici, le groupe pilotait depuis le siège parisien le calcul de ses émissions via un outil Excel, lourd à mettre en place, et qui conduisait des analyses du cycle de vie (ACV) sur un échantillon de produits dans les principales divisions. De là était extrapolée une empreinte carbone totale. La nouvelle solution permet de décomposer finement les émissions filiale par filiale, mais aussi pour les 35 000 références de produits que Danone commercialise à travers le monde. Le projet trouve son origine et son impulsion dans une rencontre en 2008 entre Léo Apotheker, l'ancien PDG de SAP, et Emmanuel Faber, le numéro deux de Danone. Le géant de l'informatique veut alors investir dans les green techs. Le groupe de Franck Riboud a lui l'ambition de jouer les premiers de la classe en matière environnementale. Le choix du partenaire coulait de source pour Danone : « 80 % des informations dont nous avions besoin pour effectuer nos calculs sont déjà traités par SAP, que nous utilisons depuis une dizaine d'années dans quasiment toutes ses filiales. Notre chiffre d'affaires est traité à 70 % sur un système SAP totalement homogénéisé. La mise en place a été facile », explique Jean-Marc Lagoutte, le directeur général des systèmes d'information de Danone. Et le coût de l'investissement minime, assure-t-on chez l'industriel.

3. TENIR UNE COMPTABILITÉ CARBONE

Les étapes de conception, paramétrage et développement sont pilotées par une petite équipe composée de membres de Danone et de SAP. « Le projet a démarré fin 2008-début 2009 et nous sommes allés très vite : 18 à 24 mois ont été nécessaires pour la mise en oeuvre », précise Nicolas Sekkaki, le directeur général de SAP France. Le nouvel outil résulte de l'adaptation de deux modules de SAP (FIM et PCM), initialement dédiés au suivi des performances financières des sociétés. Car son principe repose sur la mise au point d'une sorte de comptabilité analytique des émissions carbone. Le modèle part des compositions des produits. Chaque étape opérationnelle est convertie en émission de CO2 grâce à des grilles de conversion auditées par Carbon Trust ou PricewaterhouseCoopers, indique le groupe. L'outil donne ainsi une idée relativement précise des gisements d'économie et devrait surtout permettre de faire des simulations sur les développements de produits, le sourcing des ingrédients ou encore le mode de transport.

4. DÉPLOYER LA SOLUTION RAPIDEMENT

L'outil a été testé dans un premier temps dans deux filiales en Espagne, deux unités en Belgique, puis dans son activité de yaourts bio aux États-Unis. Danone voulait avancer vite. « Une quinzaine de filiales tournent déjà avec la solution », explique Jean-Marc Lagoutte. Elles seront une cinquantaine à la fin de l'année, soit environ 70 % du chiffre d'affaires du groupe. « C'est la première fois que l'on déploie un module SAP aussi rapidement ! », plaisante le directeur des systèmes d'information, qui poursuit : « Cela a des effets collatéraux intéressants. Nous revisitons les processus élémentaires, et des simplifications se font déjà ». Le groupe devrait ainsi engranger des gains de productivité. La solution informatique n'est pas exclusive à Danone. SAP pourra proposer l'outil à d'autres clients. Les deux partenaires songent en effet à la suite, notamment en matière de la prise en compte des consommations d'eau. Sources de nouveaux développements à venir, semble-t-il.

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