Croissance
Le 12 novembre 2008 par Redaction L'Usine Nouvelle
Certes, la situation est sans équivalent depuis 1945, mais le chaos attendra.
Notre époque est prompte à l'hyperbole. Les médias abusent, dit-on, de la métaphore et des superlatifs. C'est souvent vrai. Ce travers a cela de fâcheux qu'il mêle l'accessoire et le principal. Pour une fois que le mot «historique» prend toute sa valeur, ne résistons pas à la mode pour saluer, avec un temps de retard, l'élection de Barack Obama.Entre l'effervescence de la soirée électorale, l'impressionnante maîtrise de soi de l'excandidat ou sa première poignée de main à George Bush à la Maison-Blanche, les images se bousculent sur ces journées sans pareilles. Parmi les plus fortes, que dire des larmes muettes de Jesse Jackson, héraut de la cause noire qui, voilà quarante ans, le 4 avril 1968 à Memphis, était aux côtés de Martin Luther King le jour de son assassinat.
Et au-delà ? Il n'est pas contestable que l'élection de ce nouveau président marque un tournant dans l'épopée américaine. Remettons pourtant les choses à leur place. Primo, sans la crise financière, il y avait peu de chance que le sénateur de l'Illinois fût élu. Secundo, tout exceptionnelle qu'elle soit, l'arrivée de Barack repousse le champ du possible mais ne change rien aux difficultés du temps, singulièrement sur le plan économique.
Le FMI vient ainsi d'annoncer des prévisions pessimistes pour la croissance mondiale. En 2009, celle-ci n'atteindrait que 2,2%, contre les 3% prévus. Le PIB des pays développés devrait même connaître une contraction de 0,3%. En la matière, l'hyperbole, là aussi, fait des ravages. L'Amérique serait défaite, le monde voué au chaos... Certes, l'affaire est grave. Certes, la situation est sans équivalent depuis 1945, mais le chaos attendra. Depuis vingt-cinq ans, l'économie mondiale a déjà connu deux ralentissements nets, en 1983 et 1991. A chaque fois, la reprise a été vive. Et, fait nouveau depuis, jamais les gouvernants qui vont se réunir à Washington cette semaine n'ont eu une conscience plus aiguë de leur interdépendance. Cela suffira-t-il pour remettre le monde sur les rails de la croissance ? Non, mais c'est déjà beaucoup. Alors, si en plus Obama...
Pierre-Olivier Rouaud,
rédacteur en chef délégué
«L'Usine Nouvelle»

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