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Crise grecque : impact contrasté sur le tissu industriel

Par Ana Lutzky - Publié le
Grèce - Drapeau
© Mario's Planet - Flickr - C.C.

Au lendemain d'un nouveau plan d'aide européen de près de 160 milliards de dollars, destiné à sauver Athènes de la banqueroute, quelle situation pour les entreprises ? Si la France tire son épingle du jeu, aux côtés de l’Allemagne, ses perspectives de croissance économique restent limitées.

"Pour l’instant, les marchés ont bien réagi. Mais on ne sait pas ce que vont dire les agences de notation", réagissait vendredi Yann Lacroix du cabinet Heuler-Hermès. Il n'avait pas tort de se méfier : dès ce lundi 25 juillet au matin, Moody's a annoncé avoir baissé de trois points la note de la dette souveraine grecque. 

"En Europe, il existe de grandes disparités" constate pour sa part Yves Zlotowski, économiste en chef de Coface. Il examine l’impact pour les entreprises à l’aune de l’indicateur des paiements interentreprises. Là où la situation économique est bonne, en Allemagne ou en France, on constate "une baisse des incidents de paiement depuis la fin de la crise", explique-t-il. Les entreprises se redressent. En Italie et en Espagne, en revanche, la situation est stagnante. "Après un forte hausse des incidents de paiement en 2009, pour les entreprise, cela reste très difficile en Espagne. Quant a l’Italie, son premier trimestre est très mauvais, et elle doit faire face à un problème structurel de compétitivité". 

Concernant le trio du Portugal, de la Grèce et de l’Irlande (PIG) bon dernier, la situation est inquiétante. Il "observe depuis le début d’année une forte hausse des impayés, les entreprises sont en grande difficulté". "Les ventes de voitures neuves ont été divisées par 3 en Grèce", surenchérit Yann Lacroix, les ventes étant passées "de 300 000 à 100 000 véhicules".

5 canaux de transmission
Yves Zlotowski identifie 5 canaux à travers lesquels la crise de la dette souveraine se transmet aux entreprises. Tout d’abord, le durcissement des conditions de financement des entreprises, avec la hausse du coût du crédit. "Les taux d’intérêts suivent la hausse de coût du crédit des Etats, surtout pour les entreprises les moins bien notées." Ensuite, les politiques d’austérité, qui font augmenter les impôts et grèvent les charges fiscales des entreprises. Par ailleurs, la récession provoque une baisse de la consommation des ménages, et fait baisser les ventes.

Quatrième facteur : la baisse des commandes publiques, particulièrement nocive pour les secteurs de défense, des transports, mais aussi pour les biens de consommations tels que fournitures des administrations. Reste le cinquième canal : celui d’une restriction de la quantité de prêts octroyés, et au-delà de leur coût. "Les banques sont très exposées au risque souverain, dans les PIG, et ont moins de capacité à prêter".

Reste que les incertitudes quant à l'avenir demeurent. "Le sauvetage de la Grèce est entériné mais le sauvetage de la zone euro est-il réglé ?" interroge Yann Lacroix. Voire. Certes, en France, "l’impact de la crise grecque est assez modéré", estime Frédéric Gits, spécialiste du secteur industriel chez l’entreprise de notation Fitch. "Les grands groupes industriels français vendent peu à la Grèce, et l’on ne voit pas une augmentation des credit defaut swap (CDS)". Pas de panique donc pour financer ces grands groupes, même si "l’aversion générale au risque peut rendre plus difficile la récolte des fonds pour les entreprises à profil de risque élevé". 

Un avis corroboré par les témoignages d’industriels français recueillis par L’Usine Nouvelle, le 21 juillet. Mais le contexte macroéconomique ne laisse pas entrevoir de reprise forte.  "La production industrielle est passée de -2,8% en 2008 et -12,4% en 2009 à un rebond de 5,1% en 2010. On est encore loin des volumes d’avant-crise. Le chômage restera élevé, et la demande interne restera faible", conclut Yann Lacroix. Euphoriques s’abstenir.
 

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