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Crise financière : l'analyse de Jean-Claude Trichet

Par Rédaction L'Usine Nouvelle - Publié le

  Invité de l'institut Montaigne, le président de la banque centrale européenne a livré son analyse de la crise financière. L'action de la BCE a permis d'éviter le pire. A l'avenir, une plus grande transparence doit prévaloir pour améliorer la « résilience

Pas facile pour Jean-Claude Trichet de tenir une conférence publique. Président de la banque centrale européenne, il sait que la moindre de ses hésitations est traquée. Ils sont peu à avoir un verbe qui ait autant de valeur : une imprécision et l'euro peut dévisser. Alors, il s'est réfugié dans une sorte de langue de bois mâtinée de prompte analyse. La mécanique intellectuelle est belle ; elle se bride pour n'effrayer personne.

Pourtant, ils étaient plusieurs centaines à être venus écouter la bonne parole du maître de l'euro à l'institut Montaigne. En cette veille de Noël, le thème pourtant n'avait rien d'enchanteur, ni de magique : « crise économique, crise financière : quelles causes ? quels remèdes ? ». Dans la salle se côtoyaient les vielles stars du CNPF (le nom du Medef) et les jeunes espoirs de la finance. Le gris s'y portait dans toutes ses nuances. Si certains audacieux exhibaient une cravate rouge, c'était davantage un rouge évoquant les splendeurs vaticanes que celui du drapeau de la troisième internationale.
Au milieu d'un discours plutôt technique réservé aux initiés des arcanes de la régulation internationale, Jean-Claude Trichet a livré son explication de la crise qui secoue l'économie mondiale : il y voit la conséquence du déséquilibre entre épargne mondiale et investissement. Ce n'est jamais une bonne chose, explique-t-il, quand l'excès d'épargne est tel que les épargnants cherchent désespérément des endroits où placer leurs liquidités. Cet excès a de multiples causes : prudence des états d'Asie après le krach asiatique, prudence des entreprises échaudés par le krach d'Internet ou encore transfert massif vers les pays producteurs de matières premières et notamment de pétrole... Comment passe-t-on de cet excès d'épargne à la crise financière ? Pour Jean-Claude Trichet, la réponse se trouve du côté du risque qui a été sous-estimé : sa quantité aussi bien que son prix. 

Trop de dividendes fragilisent l'entreprise

Jean-Claude Trichet, avec son art de dire sans le dire tout en le disant mais pas vraiment, estime que la disparition des « volants d'amortisseur » (sic !) dont disposaient les agents économiques aient disparus. Autrement dit - et si on a bien compris ce qu'il voulait dire sans le dire vraiment - les entreprises ont distribué trop de dividendes à leurs actionnaires. Il aurait été préférable qu'elle constitue des réserves pour faire face au choc survenu en 2007. D'ailleurs, Jean-Claude Trichet reconnaît que les marchés sont dominés par la « culture des marchés d'action ».

Répondant à une question d'un spectateur, il reconnaît aussi « une tolérance excessive par rapport à l'endettement privé » dans certaines économies. En dehors de la zone euro. Des ménages très (trop) endettés, ce n'est pas sain, « c'est même dangereux », précise-t-il. Si ce n'est pas une allusion à la politique économique des Etats-Unis - que J.C. Trichet s'est bien gardé de nommer - ça y ressemble.

De bonnes nouvelles pour 2009 ?

Du côté des remèdes, le gouverneur a proposé une liste de mesures techniques, allant d'une plus grande transparence des marchés, des institutions et des produits à la nécessaire diminution de la pro-cyclicité des régulations. De multiples comités se réunissent en ce moment à travers le monde pour améliorer la régulation et éviter que le krach de l'économie mondiale ne se reproduise. Il estime aussi que la politique monétaire menée a permis d'éviter le pire. Le président de la BCE rappelle aussi que le pacte de stabilité et de croissance prévoit l'utilisation des marges de manœuvre budgétaires.
Pour 2009, le pire n'est pas sûr. Les organismes financiers recommencent à se faire confiance et les taux dans la zone euro des dépôts interbancaires baissent. Autre raison d'espérer : la baisse du prix des matières premières qui a un « effet déflationniste et expansif ».

Ultime raison d'espérer pour 2009 : la banque centrale européenne est une « ancre de confiance » pour son gouverneur. Décidément, la fonction créé la langue.

Christophe Bys

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