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Crise du gaz russe : la France a de quoi tenir

Par Rédaction L'Usine Nouvelle - Publié le
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GDF-Suez a confirmé la baisse drastique de ses livraisons de gaz russe. Vis-à-vis du reste de l'Europe, la France semble néanmoins mieux lotie pour faire face à une rupture d'approvisionnement.

La rupture des approvisionnements gaziers russes à l'Europe se précise. Hier, GDF Suez a annoncé une baisse « très importante, de plus de 70 % en France, de ses livraisons de gaz naturel russe transitant par l'Ukraine ». L'énergéticien, qui représente environ 96% des approvisionnements gaziers français, se veut néanmoins rassurant. Le gaz russe représente « environ 15 % des approvisionnements du groupe GDF Suez en Europe ». Un portefeuille diversifié qui place l'Hexagone loin d'un risque de défaut d'approvisionnement.

La Norvège est son premier fournisseur, suivent au coude à coude, l'Algérie et la Russie, puis les Pays Bas, Trinidad et Tobago, le Moyen-Orient, l'Egypte, le Royaume-Uni, et la Lybie. GDF-Suez peut donc demander à ses autres fournisseurs classiques d'augmenter leurs livraisons ou acheter plus de gaz naturel liquéfié sur les marchés à court terme. La société compte en effet de plus en plus sur les livraisons par bateau de GNL, à ses terminaux méthaniers de Montoir-de-Bretagne et de Fos à Marseille.

Vivent les stocks. Restent également les réserves : les 14 stockages sous-terrains français de méthane dans des roches poreuses peuvent contenir 11 milliards de mètres cubes. En prenant la part russe du gaz consommé dans l'Hexagone, soit environ 7,5 milliards de mètres cubes par an (si l'on prend le chiffre de GDF-Suez de 15% de 50 milliards de mètres cubes), ces stockages devraient permettre de se passer de gaz russe pendant au moins un an.

Reste qu'en pratique, ces stockages ne peuvent pas être vidés totalement. Ils représentent en temps normal 25% de la consommation annuelle française (selon la Commission européenne) : la France est le deuxième pays le mieux armé d'Europe en matière de stockages, derrière l'Autriche et juste devant la Hongrie.



Ailleurs en Europe, l'approvisionnement est moins certain. Les pays principalement concernés par la coupure de robinet russe sont l'Autriche, qui dispose de l'une des trois plus importantes plates-formes gazières d'Europe continentale, la Bulgarie, la Hongrie, la Roumanie, la Macédoine, la Croatie, ainsi que la Grèce et la Turquie. Tous doivent puiser dans leurs réserves pour compenser cette brutale chute de l'approvisionnement en gaz russe, dont nombre de pays sont fortement dépendants. Mais, compte tenu de l'extrême disparité entre les pays, l'Union européenne ne disposerait, en moyenne, que de 13% de sa consommation sous forme de stocks. Paradoxalement, à l'heure où la production de la mer du Nord commence à baisser, la Grande-Bretagne est l'un des Etats les plus mal lotis. « La demande va se reporter sur le fioul lourd pour les centrales thermiques » prévoit un analyste. La Turquie s'est déjà tournée massivement vers le charbon en distribuant gratuitement le combustible aux particuliers, et se trouve actuellement empêtrée dans une pollution hors-normes.

Un conflit très politique

« C'est un bras de fer auquel on commence à être habitués : c'est la troisième année qu'ils nous font le coup » résume un analyste de Natixis. « On joue à se faire peur », précise-t-il, évoquant les éléments très politiques ayant conduit à la Russie à arrêter ses exportations de gaz. « On sait que le Kremlin a donné l'ordre à Gazprom d'arrêter de livrer du gaz à l'Ukraine. Un accord sur les prix avait presque été trouvé entre Kiev et Moscou (respectivement 235 dollars contre 250 pour mille mètres cube). » Ne restait que le problème de l'arriéré de paiement de l'Ukraine vis-à-vis de Gazprom. « Comme par hasard, ces coupures interviennent au cœur de l'hiver, et de préférence quand il fait très froid ». Un signe russe selon lui en direction de l'Ukraine, qui a un peu trop pris son indépendance, et un coup bien placé vis-à-vis de l'Europe, qui tente avec le projet de gazoduc Nabucco de s'affranchir du contrôle russe sur les routes d'approvisionnement sous-terraines. « Mais en agissant comme cela, la Russie est un peu suicidaire : elle conforte la position des autres producteurs de gaz de ne pas passer par son territoire ». Le jeu peut lasser.

La question d'une brutale coupure de gaz au cœur de l'hiver peut se poser pour les pays baltes, ou l'Allemagne, beaucoup plus dépendants que la France des livraisons ukrainiennes. « Les Russes ne peuvent pas aller jusqu'à cet extrême-là. » estime l'analyste. « Chaque année ils vont plus loin, mais ils ne peuvent pas aller beaucoup plus loin. L'Union Européenne commence à se réveiller, et à adopter un discours moins diplomatique. » Un point de vue bien optimiste. Certes, L'Europe est de loin le premier client de la Russie : à part la Chine et le Japon, Moscou n'a guère d'autre demandeur privilégié pour son gaz. Mais les pays européens sont encore loin de parler d'une seule voix face à la Russie. L'Italie et l'Allemagne, en particulier, sont parties prenantes des gazoducs contrôlés par Gazprom.

La Slovaquie menace de relancer une centrale nucléaire arrêtée

Le Premier ministre slovaque Robert Fico a menacé mercredi à Bratislava de relancer la centrale nucléaire de Jaslovske Bohunice (ouest), récemment arrêtée conformément aux engagements pris avant l'intégration du pays à l'UE, si la coupure de gaz russe continue. "Si la Slovaquie continue d'être un otage du conflit bilatéral entre la Russie et l'Ukraine, je pourrais imaginer la réouverture de la tranche nucléaire arrêtée à Jaslovske Bohunice", a déclaré M. Fico, au cours d'une conférence de presse. Membre de l'UE depuis 2004, la Slovaquie dépend à plus de 98% des importations de pétrole et de gaz russes qui transitent via l'Ukraine, pays frontalier. Depuis la fermeture de la seconde tranche de Jaslove Bohunice, l'ancien pays communiste, qui fut longtemps un exportateur d'électricité, est obligée d'importer quelque 20% de sa consommation.


Lire aussi :
Que peut l'Europe face à Gazprom ? 13/06/2008

A lire aussi dans l'Usine Nouvelle N°3115
du 18 au 24 septembre 2008
Entreprises et marchés : Le noeud gordien du Caucase p 40-41

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