Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

L'Usine Matières premières

Crise dans le nickel calédonien

Myrtille Delamarche , , , ,

Publié le

Enquête La filière nickel, deuxième employeur de l’archipel, peine à s’adapter à la dégradation du marché. Les trois usines métallurgiques ont conjugué malchance et erreurs stratégiques.

Le Caillou est en ébullition ! En Nouvelle-Calédonie, sixième producteur mondial de nickel, les querelles ont longtemps porté sur le partage des bénéfices issus de ce métal. Depuis peu, c’est le refinancement des trois usines métallurgiques de ce territoire du Pacifique de 269000 habitants, qui brûlent autant de cash que de minerai, qui fait débat. Le "métal du diable", nommé ainsi parce qu’il était pris pour un minerai de cuivre qui aurait subi un mauvais sort, est devenu un facteur d’inquiétude dans une économie peu diversifiée. Le nickel, dont les cours se sont effondrés, représente 90% des exportations néo-calédoniennes. Et la filière compte quelque 18000 salariés, soit le quart des emplois du secteur privé, ce qui en fait le deuxième employeur après la fonction publique.

En 2018, les Calédoniens se prononceront par référendum sur l’évolution du statut de leur territoire qui jouit d’une large autonomie, hormis pour les compétences régaliennes. Ce statut sui generis pourrait se transformer en pleine souveraineté. La crise du nickel contrarie les rêves d’indépendance que caressent les Kanaks, les populations autochtones mélanésiennes. Et, plus largement, les partisans de l’homme d’affaires André Dang, qui préside la Société minière du Sud Pacifique (SMSP) qui exploite l’usine métallurgique de Koniambo dans la province Nord indépendantiste, et depuis 2014 la STCPI qui détient 34% de la Société Le Nickel (SLN). Elle menace également les emplois, répartis entre les petits mineurs et rouleurs, chargés de l’extraction, et une filière industrielle passée ces dernières années d’une à trois usines métallurgiques.

Des coûts de production excessifs

La plus ancienne, celle de Doniambo, à Nouméa, appartient à la SLN, filiale depuis 1985 du groupe minier français Eramet et premier employeur privé de l’archipel. Toujours dans la province Sud, dirigée par la droite locale anti-indépendantiste, Vale NC a opté pour un process innovant – l’hydrométallurgie par lixiviation à l’acide sous pression – pour transformer le minerai pauvre sur son site du plateau de Goro. Après des années de tâtonnements et des frayeurs environnementales, la production augmente et pourrait atteindre sa capacité maximale l’an prochain. Les coûts de production et de maintenance restent néanmoins rédhibitoires, au prix actuel du nickel, et l’usine du Sud est en danger.

Tout comme l’usine du Nord, à Koniambo. Prévue dès 1966 par le général de Gaulle pour rétablir l’équilibre économique et géographique entre les provinces, celle-ci a fini par sortir de terre sous l’égide de Glencore, associé minoritaire de la SMSP. Entrée en service en 2014, Koniambo Nickel (KNS) se remet difficilement d’un incident survenu sur l’un des deux fours. Cette fuite de métal en fusion a révélé des failles dans les briques réfractaires de 75 tonnes couvrant la poche où le métal est affiné. KNS transforme une petite partie du minerai du riche massif du Koniambo, que la SLN a dû céder à la SMSP sous la pression des partis politiques pour solder la période des "événements", les quatre années d’affrontements politiques et ethniques entre 1984 et 1988.

Pour pallier le démarrage difficile de l’usine du Nord, la SMSP exporte de la garnérite à faible teneur vers l’usine "offshore" de Gwangyang, en Corée du Sud, qu’elle partage avec l’aciériste coréen Posco. Les revenus de la transformation en Corée compensent à peine le déficit de l’extraction minière en Calédonie. Un éventuel retrait de Glencore, annoncé si le four numéro 1, reconstruit, ne faisait pas ses preuves, lui laisserait ce seul débouché pour son minerai. À Nouméa, dans le quartier de Doniambo, l’usine de la SLN est surnommée la Vieille Dame. Elle fabrique un ferronickel de qualité supérieure, le SLN25, qui alimente les aciéristes européens et américains. La SLN souffre de son ancienneté et de coûts de production élevés. Elle perd 20 millions d’euros par mois.

Le nickel est la seule branche déficitaire d’Eramet. La Vieille Dame va encore devoir se serrer la ceinture, le temps que ses actionnaires trouvent un accord sur le financement de ses pertes et de ses éventuels investissements. À savoir le remplacement de sa centrale électrique et le développement, parallèlement au ferronickel, d’une production à bas coût. Celle-ci serait rendue possible grâce à un nouveau procédé hydrométallurgique développé avec succès par Eramet. Ce procédé permet de traiter le minerai dans un bain d’acide à pression atmosphérique et à température modérée, ce qui épargne beaucoup plus l’outil que le système à haute concentration, pression et température de Vale.

Où sont passés les bénéfices de l’exploitation du nickel, amassés lorsque celui-ci valait 50 000 dollars la tonne, contre seulement 8 000 en février? Dans l’archipel, la question revient comme un mantra. Eramet les a investis dans des projets de diversification, à Maboumine au Gabon, dans les sables minéralisés de Tizir au Sénégal et en Chine dans les alliages et le manganèse. Quant à la Nouvelle-Calédonie, elle a fait le choix d’une redistribution des revenus. Les bénéfices ont été distribués ou dépensés au lieu d’être capitalisés pour les périodes moins fastes, comme le préconisaient Anne Duthilleul, dans un rapport remis en 2012 au comité stratégique industriel du territoire, et Michel Colin, dans un rapport remis en début d’année au Premier ministre Manuel Valls.

Surcapacités mondiales

Pavel Fedorov, le directeur général adjoint du premier producteur mondial Norilsk Nickel, estime que 30% de la production de nickel doit sortir du marché pour retrouver un équilibre entre l’offre et la demande. Mais l’an passé, sur 2 millions de tonnes de capacités mondiales, seules 16000 tonnes ont été fermées, selon Morgan Stanley. Et 70% des acteurs tournent à perte, juge la banque. Vale NC reconnaît un coût de production de 9 dollars la livre de nickel. Avec un prix de vente qui n’atteint pas les 4?dollars, les pertes sont lourdes pour un groupe déjà affaibli par l’effondrement du cours du minerai de fer. Le PDG de Vale, Murilo Ferreira, n’exclut aucune cession pour réduire sa dette et se protéger d’une nouvelle baisse des cours du fer et du nickel.

Encore en phase de démarrage, Koniambo Nickel ne communique pas son coût, mais WoodMackenzie l’estime à 15 dollars la livre en 2015. Voilà qui justifie la prise de distance du PDG de Glencore, Ivan Glasenberg, qui déclarait en décembre que si le nouveau four ne fonctionnait pas, le groupe suisse se retirerait, n’ayant pas vocation à "brûler du cash". Le renoncement reste difficile, la construction de l’usine ayant coûté la bagatelle de 7 milliards de dollars. Eramet, enfin, a assigné à la SLN un objectif de réduction du coût de production de 5,8 à 4,50 dollars la livre d’ici à 2017, après une baisse de 30 % entre 2013 et 2015. Un plan que le PDG Patrick Buffet qualifie de "musclé, mais nécessaire".

La production d’énergie peut être source d’économies. La SLN est propriétaire de la centrale thermique au fioul de Doniambo mise en service en 1970. Son renouvellement, étudié dès 2007, reporté en 2013, à nouveau annoncé en juillet 2015, a finalement été gelé. La faisabilité d’une centrale externe à la SLN, qui s’engagerait sur un achat d’électricité, est posée. Mais un tel investissement, s’il devait être soutenu par l’État, pourrait difficilement maintenir le projet d’une centrale à charbon, la COP 21 et les engagements français sur les émissions de CO2 étant passés par là. Or une solution au gaz coûterait deux fois plus cher…

Myrtille Delamarche

Le nickel, un pilier de l'économie calédonienne


 

Droit de réponse

ERAMET s'étonne que le site I'usinenouvelle.com, dans deux articles intitulés « Crise dans le nickel calédonien » et « Les choix contestés de Patrick Buffet pour Eramet », publiés le 17 mars 2016, ait relayé les positions outrancières de détracteurs de son Président-Directeur Général – et à travers lui de tout le management du Groupe - qui n'ont ni la compétence ni la légitimité requises dans ce domaine.

Eramet a relevé plusieurs erreurs, qui reviennent, pour certaines, de manière récurrente dans le traitement que vous lui consacrez, alors que les faits en question ont tous été abordés pendant la présentation des résultats annuels du Groupe, le 18 février dernier.

La branche Manganèse n'est pas une branche à faible marge historique : elle est, depuis très longtemps, fortement rentable pour Eramet, grâce à I'un des meilleurs gisements de manganèse au monde et à un positionnement très compétitif sur le marché des alliages de manganèse. La branche Manganèse est ainsi le premier contributeur en termes d'EBITDA et de résultat opérationnel courant du Groupe.

La réflexion sur un modèle à bas coût en Nouvelle-Calédonie, comme vous le mentionnez, ne concerne pas à court ou moyen terme la mise en place dans notre usine de Doniambo d'un procédé hydro-métallurgique. ll s'agit plutôt de réfléchir à un modèle pyro-métallurgique à plus bas coût, comme cela a été mentionné explicitement au cours de la présentation de nos résultats annuels.

Vous indiquez qu'il est reproché à Eramet d'avoir financé d'autres activités au détriment de celles en Nouvelle-Calédonie. Cependant, sur les 15 dernières années, Eramet a investi dans sa filiale calédonienne plus de 1,3 milliard d'euros.

Les détracteurs que vous citez soulignent que nous aurions dû maîtriser plus tôt nos coûts de production. Une telle affirmation est inexacte : depuis près de 10 ans, Eramet met en place à la SLN des plans de réduction des coûts qui ont déjà permis d'abaisser notre coût de production de plusieurs dollars la livre de nickel (plans 2008-2012, plan de réduction des coûts et d'amélioration de la performance opérationnelle 2014-2017). Face à I'ampleur de la crise qui touche depuis de nombreux mois le secteur du nickel, des mesures complémentaires sont actuellement mises en place, alors que d'autres sont en cours d'élaboration.

ll aurait fallu rappeler à cet égard qu'actuellement, plus de 70% des acteurs du nickel produisent à perte. 

Des plans de réduction des coûts et d'amélioration de la performance opérationnelle ont également été mis en place dans chacune des autres branches d'Eramet depuis de nombreuses années ainsi qu'au niveau des services centraux du Groupe : c'est ainsi que nous avons atteint un niveau record de production de minerai de manganèse tout en réduisant nos coûts de production. Du côté de la branche Alliages d'Eramet, le résultat opérationnel courant d'Aubert & Duval a fortement augmenté sur les 4 dernières années, signe des effets de nos programmes d'amélioration de la performance.

Concernant son évolution vers de nouveaux métaux, Eramet a effectivement diversifié sa palette de métaux, comme dans le domaine des sables minéralisés au Sénégal par exemple. La pleine production des opérations de Grande-Côte dans ce pays a été atteinte fin 2015 et, malgré des prix très bas, a dégagé un EBITDA positif sur les 5 derniers mois de l'année 2015

 

Réagir à cet article

1000 INDICES DE REFERENCE

  • Vous avez besoin de mener une veille sur l'évolution des cours des matières, la conjoncture et les coûts des facteurs de production
  • Vous êtes acheteur ou vendeur de produits indexés sur les prix des matières premières
  • Vous êtes émetteur de déchets valorisables

Suivez en temps réel nos 1000 indices - coût des facteurs de production, prix des métaux, des plastiques, des matières recyclées... - et paramétrez vos alertes personnalisées sur Indices&Cotations.

 

LES DOSSIERS MATIERES

 

 

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte
Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus