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Crise boursière : risques et opportunités pour les entreprises

Par Morgane Remy - Publié le

Dégradation de la note américaine et incertitudes sur les dettes européennes inquiètent les marchés. De nombreuses cotes d'entreprises sont à la baisse. Le phénomène est connu mais les conséquences pour les sociétés beaucoup moins. Explications.

Paris, 8 août 2011. 15h04. Le CAC 40 cède 87,83 points à 3 190,73 points. A 17h02, le CAC est à 3 147,80 points. Les points des bourses s’égrènent à Paris comme à Wall Street. Ils disparaissent sous l’effet de la peur générée par les crises de la dette américaine et celles d’Europe. Au point de faire trembler aussi le secteur industriel.

"Pour une raison mécanique, quand le cours de bourse chute, la probabilité d’une banqueroute des entreprises cotées augmente", explique Augustin Landier, chercheur à la Toulouse School of Economics et membre de l'Institut d'Économie Industrielle (IDEI). Pour les entreprises, les krack boursiers ne sont pas vraiment la bonne période pour financer un projet : "le coût du capital augmente. Ce n’est pas le moment d’émettre des actions. Les entreprises ne peuvent alors pas financer de nouveaux projets par ce biais". Une situation qui entraîne notamment la chute des investissements à court terme. Et la peur de l’avenir surtout.

Actions, la valeur sûre

Une crise boursière peut être le phénomène d’une correction des marchés de valeurs surévaluées comme ce fut le cas lors de la bulle internet puis immobilière. Mais "s’il ne s’agit pas d’une correction des marchés, je pense que les capitaux reviendront vers le marché des actions. Avant, on privilégiait les émissions de bons du Trésor pour leur sureté mais la crise de la dette pourrait mener vers un retour vers l’investissement dans des entreprises", avance Augustin Landier. Les actions sont schématiquement une fraction du PIB futur, ce qui peut être un investissement "protégé de l’inflation". A l’heure où la dévaluation des monnaies pourrait, du moins aux Etats-Unis, financer la dette, ce détail a son importance.

Pas forcément un effet négatif

"Les investisseurs vont alors sûrement se tourner vers les grandes entreprises industrielles, vues comme plus sûres", adhère Gunther Capelle-Blancard, le directeur-adjoint du Centre d'Etudes Prospectives et d'Informations Internationales (CEPII), en charge du programme de recherche Macroéconomie et finance internationales. Pour lui, les industriels du secteur minier et énergétique seront les grands gagnants car ce sont des valeurs décorrélées de la conjoncture. "Cette crise de la dette n’a pas forcément un effet négatif sur le moyen terme, en poussant les investisseurs à se reporter sur des entreprises", souligne-t-il. Mais, il ne s’agit que de l’un des scénarii possibles. L’autre hypothèse - qui n’est pas antinomique de la première - est que ces cours de bourse ne sont que le miroir d’une conjoncture inquiétante.

Une conjoncture alarmante

"Le marché boursier reflète avant tout les anticipations des investisseurs. Les prévisions sont mauvaises donc ça se ressent en bourse, qui est le meilleur indicateur avancé que l’on possède sur la conjoncture économique", rappelle Gunther Capelle-Blancard. Il soulève le fait qu'il n’y a pas eu de rebond significatif dans l’économie depuis quatre ans. Sur fond d’environnement anxiogène, les entreprises sacrifient les budgets R&D face à cette crise, ce qui a pour conséquence de rogner la croissance à long terme. Pire, la prophétie boursière est autoréalisatrice : "par exemple, si les cours de bourse sont mauvais, les industriels vont réduire ou retarder leurs investissements ce qui va conduire à une baisse de l’activité".

Les entreprises gagnantes sont celles qui ont du cash

 "En France, plus de 40% du produit intérieur brut est financé par les dépenses publiques, la crise de la dette aura de toute façon un impact sur la production française", ajoute Olivier  Bomsel, directeur de Chaire ParisTech d'Economie des Médias et des Marques. En clair, les dépenses de l'Etat sont amenées à se restreindre alors que cet investissement participe à la maigre croissance actuelle. Mais toutes les entreprises ne sont pas logées à la même enseigne : "aujourd’hui,  la valeur des entreprises s’est dégradée. Les entreprises sont plus OPAbles. Celles qui ont du capital disponible peuvent en profiter car les acquisitions deviennent plus abordables. Celles qui ont du cash en sortiront plus fortes". 

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1 réaction

Bruno | 09/08/2011 - 17H23

À propos des deux derniers points, il est en effet important de ne pas laisser les entreprises paniquer et jouer à l’autruche en négligeant les investissements qui gonfleront leur productivité à long terme. La situation jusqu’ici a été plutôt porteuse d’espoirs, même modestes, si l’on en croit Mr Capelle-Blancard plus haut. Les études sont nombreuses (notamment, un sondage des Echos ou l’indice SFS de confiance des entreprises) à confirmer la volonté – et la capacité – des PME et des PMI de se développer par les investissements.

Comme le rappelle un article de ‘Toutentreprise’ ce matin (http://lecercle.lesechos.fr/node/36885), il faudra faire attention à ne pas tomber dans le cercle vicieux de la trop grande prudence face à la crise qui paralyserait les initiatives contribuant à relancer l’économie plus tard. Mr Olivier Bomsel a raison d’estimer que les entreprises riches en cash seront les gagnantes de ce nouveau revers de fortune… Toutefois, elles auront sans doute bien besoin de protéger ce cash dans les semaines et les mois à venir. Comment vont-elles, alors, pouvoir soutenir un rythme viable de croissance ? Si les entreprises peuvent compter de moins en moins sur le soutien de l’État et des banques, elles ont déjà démontré une belle débrouillardise en cherchant d’autres systèmes de financement qui leur conviennent souvent mieux, tels que le crédit inter-entreprises ou le capital investissement pour injecter des fonds dans leurs projets. Il y a fort à parier que les organismes ou les programmes de financement alternatifs pourront jouer un rôle prépondérant dans cette (nouvelle) reprise.

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