François Fillon a promis une aide de 5 à 6 milliards d'euros aux constructeurs en ouverture des Etats généraux de l'automobile. Mais c'est toute la filière qui tousse, et les sous-traitants ont fait part de leur malaise.
Les Etats généraux de automobile se sont ouverts mardi 20 janvier, avec comme perspective de
« projeter cette industrie dans l'avenir », selon les termes de François Fillon, et de trouver des solutions à la crise du secteur.
« Les Etats généraux doivent permettre à la France d'éviter quatre écueils, a déclaré le premier ministre
: laisser faire, car cette crise n'est pas juste une séquence de destruction créatrice ; réagir dans l'improvisation et en ordre dispersé ; rester focalisé sur le court terme, sous peine de s'exposer à un retour de bâton extrêmement brutal ; et vouloir mobiliser les ressources de la nation sans contrepartie et sans contrôle ». 5 à 6 milliards d'aides pourraient être débloqués pour les constructeurs.
Sombres perspectives 2009
Une urgence économique et sociale, alors que la production d'automobiles en Europe est attendue en baisse de 15% par l'ACEA (Association des constructeurs européens d'automobiles) en 2009, avec pour conséquence une destruction de 150.000 à 200.000 emplois, a rappelé le président de Renault-Nissan Carlos Ghosn, également président de l'ACEA.
Priorité au financement
D'après les discussions qui ont eu lieu dans la matinée, les participants semblent s'accorder sur les solutions à apporter à court terme. Constructeurs, équipementiers et sous-traitants, élus et organisations syndicales placent le besoin de liquidités et l'accès au crédit (à des taux plus acceptables qu'actuellement) au cœur de leurs préoccupations. A ce titre, Jérôme Frantz, directeur général de Frantz Electrolyse, a mis en garde les constructeurs sur leur communication vis à vis de la situation économique. Leur discours sur l'impossibilité de fournir des prévisions, même à court terme, aggraverait la propension des banques à garder fermées les vannes du crédit pour les entreprises du secteur.
Des fournisseurs sous pression
C'est à long terme que l'analyse des problèmes divergent selon les acteurs. Réunis autour d'une table ronde consacrée aux relations tout au long de la filière, constructeurs, équipementiers et sous-traitants se sont renvoyés la balle, le premier enseignement des discussions étant le manque de dialogue persistant qui semble entraîner un malaise grandissant au sein de la filière. Cependant, le ressentiment se situe davantage du côté des sous-traitants. En effet, même si le directeur des achats de PSA, Jean-Christophe Quemard, a déploré le manque de lisibilité dans les interlocuteurs pour la filière (pas de représentation unifiée), ce que les constructeurs réclament avant tout, c'est une consolidation du secteur (notamment dans la fonderie, la plasturgie et l'emboutissage), ainsi que des réformes destinées à améliorer la compétitivité des sous-traitants français. Sachant que les équipementiers et sous-traitants représentent près de 80% du coût de revient d'un véhicule.
« La différence de coût de revient entre une voiture fabriquée à Flins et une voiture fabriquée en Roumanie est de 1.400 euros, dont 250 euros attribuables à la taxe professionnelle, 400 euros à l'écart de salaire, et 750 euros aux charges sociales » a expliqué Carlos Ghosn en ouvrant la journée. Les constructeurs sont prêts à soutenir ponctuellement la trésorerie de leurs fournisseurs, comme l'a rappelé la directrice des achats de
Renault Odile Desforge, mais pour garantir le maintien de leurs activités en France ils prônent l'harmonisation des dispositions fiscales, le desserrement des taux financiers, et la diminution de la taxe professionnelle et des charges sociales.
Les sous-traitants, eux, mettent en cause directement les stratégies des constructeurs. Premier grief : imposer des baisses de prix qui ne sont pas tenables, encore moins en période de crise comme aujourd'hui, où les volumes chutent de 40 à 70%. Les contraintes imposées par les donneurs d'ordre sont d'autant plus mal vécues qu'elles ne s'assortissent pas obligatoirement de la certitude d'une relation dans la durée qui ferait des sous-traitants de véritables partenaires. Trop souvent, le recours à des fournisseurs low cost est vécu comme un diktat, l'incompréhension étant de mise quant aux « quotas de production » des constructeurs dans les pays à bas coûts.
Améliorer le dialogue dans la filière
Deuxième critique : la communication des constructeurs avec leurs fournisseurs est grippée.
« Depuis 2004, le Comité de liaison des fournisseurs de l'automobile ne rencontre plus les patrons des deux constructeurs chaque année. Il rencontre les directeurs des achats, mais ce n'est pas la même chose », a regretté Jérôme Frantz. Un manque de dialogue que relève également Marie-Christine Dalloz, députée du Jura. Dans l'optique de fluidifier ce dialogue avec les constructeurs, tout en structurant pour ces derniers la représentation des différentes filières de
l'industrie, Patrick Bellity, directeur général du groupe Arche (équipementier spécialisé dans la fonderie sous pression) et membre du comité stratégique des Etats généraux, propose la création de groupes de travail par filière. Une proposition reprise peu ou prou sur le plan social par la CGT Métallurgie, sous la forme de comités interentreprises dans les filières.
Au fond, ce n'est pas la dépendance vis à vis des constructeurs qui chagrine les sous-traitants. Lionel Baud, président de Baud Industries et du Syndicat National du Décolletage, plaide même pour une plus grande implication de leur part dans l'accompagnement des fournisseurs : pour s'internationaliser, ou pour développer le lean management. Ce qu'ils appellent de leurs vœux est un meilleur partage des risques financiers, et une meilleure prise en compte de leurs problématiques.
Raphaële Karayan
Dossier : la crise automobile