Crédit automobile : les vannes ne se sont pas fermées en 2008
Par Redaction L'Usine Nouvelle - Publié le
Les résultats et le discours des organismes de crédit automobile vont à l'encontre de l'idée, répandue notamment par les constructeurs, que la crise du crédit est responsable de la baisse des ventes de voitures neuves. De même, la solvabilité n'est pas ta
C'est une évidence pour tout le monde : la crise du crédit est la source des difficultés de l'industrie automobile. Les particuliers - ils sont plus de 60% à acheter leur voiture neuve à crédit en France - ne peuvent plus financer leurs achats, et les constructeurs, comme les équipementiers, ne parviennent pas à faire face à leurs besoins en fonds de financement pour investir et amortir la chute des ventes. Cependant, concernant les consommateurs, au vu des résultats des sociétés de crédit spécialisé, l'équation n'est pas si simple.Des volumes relativement stables
RCI Banque, la filiale de services financiers de Renault, a financé 858.024 véhicules en 2008, soit 4,5% de moins qu'en 2007, et a amélioré son résultat avant impôts de 4,8% à 482,5 millions d'euros. En France, le nombre de nouveaux dossiers véhicules (voitures et petits utilitaires) a augmenté de 1,4% sur un an. L'encours moyen est en hausse de 2,6%. Même avec un coût du risque en augmentation à 0,52% contre 0,31% en 2007, le résultat financier de la filiale progresse de 16%. La DIAC, branche française de la financière de Renault, est d'ailleurs « la filiale qui s'est le mieux comportée dans le monde en 2008 », indique Philippe Gamba, PDG de RCI Banque.
Banque PSA Finance, le bras financier de Peugeot Citroën, a pour sa part financé 0,3% de véhicules en moins par rapport à 2007 (848.077 véhicules), pour un montant en recul de 1,3% (clientèle finale). L'encours a progressé de 0,4%.
A priori, ces chiffres n'illustrent pas le reflux du crédit dont se font l'écho les grands dirigeants de l'automobile et les politiques. Premier constat : le volume de crédits n'est pas en chute libre, en tout cas dans une moindre mesure - de loin - que les ventes. « L?industrie gère un flux, tandis que nous gérons des stocks, explique Philippe Gamba. Pour nous, les effets de la crise se feront sentir plus tard. En 2009, nous nous attendons à une baisse plus forte des encours. »
Des conditions d'obtention moins resserrées que dans l'immobilier
Pour Cetelem, dont le nombre de dossiers consacrés aux véhicules neufs a reculé de 4,1% en 2008 selon Auto Infos (contre un chiffre d'affaires en baisse de 13,5% pour l'activité véhicules d'occasion), la baisse des ventes de voitures neuves n'est pas liée à un resserrement du crédit. « Nous n'avons pas changé nos conditions d'octroi, précise un porte-parole. La baisse du marché du crédit à la consommation correspond à une baisse de la demande et non à une restriction dans l'offre. »
RCI Banque confirme que les conditions d'obtention n'ont pas été modifiées, contrairement à ce qui a pu se passer pour le crédit immobilier. « Les grilles de score n'ont pas changé. Elles s'enrichissent simplement au fur et à mesure des dernières statistiques disponibles, afin de mettre à jour les paramètres », explique Philippe Gamba. De fait, en France, 82% des dossiers relatifs aux véhicules neufs ont été acceptés en 2008 chez RCI Banque, contre 85% en 2007. Une baisse modérée. « Notre capacité à faire du crédit est la même, mais nous le faisons moins. » La faute au moral du consommateur, échaudé par les risques accrus de chômage et déprimé par la morosité ambiante.
Un coût du risque contenu, mais des consommateurs échaudés
La crise du crédit ne serait donc pas là où on le croit ? Serait-ce une crise de la demande et non de l'offre ? Le fait est que les ménages français ne sont pas étranglés par les crédits comme certains de leurs voisins. « L'endettement moyen est deux fois supérieur en Grande-Bretagne », illustre Philippe Gamba. « En France, les ménages sont parmi les moins endettés d'Europe. La législation sur le crédit à la consommation est l'une des plus restrictives d'Europe et représente 15 % de la consommation des ménages » ajoute Flavien Neuvy, représentant de l'Observatoire de l'automobile Cetelem. En Espagne, par exemple, où le marché automobile a reculé de près de 50% en février, la situation est tout autre. Là-bas, le coût du risque (qui reflète les niveaux d'acceptation des dossiers, les contentieux, le recouvrement...) a été multiplié par près de quatre en 2008, indique RCI Banque. Alors que 80% des dossiers véhicules neufs étaient acceptés en 2007, la proportion a chuté à 70% en 2008. Une évolution directement liée à la hausse spectaculaire du chômage, qui a bondi de 50% en un an dans la péninsule.
Une forte activité promotionnelle sur les taux pour compenser la hausse
En ce qui concerne les taux, leur augmentation est réelle, mais là encore, les choses ne sont pas si simples. On ne peut pas attribuer directement la baisse de la demande de crédit à la croissance des taux standards, qui avoisine aujourd'hui 10%. En effet, il est impossible de faire une moyenne des taux pratiqués pour les crédits automobiles en raison des promotions dont ils font constamment l'objet, et encore plus depuis le début de la crise, surtout de la part des filiales financières des constructeurs. « La partie promotionnelle représente plus de 60% de notre mix », explique Philippe Gamba de RCI Banque. En outre, pour noyer le poisson, les organismes de crédit intègrent de plus en plus des services dans les mensualités (assurance, assistance, entretien...), ce qui rend encore plus hasardeux le repérage du poids des intérêts dans les remboursements. Un client peut par exemple payer son prêt à taux attractif, mais son assurance à prix fort.
Cependant, plus les banques ont accès à des taux bas, plus elles peuvent proposer des taux intéressants aux consommateurs. Lorsque les taux de refinancement des organismes de crédit sont chers, ce qui est le cas actuellement, ce sont ces derniers et les concessionnaires qui rognent sur leur marge pour proposer un taux bas. Des efforts qui, pour l'instant, n'ont pas eu d'impact fort sur la rentabilité de RCI Banque ou PSA Finance.
Raphaële Karayan

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