Coup de pied dans la filière photovoltaïque

Le 21 janvier 2010
Aubaine. Du fabricant de panneaux à l’installateur, tout le monde reconnaît
qu’une fièvre spéculative s’est emparée de la filière à l’annonce de la baisse des tarifs.
Aubaine. Du fabricant de panneaux à l’installateur, tout le monde reconnaît qu’une fièvre spéculative s’est emparée de la filière à l’annonce de la baisse des tarifs.
© Richard Damoret/Réa

Pour stopper la spéculation et assainir la profession, le gouvernement a baissé certains tarifs de rachat de l’électricité photovoltaïque. Une annonce qui va désorganiser la filière

Le milieu du solaire est en colère. «Les annonces du moment font passer notre profession pour d’odieux spéculateurs, c’est infamant», proteste Arnaud Mine, l’un des responsables du Syndicat des énergies renouvelables. «Faire peser sur l’ensemble de la filière photovoltaïque des soupçons d’opportunisme est inacceptable», renchérit André Joffre, le PDG du bureau d’études spécialisé, Tecsol. Pour autant, du fabricant de panneaux au bureau d’études en passant par l’installateur, on reconnaît la fièvre spéculativee qui a saisi le marché et écorné la réputation de la filière. Plus préoccupée, selon certains détracteurs, par le maintien d’une rente que par les économies de CO2.

L’annonce par le gouvernement, il y a plus de six mois, d’une probable baisse des prix garantis,aprovoquéune explosion des demandes de projets, afin de profiter de généreux tarifs. Chacun avait en tête l’exemple de l’Espagne, où fin 2008, une sévère révision des tarifs a conduit à une division par deux du marché. L’Allemagne, où les prix ont déjà baissé au 1er janvier vient d’annoncer une autre baisse pour avril. En France, de 5000dossiers déposés par mois au premier semestre 2009, le rythme est monté, entre novembre et décembre, à 3000 par jour! Soit quelque 3gigawatts crête (GWc) de puissance proposée à l’installation... Et une facture potentielle de 38 milliards d’euros sur vingt ans pour les Français. Car ce sont eux qui, sur chaque facture d’électricité, paient, sous la forme d’une Contribution au service public de l’électricité (CSPE), la différence entre le prix d’achat par EdF de l’électricité photovoltaïque et le prix du marché de l’électricité. Celle-ci s’élève hors taxes à environ 8centimes/kWh.

Un coup d’arrêt aux dossiers spéculatifs

Sur le fond, et alors que le prix des modules a baissé ces dernières années, la décision gouvernementale de réduire certains tarifs suscite peu de trouble chez les acteurs. «Les baisses sont limitées et, si ralentissement il y a, il devrait être modéré», juge André Joffre. En revanche, cette révision devrait marquer un coup d’arrêt aux dossiers spéculatifs. Dans le collimateur, les loueurs de toitures, notamment sur les bâtiments agricoles ou les ombrières de parkings. Reste qu’une clause juridique inédite dans l’arrêté publié le 14janvier au Journal officiel risque de désorganiser la filière. Il prévoit en effet que les tarifs 2010 s’appliqueront aux projets déposés après le 1er novembre 2009. Sont visés ceux qui se sont contentés de déposer un dossier dit «d’obligation achat» auprès d’EdF sans demander de raccordement au réseau auprès d’ERDF. Une étape qui n’était théoriquement pas obligatoire...

Résultat, l’équilibre économique de certains projets sera à reconsidérer. Et beaucoup des dossiers seront à refaire. «Cela prend des mois de travail avec des clients, des juristes, des baux à faire signer», s’alarme Arnaud Mine. Exemple chez le producteur d’électricité renouvelable Neoen (filiale de Direct Energie), qui a déposé des dossiers pour un total de 15MWc en fin d’année. «Cela représentait 60millions d’euros d’investissement programmés ce premier semestre, regrette son directeur général, Xavier Barbaro. Cet ajournement inquiète nos fournisseurs. »

encore peu de matériel éligible

A moyen terme, cependant, «ces tarifs donnent de la visibilité, ce qui était crucial », constate Alexis Gazzo, senior manager au département «changement climatique » chez Ernst&Young. Les choix du gouvernement sont clairs: l’intégration des panneaux solaires au bâtiment continue, par exemple, d’être encouragée (le tarif reste quasi inchangé). Les critères d’intégration sont toutefois plus stricts. Les capteurs devront notamment faire preuve d’une meilleure étanchéité. «Actuellement nous utilisons des panneaux photovoltaïques sur un bac métallique, qui remplace les tuiles. Nous allons devoir passer à des panneaux plus étanches, danslesquels les modules photovoltaïques prennent la place des tuiles », signale Eric Laborde, le créateur du réseau de franchises spécialisées dans les énergies renouvelables Soleil en Tête. Des produits existent déjà chez ses fournisseurs. Mais pour être prête à les installer chez ses clients à partir du 1er janvier 2011, l’entreprise devra former ses poseurs dès le mois de juin. Et l’offre doit être étoffée: «Il existe peu de matériel éligible actuellement», confirme Richard Loyen, le délégué général d’Enerplan.

Enfin, c’est sur la répartition du marché que l’arrêté du 14janvier devrait entraîner d’importants changements. «Les acteurs vont se réorienter sur le résidentiel », prévient Richard Loyen. Car les nouveaux tarifs prévoient une baisse de 60 à 42centimes par kWh pour les bâtiments neufs non résidentiels (tertiaire, agricole, industrie). Segment sur lequel la spéculation s’était concentrée. «Même s’il est désormais possible de construire en semi-intégré, nous tenons absolument à continuer à proposer de l’intégré sur les bâtiments neufs. Mais, à ce prix là, c’est impossible », regrette Bruno Jauffret, le cofondateur de 8minutes 33, un producteur d’énergie renouvelable. Conséquence: l’annulation de tous les projets bâtiments neufs de cette entreprise, soit 2,6MWc sur 9,6MWc. Dommage, soulignent les opérateurs, car c’est sur les grandes surfaces de toiture des bâtiments que se trouve le principal gisement du solaire.

Marion Deye et Agathe Remoué


Une visibilité jusqu’en 2012 et au-delà
Tarifs de rachat garantis par EdF

Module intégré au bâti
>58 centimes/ kWh pour les habitations neuves ou existantes et les bâtiments de santé et d’enseignement de plus de deux ans.
>50 centimes/kWh pour les autres bâtiments (bureaux, sites industriels et agricoles) clos et couverts de plus de deux ans. En 2009, l’intégré, complet ou simplifié était rémunéré 60 centimes/kWh.
Intégration simplifiée
>42 centimes/kWh pour les bâtiments neufs ou existants, clos et couverts ou non.
Centrales solaires
En 2009, les autres installations (notamment les centrales solaires) avaient un tarif unique de 32centimes/kWh. Désormais, il est modulé de 31,4 à 37,68centimes/ kWh en fonction de l’implantation géographique en France métropolitaine et est fixé à 40centimes/kWh dans les DOM-TOM et la Corse.


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1 réaction

vlad | 22/01/2010 - 10H14

on ne parle pas dans cet article des -10% par an au niveau du prix pour les centrales au sol, condamnant de ce fait cette filière à disparaître dans les quelques prochaines années...

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