Coup d'envoi pour le cluster de Saclay
Par Patrick Désavie (Ile-de-France) - Publié le
Labellisé Opération d'intérêt national, le projet de cluster scientifique et technologique sur le plateau de Saclay prend, enfin, corps. C'est l'un des sept pôles de développement du Grand Paris.
Du carrefour de l'Odéon à Palaiseau ! Fondé en 1819 à Paris, pour produire les miroirs d'Augustin Fresnel, le spécialiste de l'instrumentation scientifique Jobin Yvon va rejoindre le plateau de Saclay d'ici à deux ans. Implanté jusqu'ici dans l'Essonne, à Longjumeau et à Chilly-Mazarin, la R et D de Jobin Yvon s'installera dans le quartier ouest de l'Ecole polytechnique, à proximité des centres de recherche de Thales et de Danone et du futur site de Nano-Innov. C'est Atsushi Horiba, le président du groupe japonais Horiba, la maison mère de Jobin Yvon depuis 1997, qui est venu l'annoncer à Paris, courant septembre. Pour beaucoup, cette arrivée marque le véritable coup d'envoi du cluster scientifique et technologique qu'appellent de leurs voeux l'Etat et les collectivités locales. Un cluster identifié comme l'un des sept pôles du Grand Paris (1).
« Horiba est exactement le type d'entreprise qui fera le succès du cluster », se félicite Guillaume Pasquier, le chef de la mission de préfiguration de l'établissement public de Paris-Saclay. Il serait faux de dire que rien n'a bougé sur ce vaste territoire à cheval sur l'Essonne et les Yvelines, sur lequel cohabitent des activités de recherche et d'enseignement supérieur et des exploitations agricoles. Avec l'appui des collectivités locales, d'importantes opérations ont été réalisées, telles la création de Neurospin, le centre d'imagerie cérébrale, et celle du Synchrotron Soleil pour l'étude de matériaux de tous types, inertes ou vivants. Mais il manquait une vision d'ensemble et la volonté des acteurs locaux d'oeuvrer en commun à la fertilisation du territoire. Les conditions semblent enfin réunies pour que s'enclenche une nouvelle dynamique.

« Le classement de Shanghai a entraîné une prise de conscience et a constitué un important facteur de rapprochement », note François Fabre, le directeur adjoint de la valorisation au CEA. Cette hiérarchie mondiale des établissements d'enseignement supérieur ne place qu'au 49e rang mondial l'université Paris XI (appelée aussi fac d'Orsay), qui est éclatée entre Orsay (le campus créé en 1953 par Irène et Frédéric Joliot-Curie), Saclay, Châtenay-Malabry, Sceaux, Cachan et le Kremlin-Bicêtre. L'Ecole polytechnique, l'un des fleurons du plateau, est reléguée au-delà de la 200e place... La création d'un cluster, préparée par Christian Blanc, le secrétaire d'Etat au Développement de la région-capitale, a pour but de faire de Saclay l'un des principaux pôles de développement du Grand Paris, capable de rassembler plus de 100 000 chercheurs et étudiants.
Création de 40 000 emplois à venir
L'opération d'intérêt national (OIN) de Paris-Saclay, créé en mars, doit donner naissance à ce pôle de recherche et d'innovation de rang mondial. Le plateau a vocation à attirer start-up, capitaux-risqueurs et groupes étrangers. Sans oublier les PME et leur nécessaire rapprochement de la recherche publique. « Le mouvement de rapprochement fonctionne dans les deux sens. Nous ne sommes pas loin de la masse critique. Il y a assez de gens divers et complémentaires pour que la réaction se produise », assure Jérôme Gilbert, le directeur de la propriété intellectuelle de la société Archos et membre du directoire du pôle de compétitivité System@tic. Pierre Veltz, le délégué ministériel en charge du projet, ne veut pas lancer trop de chiffres (lire ci-contre). Les projections concernant le futur du plateau ont souvent provoqué des remous.
Le territoire de l'OIN déborde du plateau de Saclay et s'étend vers l'ouest, en direction du camp militaire de Satory. Sur ce territoire largement préservé, l'OIN prévoit 35 000 habitants supplémentaires, dont 13 000 étudiants, et la création de 40 000 emplois. Mais la plus grosse partie du projet prend place aux franges méridionales du plateau, entre Polytechnique et le secteur du Moulon. Le projet se structure autour de l'arrivée de l'université Paris-XI, opération inscrite dans le plan Campus (lire ci-dessous). L'implantation sera renforcée par d'autres grands établissements d'enseignement. Mais cela ressemblerait plus à un campus géant fermé sur lui-même, qu'à la Silicon Valley, sans un ensemble lourd de plates-formes technologiques et de structures dédiées à la création d'entreprises.
Plusieurs opérations de mutualisation de la valorisation sont en cours. Les trois bâtiments de Digiteo, spécialisé dans les sciences et technologies de l'information et de la communication, seront opérationnels fin 2010-début 2011 sur trois sites. « Il faut prévoir des équipements en nombre pour pouvoir porter beaucoup de projets, car le passage du laboratoire à l'entreprise demande souvent beaucoup de temps de maturation technologique, puis de développement », note Philippe Deblay, le responsable des relations industrielles et valorisation du Synchrotron Soleil. « Si le chercheur a envie de valoriser son travail, il faut qu'il sache qu'il peut être aidé. Notre rôle est de le former et de l'assister pour qu'il devienne un techno manager », explique Dominique Thomas, le directeur de l'incubateur public Incuballiance.
Les entreprises attendent que l'Etat et les collectivités locales mènent une politique ambitieuse. « Tout le monde est intéressé, mais il manque plein de choses. Il faut avancer sans attendre », analyse Dominique Dormeuil, un industriel de Palaiseau. François Lamy, le député-maire (PS) de Palaiseau et président de la communauté d'agglomération du plateau de Saclay, fait écho à cette préoccupation, mais dénonce un risque de blocage si l'Etat veut s'occuper de tout. François Lamy craint d'être réduit à faire de la figuration dans le futur établissement public d'aménagement, qui sera créé par la loi, durant l'automne. « L'Etat est en train de se doter d'un monstre technocratique avec des pouvoirs très étendus, mais des moyens financiers forcément limités, dénonce-t-il. Les collectivités sont beaucoup plus efficaces pour faire de l'aménagement que ne l'est l'Etat. »
La mainmise de l'Etat
Le gouvernement est pourtant bien décidé à avoir le dernier mot ! Le futur établissement public disposera-t-il de tout le foncier nécessaire pour répondre au développement d'un habitat mixte et aux besoins des entreprises ? Christian Blanc compte préserver 1 800 hectares de zones naturelles et agricoles, alors que le schéma directeur de la Région prévoit de sanctuariser 2 300 hectares de patrimoine naturel. L'autre handicap majeur du plateau, c'est sa desserte insuffisante par les transports collectifs. Pour y remédier, Christian Blanc a annoncé que le territoire sera doté d'un transport en commun en site propre et sera desservi par le projet de super-métro automatique. Mais cela n'est pas pour demain : deux tiers des déplacements s'effectuent en voiture...
(1) Les six autres pôles du Grand Paris sont la Défense, Pleyel (Plaine Saint-Denis), Le Bourget, Descartes, Roissy-CDG et Villejuif-Evry.
"L'établissement public aura une gouvernance mixte"
Quelles sont les ambitions de l'Etat pour le plateau de Saclay ?Le projet de Christian Blanc, le secrétaire d'Etat chargé du Développement de la région-capitale, a pour objectif d'augmenter la synergie et la coopération entre les établissements d'enseignement supérieur et de recherche, et d'amplifier le processus de valorisation du potentiel scientifique pour produire plus d'activités économiques. L'aménagement n'est plus un but en soi, mais un moyen mis au service de cette idée.
Quel sera le rôle du futur établissement ?
L'établissement public sera là pour faire avancer les choses, mais de manière pragmatique en s'appuyant sur ce qui existe, car un tel projet ne peut réussir que si ses différentes composantes se l'approprient. L'Etat ne veut pas créer un établissement public d'aménagement classique, mais un établissement ayant la double compétence d'aménagement et de développement économique. Il y aura une gouvernance mixte avec un conseil d'administration comprenant quatre collèges : l'Etat, les collectivités territoriales, les entreprises et le monde académique.
Peut-on concilier les exigences du développement et celle de la préservation du patrimoine naturel ?
C'est un faux problème. L'objectif de sanctuariser les espaces agricoles du coeur du plateau est compatible avec le développement économique. A condition d'avoir une certaine densité dans les zones que l'on veut aménager. Par ailleurs, on a inclu dans le périmètre de l'opération d'intérêt national des terrains accueillant déjà des activités économiques.

dans la même rubrique
26/05/2012 Areva tourne vers L’Australie26/05/2012 Le jurassien Tech Power revisite la signalétique
26/05/2012 Un label décolletage












