Copenhague : pour Brice Lalonde, l’Europe est la bonne fille des négociations
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LE JOURNAL DE L'ENVIRONNEMENT Ambassadeur chargé des négociations internationales sur le changement climatique, Brice Lalonde fait le point sur les enjeux du Sommet de Copenhague.
Trouvez-vous que l’importance du sommet de Copenhague soit minimisée ?
On voit bien que certains pays ne sont pas accrochés à la conclusion d’un accord, et que d’autres, tels que les pays en développement, y ont intérêt. La « feuille de route de Bali » [issue de la conférence qui s’est tenue dans cette ville d’Indonésie en décembre 2007] prévoit qu’ils pourront bénéficier d’aides pécuniaires et technologiques.
Il y a bien des gens qui cherchent à réduire les attentes. S’il y a un accord à Copenhague, ce sera une réussite formidable. Mais le traité ne sera pas défini tout de suite, donc ce sera de toute façon un peu décevant.
La communauté internationale ne se mettra donc pas d’accord sur un traité destiné à succéder au protocole de Kyoto ?
Pour l’heure, les textes de négociations ne sont pas suffisamment nettoyés pour servir de base à un traité à Copenhague. L’accord sur lequel le texte définitif sera fondé aura lieu à ce moment-là, mais le texte sera complet courant 2010.
À Copenhague, il devrait y avoir un accord politique pour négocier ensuite un habillage juridique. Ce point est important car en réalité il y a deux voies de négociations en une : la convention de Rio de 1992, que tout le monde a ratifié, mais qui ne donne pas d’objectifs contraignants de réduction des émissions ; le protocole d’application de cette convention, qui est Kyoto, et qui, lui, en donne. Ni les États-Unis ni les pays émergents n’en veulent.
Pourquoi vouloir à tout prix reprendre les acquis de Kyoto, alors que son bilan est si mitigé ?
Le protocole de Kyoto a été un virage, avec une première période d’engagement qui s’achève (2008-2012). Son bilan est insuffisant, mais positif.
Mais ce protocole, c’est tout ce qu’on a ! Les mécanismes de marchés, de flexibilité pour réduire les émissions de CO2, les positions européenne et française sont issues de ce protocole. Son « seul défaut » est qu’il n’a pas été ratifié par les États-Unis, et qu’il ne représente plus que 30 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, contre 40 % en 1990.
Ensuite, si certains pays ne respectent pas leurs engagements, le bilan est relativement positif pour l’Union européenne, qui devrait réduire ses émissions de - 13 % en 2012 par rapport à 1990, soit au-delà de son objectif de - 8 %.
L’Union européenne est souvent critiquée pour son avance dans les négociations. Comment l’expliquez-vous ?
L’UE n’a pas de position de leadership dans les négociations car elle met tout sur la table : ses objectifs de réduction des émissions État membre par État membre et par secteur économique sont connus, jusqu’en 2020 ! Tout est transparent. L’Europe a une stratégie de l’exemple. Je considère qu’elle est la bonne fille de la négociation. Et les pays en développement s’en servent pour fouetter les États-Unis, qui eux ne dévoilent rien de leurs objectifs.
Comment peut-on instaurer une taxe carbone aux frontières pour protéger la compétitivité des entreprises sans que cela ne passe pour du protectionnisme déguisé ?
Ce qui est prévu n’est pas une taxe aux frontières, mais de demander à l’importateur d’un bien produit dans un pays moins strict que l’UE en matière d’environnement d’acheter un droit à polluer au même titre que l’industrie domestique. Dans ce cas, le dispositif n’irait pas à l’encontre des règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Il n’est pas exclu que la totalité du commerce mondial n’ait bientôt à présenter sa carte carbone. Il y aura aussi les quotas gratuits pour les entreprises européennes soumises au marché européen du carbone. Ce n’est pas sûr que ce soit effectivement simple à mettre en application, et il vaudrait mieux que cela le soit au niveau européen. Mais la chancelière allemande Angela Merkel et le président Nicolas Sarkozy se sont exprimés en faveur de ce dispositif.
La compétitivité des entreprises doit être protégée, sachant qu’un tel accord aura des bénéfices sur l’activité : le ciment, pour construire des murs plus épais pour isoler les logements, le verre, pour le triple vitrage, l’acier pour les TGV…
Au regard de vos deux années passées en tant qu’ambassadeur climat pour la France, êtes-vous optimiste pour l’avenir ?
Chaque jour, un pays passe à l’action. Les pays émergents ne sont pas en reste. La Chine bouge car elle craint le changement climatique, qui aura un impact sur ses réserves en eau et ses ressources alimentaires qui pourraient chuter de 10 %. Le Brésil aussi pourrait être leader. S’il arrête la déforestation, il serait un des pays les plus « propres » au monde grâce à son hydraulique et son éthanol. Mais un accord international ne peut pas être l’addition de politiques nationales. La question c’est : comment peut-on parvenir à un système d’organisation environnementale planétaire ?
Propos recueillis par Victor Roux-Goeken
1 réaction
Alain Souloumiac | 15/12/2009 - 16H28
Le réchauffement climatique, la destruction de la planète et le plafonnement des ressources énergétiques non renouvelables sont des faits.
Tous les hommes vont buter sur ces faits.
L'Europe doit garder son cap sans faiblir.
Je suis expert législatif en matière de transposition.
J'ai pu constater combien so rayonnement en matière juridique dans le monde était considérable.
Il faut donner un caractère prioritaire à l'essaimage du paquet directives climat et énergie.
Nous avons développé de très bons outils pour ce faire.

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