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L'Usine de l'Energie

COP21 : Un monde sans charbon, est-ce possible ?

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Enquête Les investisseurs fuient cette source d’énergie responsable de 40 % des émissions mondiales de CO2. Son utilisation est pourtant en hausse.

L’ennemi du climat, c’est le charbon. À l’approche de la COP 21 à Paris, tout le monde l’affirme : il contribue non seulement au réchauffement climatique, mais émet aussi des polluants aux conséquences environnementales et sanitaires graves. Les sociétés charbonnières seraient même en danger, à en croire les analystes et les agences de notation. La perte de valeur de plus de 80 % d’un minier comme Glencore-Xstrata, l’un des tout premiers producteurs au monde, depuis 2011, en témoigne. Elad Jelasko, analyste chez Standard & Poor’s, déclare même dans son dernier rapport : « Il semble plus que probable que “king coal” va perdre sa couronne. »

L’humanité ne peut pas se permettre de dégager plus de 1 000 milliards de tonnes de CO2 d’ici à 2050, si l’on veut limiter le réchauffement climatique à 2°C, d’ici à la fin du siècle. C’est ce qu’affirme l’étude de Christophe McGlade et de Paul Ekins, de l’University college de Londres, parue dans « Nature ». Les réserves d’énergies fossiles exploitables aujourd’hui représentent 2 900 milliards de tonnes de CO2. Le monde devra donc laisser sous terre 35 % de son pétrole, 52 % de son gaz et surtout 88 % de son charbon.

Nous sommes encore loin de cet objectif. Le charbon reste la deuxième source mondiale d’énergie (30 %), derrière l’électricité (40 %), et le premier émetteur de CO2 (40 %). En outre, son utilisation est en hausse. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la consommation mondiale a crû de 3,9 % par an, entre 2000 et 2013, pour atteindre 8 milliards de tonnes en 2013. L’agence attend même un tonnage de 9 milliards, en 2019. Le monde compte 1 200 centrales à charbon, dont 800 en Chine et en Inde. Entre 2010 et 2014, 200 MW (un cinquième de la puissance d’un réacteur nucléaire) de nouvelles centrales sont arrivés sur le marché, chaque jour. Du côté de la World coal association (Association mondiale du charbon), on reste très confiant : « Le charbon a été, est, et sera la colonne vertébrale de l’électricité moderne et le socle sur lequel le monde moderne est bâti. »

Un pic d’utilisation prévu en 2020

Fort de ces constats, il y a encore dix-huit mois, l’AIE prédisait le grand retour de « king coal ». En 2020, il devait redevenir la première source d’énergie mondiale devant le pétrole. Depuis quelques mois, la donne a changé. On assiste à un mouvement massif de désinvestissement dans ce secteur. À tel point que, selon Goldman Sachs, le pic charbonnier – le maximum de consommation – sera atteint dès 2020. Les assurances, les banques, les fonds d’investissements, les énergéticiens… Personne ne manque à l’appel. Réelle prise de conscience environnementale, affichage vert ou vrai risque financier, peu importe ! Les résultats sont là. Axa a annoncé la vente de ses participations dans des sociétés liées au charbon, soit une enveloppe de 500 millions d’euros. « Il est de notre responsabilité, en tant qu’investisseur de long terme, de considérer les émissions de carbone comme un risque », estime le PDG, Henri de Castries.

Des banques comme le Crédit agricole, des investisseurs comme la famille Rockefeller et le fonds souverain norvégien ont annoncé une sortie partielle ou totale. Du côté des entreprises, les plus grands énergéticiens français se sont engagés. Total a vendu ses derniers actifs charbonniers. EDF et plus récemment Engie ont acté la fin de leurs investissements dans de nouveaux projets de centrales à charbon [lire l’entretien page 36]. Toutefois, ils continuent les chantiers en cours et exploitent encore 46 centrales hors de France, une activité qui leur est largement reprochée par les organisations écologistes. Les deux sociétés ont répondu qu’elles analysaient leurs actifs fossiles et décideraient au cas par cas de leur avenir. Enfin, hormis le Japon, qui prévoit 27 GW de nouvelles capacités, tous les pays du G 7 progressent vers l’objectif d’éliminer le charbon en annulant des projets et en mettant à l’arrêt des centrales existantes. La France a supprimé toutes ses aides à l’exportation de centrales à charbon, dont le principal industriel concerné est Alstom. Les États-Unis, dopés au gaz de schiste, ont réduit la part du charbon de 44 à 30 %. Rachel Notley, nouveau Premier ministre de l’Alberta – une province qui abrite plus de la moitié des centrales canadiennes – va se doter d’un plan de sortie du charbon. Même l’Allemagne, montrée du doigt après avoir massivement réinvesti dans le charbon, à la suite de l’accident de Fukushima (Japon) en 2011, a annoncé la fermeture de 2,7 GW de production.

Quelles solutions à court terme ?

L’investissement massif dans les énergies renouvelables est la solution la plus efficace pour lutter contre le changement climatique, mais elle n’est pas encore suffisante. Éolien, solaire et hydraulique, malgré une forte croissance, ne pourront pas remplacer le charbon à moyen terme. Or, l’urgence climatique demande d’agir à court terme, pour neutraliser au maximum les émissions produites par sa combustion. Les charbonniers estiment eux qu’il faut « changer la façon de brûler le charbon ». Le rendement moyen des centrales existantes est de 33 %. Avec des technologies modernes de centrales ultra-critiques [lire ci-contre], il est possible d’atteindre 45 %. Pour la World coal association, l’amélioration des centrales permettrait de tenir l’objectif de limitation du réchauffement climatique à 2 °C. L’AIE n’est pas si catégorique, mais assure que cette mesure réduirait les émissions de 2 milliards de tonnes par an, sur un total de plus de 30 milliards.

« La plupart des entreprises ont des scénarios de prix du carbone pour leurs investissements, et nous aussi bien entendu »

Claude Nahon, la directrice du développement durable d’EDF

 

Pour l’Oil and gas climate initiative (OCGI), un regroupement de dix pétroliers comptant pour 20 % de la production mondiale, la solution, c’est le gaz. « Ces centrales sont plus rapides, moins chères à construire et plus propres que celles à charbon », prévient Ben Van Beurden, le directeur général de Shell. « Il faut substituer le gaz au charbon pour la production d’électricité, ce qui divisera par deux les émissions de CO2, affirme de son côté Jérôme Ferrier, le président de l’Union internationale du gaz (UIG). Avec 130 années de réserves, cette énergie fossile peut soutenir le développement de l’industrie électrique tout en protégeant le climat. » Pour Rachel Kyte, la vice-présidente et envoyée spéciale pour le climat à la Banque mondiale, « il est impossible d’imaginer un mécanisme plus efficace que l’établissement d’un prix du carbone ». Qu’il s’agisse de marché carbone ou de taxes, ces mécanismes sont d’autant plus faciles à mettre en place qu’ils reçoivent le soutien des acteurs économiques. « Au moins 437 entreprises utilisent déjà un prix interne du carbone, contre 150 il y a un an. Et plusieurs centaines d’autres se préparent à le faire », affirme un rapport du New climate economy. « La plupart des entreprises ont des scénarios de prix du carbone pour leurs investissements, et nous aussi bien entendu », confirme Claude Nahon, la directrice du développement durable d’EDF. Chez Total aussi, tous les investissements sont imaginés avec l’hypothèse d’une tonne de carbone émise à 25 euros.

Reste aussi et surtout à supprimer les subventions aux énergies fossiles. « C’est le bon moment pour mettre en place la tarification du carbone et adopter des mesures complémentaires, comme la réforme des subventions aux énergies fossiles, qui agissent comme des prix du carbone négatifs », estime Nicholas Stern, coprésident de la Commission mondiale pour l’économie et le climat. Ces énergies reçoivent, selon l’OCDE, entre 160 et 200 milliards de dollars de subventions. Et 8 % sont dédiées au charbon. C’est 8 % de trop. 

Améliorer le rendement des centrales

À défaut de pouvoir remplacer toutes les centrales au charbon par des centrales à gaz deux fois moins émettrices de CO2 ou des énergies renouvelables, il est possible dans un premier temps d’améliorer leur rendement avec la technologie de centrale ultra-critique. L’eau y est soumise à de très hautes températures sous très haute pression. Elle passe à l’état gazeux sans phase d’ébullition, ce qui améliore considérablement l’efficacité du système, de 20 % environ. Autre solution, la capture et la ­séques­tration du carbone (CSC), qui consiste à capter les gaz à effet de serre émis pour les injecter dans des stockages géologiques. Mais sans prix du carbone suffisamment élevé, cette technologie est trop coûteuse. À moins que le carbone capté soit utilisé à des fins de valorisation industrielle, ce que l’on appelle le CCU (carbone capture and usage).

 

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1 commentaire

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30/11/2015 - 14h04 -

Je viens de faire 4 séjours en Chine (2011 à 2015) et je suis les affaires sur l'énergie et en particulier les 2 EPR de TAISHAN. J'ai découvert un documentaire "Chine La Révolution Verte" diffusée sur la 5 en 2012 et 2015 qui évoque les nouvelles centrales thermiques au charbon zéro CO2, GREENGEN de TIANJIN et CSC Shanghaï. Les Chinois ont la possibilité de développer grâce à un effet de nombre: ils ont mis en chantier 30 centrales nucléaires. Pour la Chine le nucléaire est la solution pour éviter l'augmentation des émissions de gaz à effets de serre. Le poids politique en France des écologistes et des ONG est excessif: il serait bon de parler de la quasi faillite d'AREVA et les impacts sur EdF qui doit souscrire à une augmentation de capital d'AREVA. Les Chinois sont en position de force grâce à leur "cash" et à la maitrise des développements industriels
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