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COP21

COP21 : le nucléaire est-il climato-compatible ?

Ludovic Dupin ,

Publié le

Le nucléaire est une énergie à faibles émissions de CO2. Toutefois, selon les études, les chiffres sur ses rejets de gaz à effet de serre enregistrent des variations importantes.


D.R

L’enjeu de la COP21 sera de s’engager sur une diminution des émissions de CO2 en particulier dans le secteur énergétique. A ce titre, un débat est engagé entre les anti-nucléaire et les pro-nucléaire. Les premiers jugent que le nucléaire ne peut pas prétendre au titre d’énergie bas carbone, comme le sont les énergies renouvelables. Les seconds assurent que la limitation du réchauffement climatique passera par l’utilisation de l'atome dans les mix électriques à venir.

Trop dangereux pour être efficace

Pour illustrer la première position, l’étude du cabinet Wise Paris, commandée par plusieurs ONG à commencer par Sortir du nucléaire et Greenpeace, remet en cause le titre d'énergie bas carbone trop souvent attribué au nucléaire, essentiellement pour les risques d'accident et de prolifération. Le rapport juge toutefois que "le nucléaire produit indirectement des émissions de gaz à effet de serre équivalentes, en valeur médiane, à plusieurs dizaines de grammes de CO2 par kWh – un niveau proche des renouvelables et très inférieur aux émissions des énergies fossiles".

Prenant pour référence une étude de 2008 publiée dans Energy Policy, Wise retient comme chiffre de référence des émissions de CO2 allant de 1,4 à 288 grammes équivalents de CO2 par kWh (gCO2éq/kWh) avec une valeur médiane de 66 grammes. Ce chiffre est à comparer à 1000 gCO2éq/kWh pour le charbon, 600 pour le gaz, 6 pour l’hydraulique, 100 pour le solaire et 14 pour l’éolien.

Même si la comparaison est avantageuse, Wise juge que "les émissions évitées" par la substitution du nucléaire à d’autres formes de production d’énergie, restent marginales, et sans aucun effet sur la hausse mondiale des émissions. De plus, limité dans son champ d’action, le nucléaire n’est pas de nature, même poussé à son maximum, à ramener les émissions de gaz à effet de serre à un niveau soutenable".

Selon le cabinet, "les émissions évitées par le nucléaire, ainsi calculées, atteignent aujourd’hui en réalité environ 1,5 milliard de tonne, soit un peu moins de 4% des émissions de CO2." Un résultat jugé très insatisfaisant par le cabinet au regard des besoins de la planète.

Deux années d’émissions évitées

Sans surprise, le regard est radicalement différent du côté de l’initiative Nuclear for Climate (Le nucléaire pour le climat) créée en 2014 par la Société Française d'Energie Nucléaire (SFEN), l'American Nuclear Society (ANS), et l’European Nuclear Society (ENS). Ce groupement se base sur des études menées par l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA).

"Le nucléaire est une énergie bas-carbone. Sur l’ensemble de son cycle (construction, exploitation, démantèlement), ses émissions sont comparables à celles des énergies renouvelables. L’énergie nucléaire émet en moyenne 15g de CO2/kwh, trente fois moins que le gaz (491g/kwh) et 60 fois moins que le charbon (1024g/kwh), au même niveau que l’éolien (16g/kwh) et trois fois moins que le photovoltaïque (45g/kwh)", rapporte-t-il.

En matière d’émissions de CO2 évitées, Nuclear for Climate se montre également beaucoup plus enthousiaste. "Avec 438  réacteurs nucléaires en exploitation, l’énergie nucléaire est présente dans 30 pays, représentant plus de deux tiers de la population mondiale. (…) Selon l’AIE (Agence Internationale de l’Energie), l’énergie nucléaire a permis depuis 1971, à l’échelle mondiale, d’éviter l’équivalent de deux ans d’émissions de CO2. C’est à ce jour, avec l’hydroélectricité, l’énergie qui a le plus contribué à lutter contre les émissions de CO2".

Elle ajoute : "En Europe, l’énergie nucléaire permet d’éviter chaque année les émissions de CO2 équivalentes à celles générées par les trafics automobiles annuels de l’Allemagne, de l’Espagne, de la France, du Royaume-Uni et de l’Italie cumulés".

Le GIEC mesuré

Les deux positions sont radicalement opposées. Heureusement en la matière, il y a un juge de paix : le GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat). Dans son dernier rapport publié fin 2014, le chapitre 7 décrit pour chaque énergie les émissions de CO2 selon l’analyse de leur cycle de vie. La méthodologie du GIEC consiste à compiler des études scientifiques d’origines variées pour en réaliser une synthèse.

Sur la base d’une dizaine de publications, le GIEC montre que les émissions de CO2 du nucléaire s’établissent entre 1 et 220 gCO2eq/kWh avec une valeur médiane à 16 grammes. Pour l’éolien, les émissions se situent entre 7 et 56 grammes avec une médiane à 16 grammes. Pour le photovoltaïque, les émissions s’établissent entre 5 et 217 grammes avec une médiane à 46 grammes. Pour les cycles combinés gaz, on atteint entre 410 et 650 grammes, et pour le charbon de 710 à 950 grammes.

Le GIEC classe ainsi les renouvelables et les nucléaires dans la catégorie des énergies capables d’apporter "des réductions significatives d’émissions de gaz à effet de serre". D’ailleurs dans tous ces scénarios de mix énergétique compatible avec une limitation du réchauffement climatique en dessous de 2 °C, le GIEC garde toujours une part de nucléaire même si elle est faible.

Le GIEC conclut : "L’énergie nucléaire pourrait apporter une contribution croissante à l’approvisionnement en énergie à faibles émissions de carbone, mais une variété d’obstacles et de risques existent". Cela fait référence aux exigences de sûreté et la difficulté de construire des réacteurs dans des pays nouvellement entrants dans le nucléaire.

Et selon EDF, alors ?

Du côté d’EDF, on ne donne pas de chiffre précis d’émissions du nucléaire mais le groupe communique sur un chiffre global pour son parc de production électrique (dont 82,2% de nucléaire). Il s’établit à 17 gCO2eq/kWh en 2014 et 35 gCO2eq/kWh en 2015  (différences due à la disponibilité des parcs nucléaires et renouvelables). En juillet 2015, EDF s'enorgueillissait même d'un avantageux 8 gCO2eq/kWh. Le PDG Jean-Bernard Lévy rappelle, à l'envie, qu'avec un mix électrique équivalent à celui de ses voisins européens comme l'Allemagne, l'entreprise émettrait 15 à 20 fois plus de CO2.

En réalité, en interne, des chiffres circulent. Ils avancent des émissions de CO2 inférieures à 10 gCO2eq/kWh. Un bon chiffre lié au retraitement du combustible usé pour produire du Mox. La France réduit ainsi l'activité minière d’extraction d’uranium, fortement émettrice de CO2.

Bénéfice/risque

Ainsi, l'énergie nucléaire émet peu de carbone. Même dans les études les moins favorables, ses émissions se situent au niveau de celle du photovoltaïque sur l'ensemble du cycle de vie. La question est donc celle du bénéfice/risque : est-ce que la production massive d’électricité bas carbone du nucléaire compense les éventuels risques de ce mode de production ? Pour Wise Paris et ses commanditaires comme Sortir du Nucléaire, la réponse est non. La SFEN considère que oui. Le Giec prend une position médiane. Ces experts n'excluent pas le nucléaire mais limitent son recours dans un mix énergétique mondial compatible avec un réchauffement contenu sous 2°C.

Ludovic Dupin

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5 commentaires

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01/12/2015 - 11h47 -

‘’Un détail’’ scientifiquement évident n’a jamais été évoqué par quiconque concernant le bilan thermique de l’électricité produite dans les centrales nucléaires. Une majorité d’individus proclament que le nucléaire n’émet pas de CO² donc de GES… c‘est doublement faux !

-Sans même prendre en considération les conséquences et les émissions des phases préalables à l’utilisation du (des) combustible(s) nucléaire(s),
-sans prendre non plus en compte les conséquences de la gestion des déchets et des futurs démantèlements…
Ce qu’il faut savoir, c’est qu’un réacteur nucléaire est avant tout un colossal générateur de chaleur inutile, chaleur rejetée dans l’environnement et donc chaleur qui se rajoute au réchauffement climatique du aux GES. Il y a deux fois plus d’énergie thermique produite que d’énergie électrique récupérée.
Le rendement énergétique global d’une centrale nucléaire est très médiocre. Ce rendement restera médiocre et très impactant car il deviendra de plus en plus difficile de refroidir les réacteurs puisque le climat se réchauffe (cas de la canicule de 2003 avec nombreuses dérogations préfectorales d’augmentations des températures de rejets !). A noter qu’aucune cogénération pour valoriser cette énergie thermique ‘’fatale’’ n’est envisageable eu égard les risques radiatifs !

Globalement les 58 réacteurs nucléaires Français produisent en permanence autant d’énergie thermique ‘’perdue’’ (qui réchauffe gravement les milieux ambiants !) que l’énergie Solaire thermique reçue sur toute la surface du territoire Français et DOM compris et ceci tous les ans!
Alors, va-t-on enfin communiquer scientifiquement sur cette catastrophe du nucléaire qui s'inscrit hélas dans le durable?
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27/11/2015 - 20h39 -

Sans parler du facteur de charge, qui dépasse péniblement 30 % pour l'éolien, contre plus de 80 % ou plus pour le nucléaire.

Il faudrait aussi calculer, ce que je ne vois pratiquement jamais, le bénéfice climatique des énergies, exprimé en euros/tonne de CO2 évité. Il est catastrophique pour le photovoltaïque !
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23/11/2015 - 18h55 -

L"énergie nucléaire revient à faire un crédit qui sera payé par les générations futures, alors oui dans ce cas c'est bien une énergie d'avenir. Notre uranium est importé à 100 % (indépendance énergétique...) Le nucléaire représentait 17% dans le mix électrique en 2000 et ~10 % aujourd'hui, soit 3% de l'énergie consommée dans le monde, alors relativisons l'intérêt CO2 de cette énergie.
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23/11/2015 - 17h16 -

On oublie juste de dire que contrairement aux renouvelables, l’énergie nucléaire n’est pas gratuite, nous devons l’acheter. Rien qu’à voir l’affaire Uranim, on peut comprendre qu’elle nous coûte très cher.
Les infrastructures sont des gouffres financiers dont il est quasiment impossible de se débarrasser. Un seul accident majeur sur un petit territoire comme la France entraînerait des contraintes économiques qui nous feraient perdre l’avantage de la production de masse de cette énergie.
Combien coûte le stockage profond, quels sont les risques et combien de temps devrons-nous payer cette surveillance ?
Cent ans de pétrole entrainent un changement climatique majeur ! Qu’en sera-t-il de cent ans de prolifération de l’atome sachant qu’il s’agit d’un poison bien plus redoutable que le CO2 ?
Que les centrales doivent être pilotées par des ingénieurs conscients des risques dans des pays où il manque parfois le minimum nécessaire ?
Que fera-t-on de tous ces déchets supplémentaires qui viendront empoisonner la planète ?
L’atome est un non-sens économique proposé par des technocrates imbus de pouvoir et accepté par des élus ignares et avides.
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19/11/2015 - 15h54 -

On remarquera que le chiffre du GIEC rejoint exactement celui de la SFEN, contrairement à celui de WISE 4 fois supérieur.
On voit donc clairement qui entre les pro-nucléaires et les anti a le plus d’honnêteté dans les chiffres qu'il utilise.
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