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Convictions AM met en garde contre une bulle sur l'or

Publié le

par Raoul Sachs

PARIS (Reuters) - Convictions Asset Management a estimé mercredi qu'une bulle spéculative est en train de se former sur l'or, marché très étroit, opaque et susceptible de manipulations.

Lors d'une conférence de presse, Philippe Delienne, président de la société de gestion, a expliqué que la hausse des cours de l'or physique à des plus hauts historiques en valeur nominale est dû essentiellement aux hedge funds qui investissent massivement dans des fonds indiciels cotés, ou trackers (ETF, exchange traded funds), qui répliquent la performance d'un indice, et en l'occurrence celle du métal jaune.

Mercredi, l'or spot a atteint un nouveau record à 1.349,80 dollars l'once, frôlant le seuil de 1.350.

"C'est une vraie bulle spéculative qui est en train de se mettre en place et les hedge funds entretiennent par leurs discours la qualité de 'valeur refuge' de l'or", a-t-il dit.

"On a une offre presque stable et une demande qui baisse", a-t-il ajouté.

La demande d'or a atteint 4.287 tonnes en 2009 contre 3.957 tonnes en 2008, selon des données GFMS citées par le responsable de Convictions AM. Mais si on exclut les achats des ETF et autres véhicules d'investissement, la demande atteint 2.858 tonnes contre 3.627 en 2008. Les achats d'or physique de la part des ETF sont passés de 330 tonnes en 2008 à 1.429 tonnes en 2009.

"Les 'ETF' 'or physique' ont accumulé à la fin juin 2010 2.135 tonnes d'or. Le plus connu, le SPDR Gold Trust, en détient à lui seul 1.305,69 tonnes, soit 54 milliards de dollars", a-t-il expliqué en ajoutant que les fonds spéculatifs, comme ceux de George Soros ou de John Paulson, sont très exposés à cet ETF.

Philippe Delienne a souligné que les investisseurs particuliers européens, très demandeurs d'or dans le contexte actuel, prennent un risque de change.

Selon lui, la corrélation établie entre l'inflation - aujourd'hui très faible - et la hausse de l'or, ou entre la baisse du dollar et la hausse du métal jaune sont "instables".

LE RECORD DE 1980 N'EST PAS ATTEINT EN DOLLARS CONSTANT

Les principaux facteurs de hausse de l'or aujourd'hui, a poursuivi Philippe Delienne, sont des taux d'intérêts réels très bas, des banques centrales acheteuses net avec l'explosion des réserves de change en Asie, la crise de la dette, les risques géopolitiques, la stabilité de la production aurifère, l'importance des déficits et des déséquilibres commerciaux et la forte aversion au risque marquée par une perte de confiance dans les devises et les marchés.

Mais ces facteurs peuvent tous, ou en partie, basculer et provoquer une explosion de la bulle.

Les responsables de Convictions AM sont convaincus qu'à terme, et notamment aux Etats-Unis, les taux réels vont remonter parallèlement aux anticipations d'inflation.

Ils estiment que le surendettement record des grands pays occidentaux ne peut être réduit autrement que par une dose d'inflation. Le dollar pourrait remonter, l'aversion au risque marquer le pas et provoquer une sortie rapide des ETF or par les "hedge funds".

Philippe Delienne a souligné que le précédent record historique de l'or (850 dollars en nominal) remonte à l'invasion soviétique de l'Afghanistan et au début de la guerre entre l'Irak et l'Iran en 1980.

En dollars 2010, le record du prix de l'once atteint en 1980 se situerait à 2.251 dollars, soit près du double du record actuel.

"L'or est loin de ses plus hauts historiques si l'on tient compte de l'inflation", a-t-il précisé.

En 1980, comme aujourd'hui, les taux d'intérêt réels sont négatifs aux Etats-Unis.

"Le marché de l'or est très étroit, manque de transparence, et peut être sujet à des manipulations", a indiqué le gestionnaire en rappelant que seules les banques centrales, signataires du Central Bank Gold Agreement et pour la plupart occidentales, communiquent leurs ventes et achats d'or.

La Chine et d'autres pays d'Asie ou émergents ne sont pas signataires de l'accord et gardent le secret sur leurs transactions sur le métal jaune.

Edité par Gilles Guillaume

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