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Contrefaçon : l'industrie du sport mobilisée contre la Chine

Par Redaction L'Usine Nouvelle - Publié le
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A l'occasion de la journée mondiale anti-contrefaçon, l'industrie du sport a rebondi sur les JO de Pékin pour dénoncer la contrefaçon chinoise. L'Unifab signe une campagne estivale destinée à sensibiliser les consommateurs et les internautes.

Pékin, capitale des JO... et de la contrefaçon. Deux bonnes raisons pour l'industrie du sport française de se mobiliser à veille du plus grand événement sportif mondial. Six « faux » sur dix sont des marques de sport. Lacoste, fleuron français, est la marque la plus contrefaite au monde. Alors, pour stimuler la prise de conscience des consommateurs, l'Union des Fabricants (Unifab) a décidé de lancer du 12 juillet au 17 août une campagne de communication en France et en Europe, d'un budget de 150 000 euros.

« Copier, c'est tricher », son slogan, sera apposé sur 50 000 goodies et plusieurs milliers de tracts, qui seront distribués dans les zones touristiques en France, en Italie, en Espagne et en Allemagne. Et même jusqu'à Paris-Plage. Car la sensibilisation des consommateurs constitue le seul moyen de lutter efficacement contre la contrefaçon. Depuis la démocratisation du commerce électronique, acheter des faux est à la portée de tous les internautes, et peut désormais s'effectuer dans le plus grand anonymat.

Cybercontrefaçon. La vente en ligne de faux est devenue le principal problème de l'industrie. D'après la Chambre de Commerce Internationale, la contrefaçon sur les boutiques en ligne et les places de marché (sites d'enchères et de vente entre particuliers) représenterait un marché de 25 milliards de dollars par an, tous secteurs confondus. Le Web offre aux contrefacteurs de nouveaux débouchés, à moindre coût et avec une plus grande efficacité. En France, la Fifas (Fédération française des industries du sport et des loisirs) a recensé plus de 700 sites, d'origine chinoise pour la plupart mais proposant une version française. Les 50 plus importants venderaient chaque année 2,5 à 5 millions de paires de chaussures de sport, soit 5,8 à 11,6 % du marché hexagonal total. Mais tous les produits sont concernés, le textile comme le matériel (clubs de golf, raquettes de tennis, fixations de ski...).

Lutter contre les ventes de contrefaçons en ligne représente un véritable défi. « Il faut des mois pour fermer un site, quelques minutes seulement pour l'ouvrir », a déploré Brigitte Charpentier, responsable juridique d'Adidas-Reebok et présidente de la commission « Protection des marques » de la Fifas, lors de la conférence de presse organisée par l'Unifab. « Lorsqu'un site ferme, il ouvre sous une forme tout de suite après ». Face aux contrefacteurs, la partie semble perdue d'avance pour les fabricants, qui parlent d'une véritable « industrie de la contrefaçon », s'inspirant désormais des modèles de trafic de stupéfiants et s'appuyant sur des réseaux structurés, organisés, sur une logistique professionnelle et des usines de production ultramodernes. « La lutte contre la cybercontrefaçon, c'est la plus difficile » admet Bernard Brochand, député et président du CNAC (Comité National Anti-contrefaçon), qui a créé en janvier 2008 le Groupe Cybercontrefaçon.

Hausse des saisies. Malgré tout, Philippe Lacoste, dirigeant de la marque homonyme et vice-président de l'Unifab, veut percevoir des signes positifs. Le premier concerne l'efficacité des douanes. Les saisies ont été multipliées par trois sur les cinq dernières années en France (50 % concernaient des achats réalisés sur Internet). En 2007, elles ont progressé de 19 % en volume, représentant une valeur de 400 millions d'euros, s'est félicité Jérôme Fournel, directeur général des douanes. Les chaussures de sport ont représenté 12 % du total des produits saisis, soit plus de 550 000 articles. En Europe, 1,4 million d'articles de sport contrefaits ont été interceptés l'année dernière. 

Coopération chinoise. L'autre motif de satisfaction - toute relative - concerne la Chine elle-même, qui se montre plus coopérative. 7,5 millions de saisies ont été enregistrées en 2007 (+ 300 %), bloquant 334 millions de produits (+ 83 %). La naissance de marques chinoises, elles-mêmes menacées de contrefaçon, aurait facilité la mobilisation des autorités... Mais le chemin est long, car la Chine est aujourd'hui la plaque tournante mondiale de la contrefaçon. 80 % des contrefaçons vendues dans le monde et 70 % des chaussures de sport contrefaites viennent de là-bas. On se souvient qu'en 2006, une saisie record de 1 million de paires de fausses Nike, réalisée à Hambourg, avait braqué le projecteur sur l'industrie de la contrefaçon chinoise. Selon l'Unifab, la Chine serait à l'origine de 55 % des articles de sport saisis en Europe en 2007.

Vers un observatoire européen ? On comprend donc que l'industrie des équipementiers sportifs se saisisse des JO de Pékin pour communiquer autour de la contrefaçon. C'est aussi une bonne occasion pour relancer les coopérations entre les douanes chinoises et françaises. Au-delà, d'autres initiatives sont prévues pour intensifier la lutte anti-contrefaçon. Ce thème devrait être abordé avec la Chine par l'Union Européenne durant la présidence française, qui constitue aussi l'opportunité, pour le CNAC, de faire valoir sa proposition de créer un Observatoire européen de la contrefaçon.

EBay et la contrefaçon

EBay a été jugé coupable de contrefaçon le 4 juin 2008 par le TGI de Troyes, dans une affaire de faux sacs Hermès vendus en 2006 par le biais de la plate-forme d'enchères. Le site a été condamné à verser 20.000 euros de dommages et intérêts à la marque. C'est la première fois qu'un site d'enchères était reconnu directement coupable de contrefaçon. Un signe positif pour Bernard Brochand, président du CNAC, qui encourage l'industrie du sport à combattre la cybercontrefaçon par de nouvelles actions en justice.

Mais eBay ne reste pas les bras ballants. Le site déclare avoir mis en place des mesures de lutte anti-contrefaçon. « Nous coopérons avec 18 000 marques dans le monde sur le sujet, indique Alexandre Menais, directeur Europe en charge des relations avec les marques et les fabricants. La contrefaçon nous porte aussi préjudice, car un utilisateur qui en a été victime ne revient plus sur le site. » eBay serait ainsi en « discussions régulières » avec de grands équipementiers sportifs.

Concernant les articles de sport, les efforts du site se concentrent sur les vendeurs. Car, pour tirer profit de la vente de ce type d'articles, il faut faire du volume. De nouvelles mesures, déjà en place ou à venir, ont donc pour objectif d'obliger les vendeurs professionnels à s'identifier comme tels, tout en repérant les vendeurs particuliers suspectés de « paracommercialisme » (en fonction du chiffre d'affaires ou des volumes de vente).


Raphaële Karayan

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