Contre une crise "marathon", Angela Merkel prône des réformes
Publié lepar Stephen Brown et Noah Barkin
BERLIN (Reuters) - La crise de la dette dans la zone euro ne pourra pas être résolue du jour au lendemain, a déclaré vendredi la chancelière allemande Angela Merkel, plaidant pour des réformes institutionnelles en profondeur et l'inscription dans les traités européens de règles budgétaires plus strictes.
A une semaine d'un sommet des chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union européenne considéré par beaucoup comme un "quitte ou double" pour répondre à la crise, Angela Merkel a de nouveau rejeté l'idée de mutualiser la dette en créant des "euro-obligations" et elle a mis en garde contre des décisions qui pourraient nuire à la crédibilité de la Banque centrale européenne (BCE).
"Le gouvernement a clairement dit que la crise de la dette européenne ne pouvait pas être résolue d'un seul coup. Il n'y a pas de solution miracle. Il n'y a pas de solution facile et rapide", a-t-elle dit au Bundestag, la chambre des députés allemande.
"La résolution de la crise de la dette souveraine est un processus qui prendra des années."
Après avoir touché la Grèce au printemps 2010, la crise s'est propagée au Portugal et à l'Irlande, mais elle menace désormais des pays dont le poids économique est bien plus important, l'Italie et l'Espagne, et ses répercussions n'épargnent plus les piliers de la région que sont la France et l'Allemagne.
Angela Merkel a comparé la lutte contre cette crise à un marathon et a mis en garde l'Union contre la tentation d'un départ précipité et l'adoption de mesures à court terme qui pourraient se retourner contre elle.
"Les marathoniens disent souvent que la course devient réellement difficile à partir du 35e kilomètre, mais ils disent aussi qu'il est possible d'atteindre la ligne d'arrivée si l'on est conscient de la difficulté dès le départ", a-t-elle dit.
"Celui qui réussit n'est pas forcément celui qui part le plus vite. C'est celui qui est conscient de ce qu'implique le fait de courir toute la distance."
Jeudi, le président Nicolas Sarkozy, tout en constatant que "la peur est revenue", a plaidé pour la "convergence" franco-allemande en matière budgétaire tout en refusant par avance un abandon de souveraineté au profit d'une entité supranationale.
"La refondation de l'Europe, ce n'est pas la marche vers plus de supranationalité", a dit le président français à Toulon.
L'EURO PLUS STABLE QUE LE MARK
Angela Merkel a salué la réussite de la monnaie unique, estimant qu'"en dépit de toutes les turbulences récentes, l'euro s'est affirmé".
"Il est stable, il est plus stable que l'était le deutschemark", a-t-elle ajouté. "En tant que nation exportatrice, l'Allemagne bénéficie de l'euro."
Pour autant, la chancelière a jugé "sans objet" l'idée d'"euro-obligations" défendue par certains responsables politiques européens, jugeant que ses promoteurs n'avaient "pas compris la nature de la crise".
Critiquant les dirigeants qui, au fil des années, avaient renoncé à appliquer les règles communautaires de stabilité budgétaire, elle a jugé que les Dix-Sept n'avaient plus d'autre choix que de s'accorder sur de nouvelles règles plus strictes encore. Et de les inscrire dans les traités.
"Il n'y a pas d'alternative à une modification des traités européens ou, à la rigueur, à un accord sur de nouveaux traités. Nous allons à Bruxelles dans le but de promouvoir une modification des traités. C'est-à-dire avec la volonté d'éviter une division entre les pays de la zone euro et les Etats non membres de la zone euro", a-t-elle expliqué aux députés allemands.
Franz-Walter Steinmeier, le président du groupe social-démocrate (SPD) au Bundestag, lui a répondu à la tribune en critiquant vivement sa gestion de la crise.
"Personne, Madame Merkel, ne vous reproche la crise, mais la manière dont vous avez géré la crise est scandaleuse", a-t-il dit. "Le jour, vous critiquez les pays européens qui veulent que la BCE participe au sauvetage. Et quand la nuit tombe, vous priez pour que la BCE continue d'acheter des obligations."
La banque centrale est intervenue ces derniers mois en achetant des obligations d'Etats de la zone euro sur le marché secondaire, mais ses statuts lui interdisent d'agir sur le marché primaire, c'est-à-dire lors des émissions d'obligations.
La semaine dernière, la Bundesbank a toutefois fait une entorse à ce principe en acquérant des titres allemands qui n'avaient pas trouvé preneur.
Marc Angrand pour le service français, édité par Dominique Rodriguez
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