Compétitivité : ce que m'a confié, sans illusions, un patron d'ETI

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Pascal Gateaud
© Pascal Guittet - L'Usine Nouvelle

Il est à la tête d’une de ces entreprises de taille intermédiaire trop peu nombreuses en France. Louis Gallois l’a auditionné, il y a quelques jours, avec plusieurs autres patrons d’entreprises dans lesquelles le Fonds stratégique d’investissement (FSI) a des participations. On ne connaitra que le 5 novembre les préconisations du commissaire général à l’Investissement pour améliorer la compétitivité de l’industrie française. Mais notre patron d’ETI ne veut pas se bercer d’illusions.

Lui, il compte, d’abord et avant tout, sur le positionnement de son entreprise fortement technologique (1500 employés en France, dont 30% de cadres et ingénieurs). "Notre compétitivité, ce n’est pas la fermeture d’un atelier en Lozère ! Elle repose sur notre stratégie de produits à haute valeur ajoutée, renouvelés fréquemment, vendus à des champions industriels qui se développent un peu partout dans le monde."

Il ne faut pourtant pas le bousculer pour qu’il donne un aperçu saisissant des écarts de coût du travail… de part et d’autre du Rhin. Un ingénieur qui gagne 100 000 euros revient à 178 000 euros à son entreprise, explique-t-il, en Allemagne, ce serait "seulement" 110 000 euros. "Un allègement de charges, je ne cracherais pas dessus mais ce n’est pas ça qui va me faire ouvrir une usine en France. C’est la demande qui compte."

Loin de céder au discours dominant, il estime qu’il est plus difficile de se séparer d’un salarié en Espagne, aux Pays-Bas, en Italie, voire en Allemagne qu’en France. Par contre, notre pays mérite un zéro pointé pour son dispositif de chômage partiel. "Nous voulions y avoir recours pour une usine, le temps de le mettre en place, il s’était écoulé 14 mois, les commandes revenaient…"

Comment gérer alors les variations de charge ? "Avec des intérimaires !", répond-t-il, avant de défendre le crédit impôt recherche : "Le CIR, ça soulage…" Défiant à l’endroit d’Ubifrance, qui lui a envoyé un mail pour lui proposer une aide pour aborder la Chine, pays où il est solidement implanté – "Ils pourraient tout de même se renseigner avant"-, il estime que le salut à l’export passe par l’appui d’entreprises françaises déjà installées sur place.

Enfin, si Louis Gallois, ancien patron d’EADS, a connu les bonnes relations entretenues par les donneurs d’ordres de l’aéronautique avec leurs fournisseurs, notre patron d’ETI ne peut que déplorer l’attitude des grands groupes français avec la plupart des entreprises de l’Hexagone. "En France, à la différence de l’Allemagne, les grands groupes sont condescendants envers les ETI et les PME. Ils se foutent de savoir si on produit en France. Ils nous attaquent d’emblée sur les prix en nous mettant en concurrence avec un américain ou un asiatique…"

Pas sûr que la modération d’un tel discours soit prise en compte !

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